‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 48 sur 99 · PB&IR1A1. AN VII · texte numérisé non relu

PB&IR1A1. AN VII

" ■ dt avaient lieu, en 1799, des conférences le but était d'amener la paix entre la le et l'Allemagne.

jCs plénipotentiaires représentantla France ient Claude Roberjot, député de SaOne-e^ re à la Convention, Bonnier, député de l'Hérault et Jeau Debry , membre du déparlt'uient de Paris.

Laborieuses, difficiles à conduire, les conférences de Rastadt furent cependant maintes fois sur le point d'aboutir, mais le mauvais vouloir des plénipotentiaires étrangers , les procédés vexatoires qu'ils employaient vis-à-Tis de nos représentants, rendaient tout accord presque impossible. A plusieurs reprises, Roberjot, Bonnier et Debry avaient été sur le point de rompre les négociations , mais retenus par les ordres (lu'ils recevaient du Directoire pendant le cours de leur mission , ils persistaient patriotiquement, espérant une solution favorable.

Clette solution leur échappa ; le *il genninal an VU (9 avril 1799), le Comte de Metternich leur faisait retourner une note envoyée par eux la veille même de ce jour.

POMPB FUNÈBRE POUR LES PLENIPOTENTIAIRES DE RA8TADT. 201

La note que le soussigné a remise aux Ministres plénipotentiaires de la RépuiDliqne française , le 8 de ce mois , annonce la cessation de la qualité avec laquelle -i^l a paru an Congrès de la pacification de l'Empire. C'était le dernier acte de sa fuission. Comme il n'a , en conséquence , plus de pouvoirs pour recevoir ou répondre aux Ministres plénipotentiaires de la République française , ni à aucune «déclaration publique quelconque , il est fâché qu'ils l'aient mis dans le cas d'être :^orcé de renvoyer leur note de ce jour ; il les assure au reste de sa considération la -plus distinguée.

Rastadt , le 9 avril (20 germinal).

Le Comte de Metternich-Winnebourg-Beilstbin.

La brutalité de cette rupture n'apparaissait pas encore claire- 3ient; les événements qui suivirent lui donnèrent presque immédiatement son véritable caractère.

Le 8 floréal (27 avril) , quatre cents hussards de Szeklers entouraient Rastadt et le 9, un officier autrichien venait signifier aux représentants français l'ordre de quitter la ville dans les vingtquatre heures. Ils partirent le même jour à 9 heures du soir, mais à quelques minutes de la ville, ils se virent bientôt assaillis par les hussards qui devaient les conduire à la frontière.

Jean Debry fut le premier frappé ; Roberjot et Bonnier furent massacrés après lui. Seul, et par miracle , Debry ne fut point mortellement atteint; les voitures qui renfennaient les plénipotentiaires et leurs familles furent pillées, les archives qui leur étaient personnelles furent dispersées sur le lieu même de l'assassinat.

Une lettre adressée à Noblet, membre du Conseil des Anciens, par Belin secrétaire de Debry , fit connaître à Paris l'effroyable attentat :

Strasbourg, le 11 floréal an VII.

Citojren représentant , le 9 floréal , le droit des gens a été horriblement violé. Les Ministres français ont été assassinés par 400 hussards autrichiens chargés de les escorter jusqu'aux avant-postes français : Roberjot et Bonnier ne sont plus ; le premier a été assassiné dans les bras de son épouse. Jean Debry est conservé pour la République , il a reçu quarante coups de sabre , il a treize blessures ; aucune de ces blessures n'est mortelle.

Nous sommes arrivés cette nuit à une heure , presque morts ; il s'est sauvé lorsque les brigands étaient occupés après les personnes contenues dans les auU^s voitures.

C'est à trente pas de Rastadt que cette horreur a été commise. Us devaient les escorter et ils les ont assassinés !

Jean Debry n'a pas de fièvre Ses petite enfante vous écrivent Les

malheureux , ils auraient vu assassiner leur père.

Beun.

P. S. — Vous ne croirez pas tout ce que nous vous dirons ; nous avons vu assassiner, nous avons entendu les cris de rage des autrichiens Les monstres !

