VII
sa séance du 23 messidor, le Conseil es Cinq Cents , sur la proposition de Duplantier (de la Gironde), réglait le mode de célébration de la fête du 14 juillet.
IjCs détails nous uiantiuent absolument au sujet de cette fête, mais nous avons le discours que Sieyès , président du Directoire , y prononça , au Champ de
^"'^ — Ce discours est assez important pour que nous lui réser-
vion^a, une place ici.
^ ^st ainsi conçu :
'^^■-^^kjeiis , dix ans se sont écoulés depuis cette époque immortelle où , bravant unis 1. ^^ efTorta de la Ijramiie , les représentant du peuple français firent le serment MleiLJtt:^el je proclamer ses droite et de fonder sa liberté. Ce sublime Biffai fut entn^^Q elle 14 juillet vit tomber, pour jamais, cette antique forteresse , gage odiK»--^ de notre servitude , que les crimes héréditaires de nos rois et ta lâcheté égu^KBent héréditaire de leurs complices semblaient avoir affermie sur des bases inde^Vrociibles.
^ ^ist ici , ici même dans celte enceinte devenue majestueuse par la présence des
^'(^''^^toM libres qui le remplissent aujourd'hui , qu'alors avaient été rassemblées
if* umdea barbares , des élrangera farouches et sanguinaires , menaçant insolem-
^^'^X cetla grande cîU , et avec elle les nouvelles destinées de la France. Tous ces
inslrumens de tjrannie disparurent en un instant , aux premiers élans de votre indignation et de votre courage.
Qu'il est doux de se rappeler les moments heureux qui suivirent cette première victoire y ce tumulte , ces chants bruyants , ces vives agitations , ces épanchements fraternels qui caractérisaient un peuple surpris , mais enchanté d'avoir brisé ses fers ! Tout alors portait le Français avec ardeur vers les plus désirables changements. D'innombrables abus furent signalés et renversés , les privilèges dénoncés et anéantis , des améliorations de toute espèce faites ou projetées. Alors furent jetés les fondemens du gouvernement représentatif qui , incompatible avec toute hérédité de pouvoir, devait nécessairement et bientôt repousser la rojauté et appeler la République.
En vain des ennemis conjurés contre tout bien , élevaient obstacle sur obstacle ; en vain se révoltaient toutes les insolences féodales , tous les intérêts et les habitudes des esclaves titrés et non titrés : la force rénovatrice était immense , parce qu'il y avait un esprit public ; les volontés étaient énergiques , persévérantes ; tout ce qui était généreux , magnanime , se rangeait du parti de la liberté ; la bassesse et l'ignorance se réfugiaient vers la faction de la servitude. L'ouvrage de notre régénération n'était pas achevé sans doute , la République n'était pas proclamée ; mais est-ce traliir la vérité d'ajouter que plus qu'aujourd'hui peut-être les âmes , alors , étaient républicaines ?
Je ne veux point assigner les causes qui troublèrent ce premier concert , car il faut écarter toutes les considérations qui seraient peu propres à le rétablir parmi nous ; mais puis-je ne pas remarquer au moins , qu'à cette époque , l'étrcuiger, jaloux et perfide , n'avait pas eu le temps de verser au milieu de nous le poison de sa funeste influence ? Sa cruelle intervention se fit bientôt sentir à l'égal de ces fléaux de la nature qui ravagent des contrées entières.
Ses nombreux émissaires parvinrent à s'interposer dans nos intérêts les plus chers ; ils réussirent à répandre , à accréditer ses désastreuses maximes , que les lumières doivent céder à l'ignorance , la sagesse à la folie , la réflexion à l'emportement ; l'eût-on pu croire qu'ils obtiendraient de notre aveugle crédulité les mojens et presque le droit de nous commander leurs opinions , qu'ils nous persuaderaient enfin qu'ils savent mieux que des Français comment des Français doivent être libres ? Etrange abnégation de nous-mêmes ! Et pourrions-nous avoir oublié ces temps calamiteux oii , bien certainement , par la même influence , tous ceux qui avaient servi leur patrie ou étaient en état de la servir furent déconsidérés , outragés, persécutés ; où l'autorité la plus tutélaire était haïe , par cela seul qu'elle était autorité ; où toutes les notions furent confondues au point que ceux qui n'étaient chargés officiellement de rien voulaient obstinément se charger de tout ; où ceux qui n'avaient pu obtenir la confiance du peuple prétendaient , par cela même , qu'eux seuls avaient le droit de vouloir et de parler en son nom ; où tous , enfin.
semblaient vouloir représenter la nation à l'exclusion de ses représentants véritables?