Un procès-verbal circonstancié de ce crime épouvantable fut dressé, sur les lieux mômes, le P^ mai 1.799; sa lecture montre « que l'Autriche a médité, préparé et ordonné l'assassinat c( des ministres français , qu'elle l'a fait exécuter par un corps « de ses troupes et que le Commandant de ce corps se faisait « rendre compte, d'instant à autre, des détails de l'exécution ».

Dès que ces faits monstrueux, indignes d'une nation civilisée, furent connus à Paris , le Directoire s'empressa d'en publier les détails. Il protesta officiellement, dans une proclamation au peuple, datée du 16 prairial an VII, insistant sur les conséquences d'une pareille violation du droit des gens :

L'assassinat de vos ministres , disait - il , n'est pas seulement un malheur national , il est une calamité imiverselle ; il rallie à vous tous les peuples , il les unit tous dans les mêmes sentimente ; il doit vous unir, il doit éteuffer parmi vous toute semence de discorde ; car quel germe de haine pourrait rester dans nos cœurs quand nous la devons tout entière à des ennemis féroces qui ont commencé par détruire tout espoir de rapprochement ; qui , en massacrant des ministres de paix , en brisant le pacte social de leurs mains sacrilèges , auraient voulu , s'il eût été en leur pouvoir, constituer, pour ainsi dire , toutes les nations policées , dans un étet de guerre éternelle ? Trompons leur coupable espérance; qu'un seul sentiment nous rallie et nous conduise à la même vengeance

Comme aux généraux morts au champ d'honneur , le pays , pénétré de ses devoirs , devait à ses Ministres , courageux serviteurs de la pensée française , ses couronnes les plus belles. Le gouvernement, interprète de son deuil, résolut de les leur

Des cyprès se courberont sur les bases de ces urnes el deux cèdres les couvriront de leurs ombres.

D'autres arbres seront plantés par groupes dans l'arène du Champ de Mars.

L'autel de la Patrie sera transformé en Elysée planté de peupliers , d'accacias , etc.

Du milieu d'un massif de chênes verds s'élèvera la statue de la Liberté ; à ses pieds , sur un autel de marbre , brûleront des bois odorants.

De jeunes français , décorés des couleurs nationales , seront chargés du soin d'entretenir la flamme de ce foyer.

Sous les arbres de l'Elysée et autour de la pyramide et des urnes , brûleront des parfums dans des cassolettes de forme antique.

IL Pendant toute la matinée du 20 prairial , un coup de canon sera tiré de quart d'heure en quart d'heure. Ce même jour, avant l'heure fixée pour la réunion générale des autorités , les administrations municipales du canton de Paris exécuteront les dispositions des articles lY et Y de la loi du 21 floréal.

En conséquence , chacune d'elles se rassemblera dans le temple de son arrondissement.

On y aura élevé deux colonnes , l'une blanche et ornée des couleurs nationales et des attributs de la liberté et du courage ; l'autre noire , et couverte des emblèmes de la lâcheté et d'autres attributs infamants. »

Le président de l'administration , après un discours analogue à l'objet de la cérémonie , proclamera le nom des conscrits de l'arrondissement ; il ira ensuite appcndre à la colonne glorieuse le tableau de ces noms.

Sur la même colonne on placera les noms de ceux qui , sans être conscrits , se sont présentés librement pour défendre la République , et venger l'injure faite à toutes les nations dans la personne des Ministres français immolés.

Des chant* de victoire et de reconnaissance retentiront dans le temple.

Le président de l'administration lira ensuite les noms de ceux qui ne sont pas partis pour les armées , et les fera afficher sur la colonne d'infamie ; il déclarera qu'ils ne seront elfacés de ce tableau ignominieux , qu'après qu'ils auront rempli leurs devoirs de Français et de citoyens.

IIL A onze heures du matin , les administrations locales , les tribunaux et autres établissements du département de la Seine , qui sont ordinairement appelés aux fêtes ;

Les administrations générales , l'Institut national et le tribunal de Cassation se rassembleront au palais national des sciences et arts , dans un local qui sera disposé à cet effet , et de là partiront , à midi , pour se rendre , en ordre , à la maison duL Champ de Mars.