Qae de maux sortis d'une telle source ! que de maux pourraient en sortir encore ! Français ! profitez des leçons d'une lon^e expérience ; elles nous ont coûté assez cber. Entourés que nous sommes de dangers imminents , nous avons besom d'une gprande et républicaine énergie. Reprenons, ressuscitons celle qui nous animait tons au 14 Juillet ; mais gardons-nous qu'il s'y mêle une impulsion étrangère. La première, vous la reconnaîtrez dans tous les sentiments qui tendent à accroître nos moyens de force , en nous unissant ; la seconde, dans tout ce qui tendrait à désunir les amis de la République.
Français , mettez fin à de fatales discussions. Songez que l'ennemi est à vos portes , et qu'avant tout il faut le repousser.
Rappelez-vous le premier anniversaire de la journée que nous célébrons , de cet enthousiasme ravissant qui semblait ne faire qu'une àmc de quatre cent mille Français , réunis dans cette enceinte. Ce sublime spectacle promettait déjà un peuple de héros y et cet espoir n'a point été trompé. Que ce souvenir vous agrandisse , que toate l'ardeur de vos désirs , toute la chaleur de vos mouvements se perdent dans une seule pensée , une seule passion , un seul besoin : c«lui de vaincre. Telle est Motre volotUé , répondrez- vous. Je puis donc le dire en votre nom , la victoire est à nous , la Patrie est sauvée ; la République est affermie à jamais.
Vive la République !
28 Juillet 1799.
(10 Thermidor an VII).
— ^ E peuple commence à se désintéresser des céré- L^^3^^^ monies et des fêtes publiques auxquelles on ' ""^^ le convie.
Le 14 juillet est à peine oublié que les fêtes de la Liberté apparaissent , précédant de quelques jours celles du 10 août. Les esprits sont ailleurs, les événements se précipitent et Paris a les yeux fixés sur l'extérieur où s'accomplissent des prodiges de dévoùment et de valeur.
Le Monitetcr é\;à\i resté muet sur la fête du 14 juillet, il consacre quelques lignes seulement à celles de la Liberté.
« Les fêtes de la Liberté^ dit-il, ont été célébrées avec un soin )) également désespérant , et pour ceux qui veulent le gouverne- » ment de Louis X VllI et pour ceux qui veulent le gouvernement » de Robespierre. Le 9 thermidor au soir , le canon a annoncé la » solennité du lendemain. L'heure de la nuit où le chef des » égorgeurs tomba entre les mains des citoyens restés fidèles » à la Convention et à la République , l'heure du jour où il » perdit la vie furent marquées par de nouvelles décharges.
*> Liôs Palais des deux Conseils et du Directoire ont été illuminés » pendant les soirées des deux jours ; le dernier soir , il y a eu » coxzàcert sur la terrasse du Conseil des Anciens » .
« lia fête du Champ de Mars fut aussi très brillante »
Champ de Mars , la fête consistait en jeux et en courses.
îs, Président du Directoire exécutif, y prononça le diseoiirs suivant :
Noiaj célébrons aujourd'hui la fête de la Liberté. — Tout ce qui a été conçu et
exéovi.t.c pour elle doit en ce moment se retracer à notre souvenir, et les travaux
précurseurs de la philosophie, qui lutta avec tant de constance contre une multitude
de préjugés , et les travaux plus immédiats de quelques hommes , citoyens avant
même qu'ils eussent une patrie , qui , vers l'époque de 1789 , réveillèrent dans le
cœur des Français le sentiment presque éteint des droits de la nation , et les efforts
généreux , les conceptions créatrices de cette première assemblée nationale , dont
«■ «rrcurs ne peuvent effacer les immenses services , et qui , par là , s'est assurée à
jamaia les fureurs de tous les ennemis de la révolution ; et l'énergie si ardente , si
féconde des assemblées suivantes , qui , profitant à la fois de l'impulsion donnée
" *Uie nouvelle force civique , des fautes , des vertus , des malheurs , des lumières ,
'ondèrent enfin la Constitution républicaine où s'est réfugiée la liberté française ;
^* le dévoûment d'autant plus méritant qu'il était plus obscur de ce grand nombre
^^ «>oxi8 citojcns prêts à l'appel de la patrie , qui constamment ont fait pour elle les
P**^ grands sacrifices , sans se croire le droit d'en occuper le public , et surtout de
'"^«Hacer de leur civisme ; et cette gloire sans nuage des armées françaises qui ,
^^Ours grrandes , toujours infatigables , ont imposé l'admiration jusque dans leurs
'*^^'^ à toutes les puissances de l'Europe. — Tant de faits , tant de prodiges ,
^^'^^ ci^'événements inconnus jusqu'à ces derniers temps vivront éternellement dans
loire des hommes.
le j verra aussi la victoire remportée sur la longue et sanglante tjranniedont , ^J^Xirnous rappelle plus particulièrement la chute. Je ne veux point reproduire ^^"^ affreux tableau tracé si souvent et avec des intentions si diverses ; après six
encore , il oppresse l'ftme et fatigue la pensée. Quelle leçon ! des hommes sans
, mais non sans audace avaient puisé , dans le seul nom de la liberté qu''ils
^^^ ^•tuaient , une force incompréhensible , un pouvoir monstrueux qui n'eut jamais
*^odèIect , je le jure par la République , qui n'aura jamais de retour. Toujours
^ ^^Xx , toujours cruels , ils ne voyaient dans les talents , dans les vertus géné-
^^^s , dans toutes les affections natureUes , que des crimes dignes de mort. Non
^^^^^ insensés que féroces , ils créaient les obstacles , détruisaient les movens ,
s'irritant ensuite des résistances et punissaient la France de leur incapacité à gouverner. Redoutables surtout aux amis éprouvés de la liberté , ils firent périr sous le fer des bourreaux ou succomber sous leurs propres douleurs tant de républicains si purs , si éclairés, si magnanimes , dont nous pleurons encore la perte irréparable, et dont la patrie doit conserver à jamais le deuil. Ils furent ainsi les fléaux, les dévastateurs impitoyables de la République dont ils osaient se proclamer les sauveurs.
Ces tyrans furent renversés le 9 thermidor : honneur donc à cette journée mémorable ! Nul Français ne pourra l'abjurer sans honte. Honneur à la Convention nationale qui , brisant tout-à-coup ses fers , ressuscita la liberté pour tous. Honneur à l'époque où fut désabusée enfin cette portion nombreuse de nos concitoyens , sur laquelle on était parvenu à étendre les ténèbres de l'erreur et de l'ignorance, et qui, par un effet même de son amour naturel pour la justice et la liberté , n'avait pu se résoudre à croire qu'au nom de ces deux vertus, des Français fussent devenus des assassins et des tyrans !
Mais aussi , opprobre ineffaçab le à ces hommes qui , abusant cruellement d'une victoire bientôt dénaturée , se hâtèrent de persécuter ceux-là mêmes qui, au péril de leurs jours , leur avaient rendu la liberté et la vie ! Opprobre à ces lâches persécuteurs qui , à l'aide de quelques mots échangés dans le terrible vocabulaire de la calomnie , substituèrent avec une facilité si effrayante ime tyrannie nouvelle, à la tyrannie que l'on venait d'abattre !
Il est donc des hommes qu'aucune justice ne touche , qu'aucun bienfait n'attendrit , qu'aucune indulgence ne désarme ; des hommes qui , relevés à peine de l'oppression sous laquelle ils gémissaient , se hâtent d'armer leurs langues d'une calomnie et leurs mains d'un poignard contre ceux qu'ils invoquaient la veille comme des libérateurs ; et puisse cette douloureuse réflexion ne s'appliquer qu'aux temps passés !
Ainsi , nous avons vu ternir l'éclat des plus belles journées de la Révolution et les ennemis de la liberté ont été constamment froissés entre des factions diverses.