Tous les citoyens qui feront partie du cortège porteront un crêpe au bras.

Un drapeau noir précédera le cortège dans sa marche. Son escorte sera composée

'un détachement de la garde nationale sédentaire , et de militaires de la 7* division.

Un corps de musique militaire exécutera une marche funèbre.

Les ambassadeurs et agents des puissances étrangères seront invités à se transorter à la Maison du Champ de Mars , où l'on aura réservé des salles particulières ^our leur réunion.

Les familles de Roberjot, de Bonnier, de Jean Debry et de Rosentiel , secrétaire ^e légation , seront conduites à la maison du Champ de Mars , sous l'escorte d'une Igarde d'honneur.

Le général et l'état-major de la 17* division et celui de la place, se rassembleront «u Directoire.

Tous les corps militaires qui composent la garnison prendront les armes et iront au Champ de Mars ; ils se grouperont autour de l'autel de la Patrie et de l'enceinte destinée aux autorités et aux cérémonies.

A deux heures de l'après-midi , le Directoire , accompagné des Ministres et de l'état-major et précédé de sa garde , se rendra à la maison du Champ de Mars , où il entrera par la grille du sud.

Les troupes qui formeront son escorte marcheront les armes basses.

De temps à autre, les tambours couverts de crêpes , exécuteront des roulements ; les trompettes et les instruments militaires , également voilés , feront entendre des accords lugubres.

IV. A un signal de deux coups de canon , le Directoire et tout le cortège, réunis dans la maison du Champ de Mars , en descendront pour se rendre au lieu des cérémonies.

Cette marche s'exécutera par le côté oriental du cirque.

Tous ceux qui feront partie du cortège porteront à la main un rameau de chêne. Au milieu du cortège et devant le Directoire , marcheront les familles de Roberjot , de Bonnier, de Jean Debr^ et de Rosentiel , précédées de deux drapeaux noirs.

Sur un brancard porté par deux vieux militaires , on verra la figure en pied de la Justice des Nations , tenant d'une main un glaive levé , et montrant de l'autre les habits dont le Ministre plénipotentiaire , Jean Debr^', était revêtu le jour où il fut assassiné parles Autrichiens. Ces vêtements seront ornés de branches d'olivier.

Sur les draperies qui couvriront le brancard, on lira l'inscription que Jean Debry %. faite pour ses enfants , en leur léguant ses habits ensanglantés :

Bénissez la Providence , et maudissez F Autriche,

Viendra ensuite un corps de musique instrumentale , qui exécutera une marche funèbre de la composition de Gossec.

Immédiatement après seront portés , par des vétérans , les oriflammes destinées aux armées actives.

Au milieu de ces oriflammes marcheront le Directoire et les Ministres. Un détachement de troupes fermera la marche.

V. Arrivé près de la pjramide , le cortège se formera en demi-cercle.

Les membres du Directoire exécutif s'avanceront vers ce monument , et poseront sur les deux urnes des branches de cjprès.

Alors on chantera Phjmne à la mémoire des plénipotentiaires français assassinés.

Le Directoire et le cortège continueront ensuite leur marche , et iront occuper l'enceinte qui leur aura été préparée.

Au milieu de l'enceinte on posera la figure de la Justice des Nations.

YL Les chœurs du Conservatoire de musique exécuteront un chant funèbre.

Un orateur s'avancera dans l'enceinte , une branche de cjprès à la main , et se plaçant sur un socle de marbre noir, il prononcera l'éloge funèbre des victimes de la barbarie autrichienne.

Un pavillon noir et un coup de canon indiqueront successivement : 1* le moment du silence ; 2" le moment où l'orateur commencera son discours. Au même instant, ce discours sera répété par des orateurs placés à diverses distances , vis-à-vis des talus occupés par les spectateurs.

Trois coups de canon succéderont au discours , et la musique exécutera V Hymne de la vengeance.

Alors le président du Directoire se lèvera , et il vouera à la vengeance des peuples et à l'exécration de la postérité , les gouvernements coupables de l'assassinat d^ Ministres français. (Disposition de la loi du 21 floréal).