Citoyens , ces temps calomnieux ne se reproduiront plus. Vos représentants , vos magistrats doivent vous en garantir ; ils sauront même prévenir jusqu'au besoin de ces crises qui ébranlent toujours ce qu'elles réparent. Notre situation actuelle présente des difficultés, sans doute , mais qu'on se plait, mal à propos à exagérer. A. cet égard , les espérances de la haine et les tristes calculs de la peur seraient trompés , car nos forces sont supérieures à nos dangers. Nos revers passagers sont un retard et non une défaite. Nos armées ont su conserver intact le territoire sacré de la République ; elles se renforcent en ce moment de cette jeunesse brillante et valeureuse , nouvel espoir de la patrie.
Allez , jeunes conscrits , rejoindre vos devanciers dans la carrière de la gloire ; ici , nous veillerons sur vos familles ; qu'aucune alarme sur les objets de vos affeo-
bons n'arrête l'essor de votre courage. Nous détestons autant que vous tout ce qui ttt contraire au bon ordre et à la tranquillité du citojen.
' Plus de vengeance illégale , mais l'action calme et ferme de la loi ; plus de
'action quelconque; le gouvernement existe pour la justice, comme vous pour
la victoire. Il connaît son devoir, il veut le remplir. Lorsque triomphants des
ennemis de notre pairie , vous rentrerez dans vos foyers , vous j trouverez , avec
M rpconnaissancc nationale , la liberté que vous avez sauvée , le repos , la sécurité,
*■ garantie de votre propriété , tous les biens , en un mot , qui vous ont été promis ,
^' que nous saurons vous assurer.
Vive h République!
10 Août 1799.
(23 Thermidor an VII).
PROORAMMB :
- "'* '' •''or correspond au jonr où le peuple français brisa le
les meins d'un roi parjure. Salut au 10 Août ! jour > justice et de trioDipbe, jour où périt pourjaniaiB
royauté en France !
Dès la veille , le bruit du canon annoncera le mémo-
ble anniversaire de la chute du LrAne. A ce signal, les
cœurs républicains tressailleront d'orgueil et de joie.
Le matin du 23 thermidor, les temples décadaires
retentiront de chants patriotiques. Les ma^slrats
du peuple rappelleront à leurs concitoyens les
causes qui ont préparé cette grande époque de la
Révolution. — Homma^ à la philosophie ! Honneur aux travaux de l'Assemblée
constituante ! Reconnaissance au courage de l'Assemblée législative !
L'aprës-midi , à 4 heures , toutes les autorités et administrations se réuniront , suivant l'usage , au Champ de Mars , autour de l'autel de la patrie.
Les bustes des deux Bnitus j seront placés ; leurs noms abhorrés des tyrans , se liront tracés en lettres d'or au-dessous de leurs images.
Le président du Directoire rendra hommage au 10 août , à ce jour où de nouveaux Brutus Tondërent la République.
Une musique nombreuse exécutera l'hymne consacré à cette fête. A ces cérémonies succéderont des jeux militaires. Ils représenteront le principal événement de le journée du 10 Août. Près de l'édifice qui termine le Champ de Mars , s'élève une redoute fortifiée , dernier rempart du château où conspire un roi perfide. Les troupes occupent tous les posiez.
Tout à coup un drapeau blanc paraîtra au milieu de la redoute. Des groupes de citoyens indignés s'approchent. On lire sureux. Ils courent, en désordre , réunir des troupes républicaines. La générale bat , le tocsin sonne ; les troupes se répandent de tons cAt^ dans
I^ programme qui précède , nous semble avoir une physionomie caractéristique. Nous avons voulu la lui conserver.
Siéyès prit la parole au nom du Directoire.
Je vous salue , dit-il , au nom de tous les Français , jour de justice et de gloire , que les destinées de la France avaient marqué pour asseoir enfin l'indépendance nationale sur la chute du trône ! — Au dis Août la royauté fut renversée eu France ; elle ne se relèvera jamais, Cilovens , tel est le serment que vous gravâtes sur les murs de ce palais , au moment même où vous chassiez le dernier de nos tvrans. Ainsi devait disparaître cette longue succession de despotes dont le joug était devenu insupportable , qui se disaient les délégués du ciel pour opprimer avec plus de sécurité la terre ; qui, dans la France , ne voyaient que leur patrimoine , dans les français leurs sujets , dans les lois que l'expression de leur hu plaisir et de qui l'influence héréditaire nous avait à tel point familiarisés avec ce ridicule langage que , peut-être encore aujourd'hui , il n'étonne pas assez nos oreilles.