Un pavillon rouge élevé près du pavillon noir, et un coup de canon, annonceront d'abord le moment du silence, et ensuite le commencement de ce discours qui sera, au même instant , répété par les orateurs placés vis-à-vis des talus.

Les tambours , dont on aura ôté les crêpes , exécuteront un long roulement , les trompettes y mêleront des sons aigus et des gémissements , et le bruit du canon retentira dans toute l'étendue du Champ de Mars.

VII. Le Directoire et le cortège sortiront de l'enceinte et s'avanceront vers l'autel de la Patrie.

En passant près des urnes , chaque citojen du cortège déposera sur leurs bases le rameau qu'il tenait à la main.

Arrivé aux pieds do la statue de la Liberté , le Directoire se placera près de l'autel où brûlera le feu symbolique entretenu par les jeunes Français.

Les troupes disséminées dans le Champ de Mars viendront se grouper autour de la pyramide et de l'autel de la Patrie.

Le cortège se rangera en cercle devant l'autel.

Au milieu seront les oriflammes destinées aux armées actives.

Le président du Directoire les ornera des couleurs nationales. Il annoncera que ces oriflammes vont être déposées dans la maison nationale des Invalides , et dès le lendemain renvoyées aux armées par le Ministre de la guerre.

La musique exécutera l'hymne de guerre : Allons , enfants de la Pairie !

Une salve générale d'artillerie succédera à ces cérémonies ; et au moment même où les oriflammes paraîtront décorés des couleurs nationales , les troupes agiteront et choqueront leurs armes.

VIII. Le cortège retournera à la maison du Champ de Mars par le côté occidental du cirque . dans l'ordre observé pour la première marche.

Un groupe nombreux de jeunes Français suivra les oriflammes portées par les "^rétérans.

La musique ne cessera de jouer, au retour, l'autre hjmne de guerre : La victoire,

chantant , nous ouvre la barrière.

C'est à Chénier que revint l'honneur de prononcer l'oraison funèbre des Ministres assassinés , il le fit éloquemment dans les termes qui suivent :

Ces lieux , que de grands souvenirs ont rendus célèbres , furent souvent témoins de nos solennités triomphales ; ils virent s'accumuler les nombreux trophées de la victoire ; ses emblèmes frappaient tous les jreux ; ses hymnes guerriers se faisaient entendre ; ils se mêlaient aux chants naïfs de la joie ])ublique , et bientôt répétés au-delà même de nos frontières , ils intimidaient jusques dans leurs champs , les potentats ligués contre nous. Aujourd'hui quel aspect lugubre ! Les images de la mort nous environnent ; les chants puissants sont interrompus par un cri puissant de vengeance ; tous les fronts portent l'empreinte d'une douleur courageuse et républicaine ; le génie de la grande nation , les yeux fixés vers le ciel et l'avenir, s'enveloppe de son deuil majestueux ; les magistrats suprêmes à qui l'exécution des lois est confiée , les administrateurs et les juges ; le corps célèbre chargé de veiller sur le dépôt des lumières fondatrices et conservatrices de la liberté ; enfin , de tous les points de cette immense commune , les citoyens accourus en foule , baignent de iears pleurs ces vains cyprès , ces urnes vides et stériles , tandis qu'exilés sur une

terre étrangère , les débris généreux des Ministres de la paix y déposent devant

l'Europe contre un gouvernement assassin.

Qonnier ! Roberjot ! victimes illustrées par la tyrannie homicide, aujourd'hui vos

noms prennent place entre les noms augustes des martyrs de la cause des peuples.

Tant qu'il existera des républicains sur la terre , ils béniront votre souvenir ; leur

hommage reconnaissant vous suivra dans la route des siècles ; ils offriront pour

modèles à leurs fils et votre vie et votre mort. Dignes membres de cette mémorable Convention nationale , dont le génie s'agrandissait avec le péril , dans son sein , hors de son sein , vous avez bravé y vous avez combattu contre elle tous les ennemis de la liberté. Exempts des bassesses de l'orgueil , des puérilités de l'ambition y vous avez chéri la patrie pour elle-même par le sublime instinct des âmes fortes et libérales ; vous lui avez consacré des vertus modestes , des talents utiles , des travaux pénibles y vos jours , vos veilles , toutes vos pensées , toutes vos facultés. Il vous restait un sacrifice à lui faire ; il manquait un crime à l'Autriche ; et tous les deux sont consommés.

L'Autriche ! A ce nom , cito^^ens, votre juste indignation se soulève. Mais queUe était donc la pensée de ce cabinet ambitieux ? Quelle iniquité commise envers lui ^ quel abus même de la victoire a donc pu irriter sa haine et lui inspirer des attentats inconnus jusqu'à cette époque ? Le courage et les prospérités de la France avaient longtemps étonné les nations de l'Europe ; sa modération envers l'Autriche les sui^ prit encore davantage. Sont-ils déjà si loin de nous ces temps où la Belgpique conquise , la Hollande délivrée du joug du stathoudérat , des succès multipliés et non interrompus sur les bords du Rhin . de la Sambre et de la Meuse , trois années de conquêtes et de triomphes furent tout-à-coup surpassés par une seule campagne inouïe dans les fastes même des héros. Un homme , de ceux que la nature a faits grands par les talents et le caractère , s'élança du milieu des rangs , rapide comme l'aigle des Alpes , il franchit les monts et les fleuves.

Animés par sa ])ensée féconde , pleins comme lui de la conscience de vaincre y les soldats français . toujours indomptables sous un .chef digne de les conduire ^ parcoururent l'Italie en conquérants libérateurs. Tous les généraux de l'Autriche ^ essavés tour-à-tour, disparurent tour-à-tour avec leur vieille renommée; armées , successivement rassemblées pour arrêter l'effort du vainqueur, furent::^ détruites comme ces faibles digues que brise une mer en courroux ; et , sur h débris de quelques trônes abattus , quelques peuples relevèrent les auteb de leur" immuable souveraineté.

Cependant à Léoben , à Campo-Formio , le besoin généreux d'arrêter l'effusion du sang humain l'emporte chez nos négociateurs , sur des prétentions légitimées [:ar une fortune constante , et même sur des réclamations sacrées. Il n'est pas d'homme libre dont le cœur n'ait accueilli les plaintes civiques du peuple vénitien; les égards i)Our l'Autriche vaincue furent poussés jusqu'à l'indulgence ; et nos ennemis ont eux-mêmes publié que , du moins pour l'empereur, le peuple français s'était montré aussi grand dans sa générosité que dans le cours prodigieux de ses victoires

C'est vainement que l'Autriche effra;> ée , non de son forfait • mais de l'horreur qu'il inspire à toutes les nations de l'Europe , s'agite pour repousser loin d'elle l'ignominie dont le poids l'accable. Et sur qui prétend-eUe la rejeter? sur des

▼illageoif insurgés? Mensonge atroce , mais bien digne du despotisme , qui se fait ég^alement un jeu de calomnier ou d'égorger les peuples. Sur ces fils dénaturés de la France qui n'ont pu respirer un air libre? Certes, ils sont bien coupables. Ofgoeilleux esclaves , ils se sont déclarés indignes de monter à l'égalité ; ils ont préféré une servitude mendiée chez l'étranger, à leur part de la liberté natale et souveraine ; appelés à l'héritage commun de la gloire , ils se sont déshérités euxmêmes ; mais , s'ils ont levé leurs bras parricides sur une mère délaissée par eax; 8*ilsne sentent plus couler dans leurs veines quelques gouttes du sang français, ils ont pourtant le droit de démentir une atrocité qu'ils n'ont point commise , et le plus honteux supplice qui les attendait , c'est de se voir accuser par l'Autriche des ^^saaunats qu'elle a commandés.