Dans ce dernier combat , il restait ù la royauté pour défenseurs l'audace et la lâcheté d'une cour corrompue, la perfidie, l'insolence et les secours trompeurs de la servitude; elle eut pour adversaires le courage, une volonté ferme, l'enthousiasme d'une liberté nouvelle et les vertus généreuses qu'elle inspire. Le combat ne pouvait être long ; la victoire ne pouvait être douteuse.
Mais avec la rovaut<i ne purent s'anéantir en un jour tous les intérêts qu'elle s'était associés ; toutes les institutions qui s'étaient trop identifiées avec elle. Dans la France républicaine , la rovauté conserva donc et des amis et des vengeurs.
Les uns ne déguisèrent même point leurs efforts pour la faire revivre. Fondant leur espoir sur je ne sais quelle fraternité des trônes et sur l'alliance plus réelle entre le trône et l'autel, ils armèrent autour de nous une partie de l'PIurope ; ils rallumèrent au milieu de nous les torches du fanatisme.
Les autres , plus perfides , déclamateurs bniyants contre la roja«té , mais ennemis secrets et non moins implacables de ceux qui l'avaient détruite, se plièrent à tous les langages , s'unirent à toutes les fureurs , enchérirent sur tous les succès, dans le double espoir de venger le trône par ses véritables destructeurs et de le faire regretter par ceux mêmes qui avaient le plus applaudi à sa chute.
Aussi , la République a été constamment en butte à des agressions directes et à d'indirectes attaques également redoutables. Qtovens , ce n'est point s'écarter de l'esprit de cette fête de vous dire les moyens employés par vos représentants et vos magistrats pour triompher de tant d'obstacles , et d'associer par là votre patriotisme à leurs efforts ; c'est toujours frapper la royauté , c'est continuer en quelque sorte et compléter la victoire du dix août.
Aux entreprises ouvertes de la royauté , la République oppose sans relâche le déploiement de toutes les forces nationales ; elle oppose des lois sans pitié au déserteur de la Patrie , des mesures terribles à toutes les communes agitées de rojalisme ; une surveillance infatigable sur les intrigues , sur les manœuvres de ceux qui osent parler de son retour. Et quiconque, en ce moment, nierait ou ces moyens ou la volonté républicaine de ceux qui les dirigent, ne peut être qu'un insensé ou un homme sans foi.
Aux agressions indirectes on pourrait répondre aussi par des mesures répressives ; la Constitution et les lois en donnent le droit. Mais , parce que vos magistrats sont fortement républicains , parce qu'ils savent que , dans cette classe d'agresseurs il se mêle des Français emportés par l'amour même de la République et que ce serait avec d'inconsolables regrets qu'ils se verraient réduits à se montrer sévères envers ceux qui ont pu servir la cause de la liberté , c'est plutôt par de pressants et fraternels avis qu'ils veulent les atteindre ; car ils ne peuvent renoncer à l'espoir de ramener aux véritables intérêts de la République des i!iommcs dont les actions ont pu paraître douteuses, mais dont les intentions Sont restées pures. C'est donc à ceux-ci que nous nous adressons , pour leur signaler ce petit nombre de faux patriotes qui les agitent , les tourmentent , qui Jettent dans leur esprit des idées absurdes et dans leur âme, d'extravagantes ou c^oupables espérances. Les circonstances présentes m'en font un devoir. — Je v^ais le remplir.