Eh qooi ! n'est-ce pas la cour de Vienne qui , dans les commencements de

^ g^tm , violant dès lors les droits les plus saints des nations , traînait de

<^cho(8 en cachots , nos représentants , nos Ministres , nos négociateurs , livrés

P^r une trahison trop célèbre? N'est-ce pas elle qui, dans une circonstance

P**** récente , outrageait lâchement un ambassadeur dont l'aspect l'avait fait

souvent pâlir à la tête de nos armées ? N'est-ce pas elle enfin qui , sous les murs

"** Capitole déshonoré , secondant la théocratie expirante , faisait rejaillir le sang

^^ brave Duphot sur le frère d'un chef renommé , dont la vaste gloire épouvantait

' ^^ïipereur au sein de sa capitale ? Ah ! que l'exécrable maison d'Autriche soit

'oiadroyée sous l'amas de tant de preuves ! Qu'elle reste isolée dans l'immensité de

*^^** crime ! A moins qu'elle ne veuille le partager avec le gouvernement anglais ;

" v^rioins qu'elle n'avoue sa lâche dépendance et son homicide vénalité ; à moins

T***«lle ne publie hautement l'alliance sacrilège de l'or et du crime ; à moins qu'elle

■^^ déclare au monde que pour combattre la République française , l'Angleterre

*^mirxiil des trésors et l'Autriche des assassins.

^3 guerre monstrueuse I ô honte ! ô scandale de cet âge philosophique ! ô coalition xrdede quelques tyrans célèbres par leur démence ! L'Angleterre, qui vante son ^I^nlde liberté , s'arme pour le despotisme ; le successeur de Mahomet , pour le ■^t^afcUssemenl de la foi chrétienne ; un empereur de la religion grecque se déclare B^i^and-maltre d'un ordre catholique et veut relever le trône pontifical ! L'Ottoman •^'^■pîde marche sons les mêmes drapeaux avec ses irréconciliables ennemis ; il ^^oblieses flottes incendiées , ses cités populeuses détruites , noyées dans le sang l>Ar la Russie affamée de carnage , et l'ambition moscovite menaçant depuis près ^'on siècle les murs bâtis par Constantin ! Devant les pavillons , sous l'étendard de ^^tt peuplades abruties , sont ralliées deux puissances destructives , l'ignorance et U cruauté.

*^^UceB de l'Europe , amour de la Méditerrannée , belle et malheureuse Italie , ^ rtaiils vallons ont vu se relever les croix sinistres , et les arbres de la liberté "^^ tombés couverts du sang de ses martyrs. Rome , un moment réveillée de

l'assoupissement de vingt siècles , renaissait dans la pompe de ses comices : aujourd'hui , crojrant voir encore se précipiter sur elle les hordes d'un nouvel Alaric , elle se réfugie dans ses catacombes avec ses dieux et ses héros ; et 8ur les rives classiques de la Grèce , les tombes entr'ouvertes de Miltiade et d'Epaminondas se sont fermées d'indignation. Partout les préjugés enhardis tonnent, menacent , proscrivent ; partout se forgent de nouveau les triples chaînes de la superstition , du despotisme et de la gothique féodalité ; partout s'organise la révolte ouverte de la vanité héréditaire contre l'étemelle majesté des peuples , du pouvoir absolu contre la vraie sociabilité , de la barbarie contre les lumières , des bêtes féroces contre les hommes.

Et l'on s'est flatté de remettre impunément en question l'existence d'une république de trente millions d'habitants ! et le peuple français ne romprait pas cette balance inégale où quelques furieux insensés , loin des périls de la guerre et retranchés derrière un trône y veulent peser les destins du monde I II renoncerait à son immortelle entreprise ! Il ne se regarderait plus comme responsable devant l'avenir des progrès de la raison universelle et du perfectionnement des sociétés civiles ; comme stipulant y combattant pour lui-même , et pour les peuples qu'il a délivrés ; comme placé par son courage et par la force des choses aux avant-postes du genre humain ! La coalition nouvelle imprimerait aux esprits une marche honteusement rétrograde ! elle abaisserait à son niveau les hauteurs de la pensée humaine ! elle imposerait encore aux Bataves le joug d'un stbatoudérat usurpateur ! elle briserait sur les monts helvétiques la flèche invincible de Guillaume Tell ! Elle écraserait à jamais l'Italie sous le sanglant fardeau de l'empire et du sacerdoce I Violant même le territoire sacré , s'avançant sur nos frontières , pénétrant dans nos cités , elle viendrait punir