Citoyens, quels que soient ces hommes que je persiste à croire en petit ombre , étrangers ou nationaux , soudoyés par l'ennemi ou n'obéissant qu'à leurs assions , désirant le prompt retour de la royauté , ou préférant le retour de cette rreur si justement abhorrée des Français , je dirai , je m'écrierai :
Gardez -vous de regarder comme des républicains, ceux qui ont vu dans le
renversement d'un trône , non pas le moyen d'établir un gouvernement désiré par
<s nationaux , mais le droit de renverser dans tous les temps tout ce qui
mbarrasserait leur position individuelle ; ceux qui pensent qu'affirmer est toujours
"^ane lâcheté , détruire toujours une gloire , qui , ennemis effrénés de tout ce qui
^st ordre ou même apparence d'ordre veulent gouverner par des cris et non par
^es lois ; qui déchireraient de leurs propres mains le gouvernement qu'eux-
^nêmes auraient formé parce qu'un gouvernement , fût-il leur ouvrage , ne
pourrait jamais accomplir à leur gré tous les projets de leur avidité , tous les
délires de leurs fureurs î
Non , ce ne sont point des républicains ceux qui n'ont pu encore se résoudre à pardonner aux amis les plus anciens , les plus incorruptibles de la liberté , qui les outragent toujours en raison même de la confiance dont la nation les honore ou de la grandeur des services qu'ils ont rendus. Vainqueurs du 10 Août , vous à qui s'adressent les hommages de cette journée , vous n'avez pu vous-mêmes
échapper à ces calomniateurs qui en veulent à tous les noms , qui flétrissent toutes les gloires !
Ce ne sont point des républicains ceux dont Tftme servile ne saurait concevoir que les fondateurs de la liberté et de la République soient des républicains ; qui, répétant les délirantes injures de cette même cour que le 10 Août a renversée et qu'ils vengent puisqu'ils Timitent , cherchent encore aujourd'hui à leur imputer, comme l'objet de leurs vœux secrets , je ne sais quel fantôme de roi , tour à tour promené sur tous ceux qu'on a voulu perdre ; détracteur insensés ou hypocrites qui , fermant les yeux à toute évidence , s'obstinent à ignorer que les hommes , surtout le plus fréquemment attaqués i)ar cette accusation absurde, ont mille (bis et dès l'origine de la révolution, manifesté leur ardent désir pour que cet homme , que je ne veux môme pas nommer, fiU resté à jamais, lui et les siens dans les rangs ennemis , au lieu de j)orter l'inquiétude , la défiance et le danger dans les nôtres.
Non , ils ne sont point républicains ceux qui , à travers leur démagog'ique hmgage, laissent percer la prédilection houleuse qu'ils conservent pour les superstitions royales et semblent, à chaque instant, vous dire que, puisqu'on a attaqué im roi , ils peuvent , à plus forte raison , attaquer des magistrats du peuple.
Non , ce ne sont point des républicains ceux qui ne savent que recueillir , échauffer , soulever les mécontentements contre l'ordre établi , eux qui , dans d'autres temps , crurent que pour gouverner , il fallait punir de mort quiconque " osait ne i)as être content ; ceux pour qui la paix serait un malheur , qui redoutent la victoire , qui calculent sur nos revers pour l'accroissement de leur influence , ceux qui espèrent dans les dissensions intérieures , ne sont heureux que par les haines , dénoncent avec audace devant la multitude et frémissent lorsqu'il faut signer une dénonciation ; qui , toujours affamés de vengeance , s'irritent des lenteurs salutaires que la loi commande et pour sauver l'innocent et pour atteindre sûrement le coupable ; qui , par le délire de leurs provocations , portent l*épouvante chez le citoyen })iiisible , tarissent les sources de la richesse publique , frappent de mort le crédit, anéantissent le commerce, paralysent tous les travaux; qui j)arlent sans cesse de malheurs et accroissent à plaisir le nombre des malheureux, se disent les amis du peuple et ne savent que l'exaspérer, au lieu de le servir, s'enflamment contre l'ennemi extérieur, mais sont bien décidés à ne pas le combattre.
Serait-ce donc parce qu'ils répètent avec j)lus de bruit les mouvements- réels de notre commune indignation contre les dilapidateurs et les traîtres qu'ils esj)èrent vous en imj)Oser ? Mais le peui)le, dans son expérience journalière , n'at-il pas api)ris que ce ne sont pas toujours les hommes qui parlent plus haut qui sont le plus à l'abri du reproche ? Que beaucou}) dénoncent pour ne pas être dénoncés. Et à ([ui persuaderont-ils que ceux qui gouvernent n'éprouvent pas
nne douleur civique bien plus sincère , bien plus profonde qu'eux , au spectacle déchirant des maux faits à la Patrie et au moment surtout où ils sont appelés à chercher le remède ? Ont-ils donné plus de garantie de leur moralité et de leur civisme ? Jouissent-ils d'une réj)utation plus pure ? Sont-ils plus austères dans leurs mœurs , plus citoyens ? Et si leur indignation est véritable , au lieu de ces clameurs qui ne s'adressent qu'aux passions et qui protégeraient plutôt les coupables parce qu'elle les enveloppe avec ceux que ne le sont pas, que ne les voit-on aider utilement l'action de la loi, en multipliant les recherches, en recueillant les preuves, en éclairant enfin les magistrats?. . .