Vous frémissez , brave jeunesse ; vos cœm*s , vos jeux , vos mains demandent des armes. Kl qui de vous pourrait hésiter entre l'infamie et la gloire? la gloire ! elle est un besoin pour les Français ! La gloire ! elle embellit la vie , elle embellit la mort même , et j'en atteste ici les illustres victimes que la patrie reconnaissante honore aujourd'hui de ses pleurs. Marchez donc ! le danger poursuit le lâche dans ses foyers ; il fuit le brave qui s'avance. Marchez ! au fanatisme de la servitude , opposez l'idôlatrie de la liberté ; à la croisade des préjugés , celle des principes. Marchez ! vous avez reçu le baiser maternel et la bénédiction du vieillard.

Marchez ! ceux que vous allez combattre sont ceux que vos frères ont vaincus dans les plaines de Fleurus et de Juliers , sur les collines de Jemmapes , sur les ponts d'Arcole et de Lodi. Marchez ! défendez les lumières présentes et l'esprit lointain des générations futures. Marchez ! réparez quelques malheurs , peutr-étre même quelques fautes. Que du Tibre aux portes du Texel, la liberté soit affermie; que le rivage adriatique soit délivré du joug autrichien ; que la robuste Helvétie conserve en paix ses vertus rustiques et fières ; que, sur les bases d'un vrai système

Bprésentatif , s'élèvent des Etats respectables ; que l'utilité du lien qui nous unit ^"ec eux nous soit garantie par leur force et par leur indépendance ; qu'ils soient armi nous des amis puissants et non de faibles serviteurs , et qu'avec l'égalité des l'a. ommes , l'égalité des peuples soit proclamée.

Ministres des puissances étrangères , ministres de bienveillance et d'amitié , ^%^ous qui , dans cette cérémonie funèbre , venez apporter aux Français le tribut de "^^os larmes et de vos généreuses consolations, c'est à vous qu'il appartient de relever X 'olivier brisé ; détachez ses rameaux sanglants , mais conservez avec un soin relieux sa tige utile et féconde.

Que , replanté par vous dans une terre vigoureuse , rafraîchi d'une eau salutaire , ^^îhaufFé des rayons d'un soleil pur, il reprenne et son éclat et sa hauteur ; et bientôt^ -MTéunies sous son ombre , puissent les nations de l'Europe bénir vos mains bienfaitrices et goûter ses fruits délicieux ! En attendant ce jour désirable , dites aux puissances qui vous ont envoyés vers nous , l'horrible attentat de l'Autriche ; dites-leur :Kiotre indignation et la vôtre ; dites-leur que vous avez vu la grande nation dans le j our de sa douleur solennelle , mais ajoutez que cette douleur ne sera pas stérile. Si le nuage est épais et sombre , c'est qu'il est grossi par la foudre.

Pour nous , citoyens y que le souvenir de nos anciennes discordes , loin d'en

préparer de nouvelles, nous éclaire sur la route de l'avenir. Voulons -nous

^'aincre? Soyons , restons unis, mais restons unis par la liberté. La République,

ce gouvernement fondé sur deux grandes pensées , la souveraineté du peuple et

l'égalité des hommes entre eux , n'a pas son existence réelle dans le sol opulent

de la France , dans ses cités industrieuses , dans les remparts qui l'environnent ,

dans les moissons qui l'enrichissent ; la république existe par essence dans la masse

des républicains.

Sur les débris des systèmes imposteurs qu'élèvent sans cesse l'ignorance et la

perfidie , une simple vérité surnagera , c'est que la liberté ne peut être maintenue

(pie par des hommes libres. Faisons donc disparaître les soupçons injustes , les

(défiances exagérées ; que le feu sacré ne brûle pas seulement sur cet autel , qu'il

oixibrâse encore les ftmes de tous les Français ; que l'opinion publique , cette

première puissance du monde, étudiée, révérée , fortifiée dans l'intérieur de la

J^rance , s'élance tout armée à la tête de nos phalanges.