Mais que tardai-je à le dire ! leur but n'est certes point la justice : ce qu'ils veulent , c'est enivrer le public de défiances ; c'est porter la confusion et le découragement dans les esprits ; c'est pousser les Français au désespoir ; c'est maîtriser tout dans le trouble ; c'est gouverner, en im mot, à quelque prix que ce soit , — Français, vous savez comme ils gouvernent I
Le Directoire exécutif connait tous les ennemis qui conspirent contre la République. Au milieu de ces excitateurs qu'il vient de signaler, qui, encore une fois , sont en petit nombre , mais semblent se multiplier parle bruit, il ne perd pas de vue ces autres royalistes d'une incurable frénésie qui aspirent tout haut après un maître, qui le rappellent de tous leurs vœux, de toutes leurs actions et qui comptent à si juste titre pour auxiliaires quiconque menace aujourd'hui la Constitution et le gouvernement. — Il vous déclare qu*il sera également inflexible contre tous ; que , supérieur au danger , calme au sein de l'orage , il les combattra tous sans faiblesse , comme sans relâche , non pas en balançant les uns par les autres , ce jeu impolitique et cruel est indigne de la République ; mais en les comprimant tous également, à l'aide des énergiques mojens que lui assure la Constitution de l'an III et cette immense majorité de citoyens bien résolus à la défendre , à n'obéir qu'à la loi et à se rallier dans tous les moments aux autorités tutélaires.
Vive la République !
16 Septembre 1799,
(,'^ Fructidor an Vil).
POMPE FUNÈBRE EN L'HONNEUR DE JOUBERT
ARTHÉLEMY - CATHERINE JoUBERT BSt l'Un
(les généraux les plus braves, Tune des
illustrations les plus hautes de la première
République. Il est né à Pont-de-Vaux (Ain)
le 14 avril 1769. Engagé volontaire à
22 ans , il passa rapidement par les
grades inférieurs de l'année. Colonel au
début de la campagne d'Italie, il fut
admirable à Loano et y conquit le
grade de geméral de brigade.
Bonaparte faisait de ce soldat, tout le cas qu'il en fallait faire.
Après Millesimo, il écrivait au Directoire : « L'intrépide Jouberl
f( est tout à la fois un grenadier par son courage et un général
(( par ses talents et ses connaissances militaires ».
Joubert se distingua partout où il passa : ses succès lui valurent bientôt le grade de général de division , puis un peu plus tard , celui de général en chef en Hollande. Envoyé en Italie , pour y remplacer Brune , alors que Bonaparte était en Egypte, Joubert y réorganisa l'armée.
A Livourne . le Directoire ayant résolu de modifier ses plans , le général donna fièrement sa démission.
Il rentra dans Tannée au commencement de 1799 et combattait
POMPE FUNEBRE EN L HONNEUR DE JOUBERT
ii Novi comme général en chef, lorsque la mort vint le surprendre le 15 août de la même année.
« L'affaire s'engageait à peine , dit le général Suchet dans une lettre adressée au Directoire , lorsque le général Joubert s'est précipité pour animer de sa présence une charge à la baïonnette. 11 guidait nos soldats , à cheval au milieu des officiers de son état-major, en criant: Bn avant, en avant! lorsqu'une balle l'a frappé au flanc droit et a pénétré jusqu'au cœur. Il est tombé en faisant signe de la main , et criant encore : Marchez tovjoitrs! 11 a survécu à peine im instant. On a continué à se battre jusqu'au soir. A six heures du matin , il avait cessé de vivre )>.
Cartk d'invitation a la i*omi»k funèhrk du 16 septembre 179î).