Alors pftlira la fortune passagère de nos ennemis ; alors renaîtra plus fort et plus **X^incible l'ascendant des armées françaises ; alors ces monstres féroces qu'ont ^Omis les déserts glacés du septentrion , resteront dévorés par les champs plus ^«eureux qu'ils avaient voulu conquérir. Alors Bonnier, Roberjot, et tous les mar- V^'rs, hélas ! trop nombreux de la liberté nationale, sortiront du fond de la tombe ^ Vix nouveaux triomphes de leur république.

I)éjà commencent à se réaliser ces hautes espérances ; une partie de Szeklers est ^^mbée , la justice et la guerre nous doivent leurs débris Ce général assassin qui ,

POMPE rUNÈBRB POUR LES PLENIPOTEXTIAIRES DE RASTADT. 213

Qae tons les peuples qui conservent des traces d'honneur et de générosité se lèrent pour venger l'injure commune et qu'ils ne déposent leurs armes qu'après avoir détroit le repaire du brigandage !

Et quand la vengeance des nations sera salisfaile et qu'il ne restera de toi que niineSy cour sacrilège, que l'équitable postérité exhume ta mémoire, pour la vouer à l'exécration , et que de siècle en siècle , se renouvellent ton jugement et ton supplice !

Français , la voix de l'universelle justice n'aura pas été vainement entendue dans cette solennité funèbre : nous le jurons sur les tombeaux et par les mânes de vos nûnislres ; nous le jurons par votre valeur et par votre gloire ; c'est à vous a porter 'c« premiers coups ; vous mériterez l'honneur d'être les premiers vengeurs de i'iiuiuanité. Vos ennemis se sont accrus, tandis que votre magnanimité s'entretenait de l'espoir de la paix ; mais ce sont de nombreuses moissons de gloire qui roiis attendent. Qu'importe l'union de quelques hordesdebarbr.es? Qu'importent de monstrueuses et criminelles alliances ? la République est assise sur des fondenients contre lesquels se briseront toutes les forces des tj^rans conjurés. Oui , grâce à la nature et gloire à la liberté , il est une nation puissante autant que généreuse, dont la destinée est de sauver l'Europe de l'invasion , de la barbarie et du déchaînement de toutes les puissances du mal ; elle est debout au milieu de l'univers , elle sacrifie à l'humanité et lui demande de détourner du cœur de ses enfants l'idée même des forfaits que le génie de la destruction conseille à ses ennemis.

Vive la République !

I^ matin même de la cérémonie officiellement célébrée au Champ de Mars, le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq Cents , réunis isolément avaient voulu honorer la mémoire des ministres massacrés à Rastadt.

La cérémonie au Conseil des Anciens avait un caractère lugubre et majestueux. La salle revêtue de draperies noires était éclairée seulement par quelques lumières placées au pied du sarcophage.

Au Conseil des Cinq Cents, Jean Debry présidait.

"^Urtaut-Lamerville , après avoir rappelé la vie toute de dévaûment de Roberjot et de Bonnier, se tourna vers Debry. * Tu vis, lui dit-il, c'est à la postérité à prononcer ton éloge. Nous nous bornerons à te venger ».

^bry se leva. « Je jure entre vos mains, dit-il à son tour, et sur Va tombe de mes malheureux collègues, de partager leur

sort plutôt que d'être un moment infidèle à cette République pour laquelle il faut vaincre , et sans laquelle nous n'avons qu'à mourir ». ^

Le 4 messidor (22 juin) , le Conseil des Anciens décidait de c( couvrir la place de Bonnier d'un costume complet voilé d'un crêpe funèbre, avec cette inscription: Bonnier assassiné par les ordres de VAutiHche ».

Le 11 messidor (29 juin), le Conseil des Cinq Cents prenait la résolution suivante: « La place du Citoyen Roberjot restera occupée par un costume de représentant couvert d'un crêpe funèbre, et lorsque son nom sera prononcé dans les appels nominaux , le président proférera ces mots : a Que le sang des plénipotentiaires français retombe sur la maison d^AutiHche » .

14 Juillet 1709.

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