Quand cette mort fut connue , le Directoire décida , d'accord avec le corps législatif, qu'une fête funèbre aurait lieu, en riionneur de ce guerrier sur lequel la République fondait de si justes espérances.
Le 30 fructidor an VII , (16 septembre 1799), Paris célébrait cette solennité.
Dès le matin , de quart d'heure en quart d'heure , le canoi tonnait. Au Champ de Mars, l'autel de la Patrie était entoun de trophées et au milieu du cirque , on avait élevé un sarcophagf enveloppé de cyprès , surmonté d'une urne' funéraire et couven d'inscriptions rappelant les vertus guerrières et civiques di glorieux mort. A la base de ce sarcophage , avaient été placés des groupes de guerriers autour desquels, sur des trépiedi antiques , brûlaient des parfums.
A trois heures, le Directoire, accompagné des autorités constituées , quitta l'Ecole militaire dans l'ordre accoutumé ; sur le parcours, le Conservatoire de musique exécuta une marche funèbre de Gossec.
Devant le Directoire , des soldats de diverses armes portaient un brancard recouvert de draperies de deuil , sur lequel reposaient le buste de Joubert , son épée et les marques distinctives de son grade. La garde de ce buste avait été confiée à des généraux armés ; les parents et les amis suivaient , portant le crêpe au bras et à la main une branche de chêne ou de laurier.
Les troupes, crêpes aux drapeaux et tambours voilés, marchaient les armes basses.
Quand les députations se furent placées , le buste de Joubert fut déposé , en présence de sa famille et de ses amis , sur un cippe , au milieu d'une enceinte réservée aux autorités.
Le Conservatoire de musique chanta alors une symphonie funèbre qui fut suivie d'un hymne à la Patrie , et le Ministre de la guerre, accompagné des officiers de son Etat-major descendant au milieu du cirque , prit l'urne déposée sur le sarcophage et la transporta sur l'autel de la Patrie.
Alors , Garât s'avança près du buste du vaillant soldat et prononça son éloge funèbre.
Des jeunes filles , vêtues de blanc , vinrent ensuite se ranger près de l'urne et la couvrirent de fleurs ; puis elles chantèrent un hjonne auquel succéda un chœur de guerriers.
POMPE FUNEBRE EN L HONNEUR DE JOUBERT. 231
Après ce chœur, Siéyès , président du Directoire , se leva et renonça le discours suivant :
Citoyens, ce recueillement universel, ce monument, ces emblèmes, ces trophées
«couverts de voiles lugubres , ces larmes civiques , ce désespoir de l'amitié , ces
chants funèbres qui portent jusqu'au fond des cœurs l'accent de la mort , tout
oious répète : Il n'est plus ce guerrier si jeune et déjà modèle de tant de vertus ,
<iui, inaccessible à toutes les fausses ambitions , ne reçut l'impulsion de la gloire
<îue sous la direction de son devoir ; républicain austère , étranger à tout esprit de
faction , et qui hors des camps comme dans les camps , n'eut jamais qu'un but ,
celui de servir et d'honorer sa Patrie. Que de triomphes ravis à la France dans un
seul jour ! Que de pertes dans une seule perte !
Joubert , tu seras désormais le sujet de nos entretiens et de nos inconsolables Ingrats ; mais tu es mort au milieu de tes frères d'armes, ne respirant avec toi que Ja gloire de leur pays ; mais tes derniers regards n'ont point ét^ affligés par ces cruelles dissensions si fatales à la liberté ; mais les ennemis étaient tous en présence , et aucun ne s'était caché dans les nombreux bataillons avec qui tu Combattais ; enfin tu es mort avec toute ta renommée , et la calomnie avait à peine «ù-guisé ses traits contre toi. Que tu es heureux ! Combien de républicains envient ton sort!
Citoyens , je ne prolongerai pas une si triste cérémonie. Qu'ajouterais-je aux
^motions qu'a fait passer dans vos âmes l'orateur éloquent que vous avez
entendu? Puisse cette fête de la douleur v avoir gravé d'étemels souvenirs, y
entretenir à jamais les flammes généreuses de l'honneur et nous inspirer à tous ,
1« serment irrévocable d'être les imitateurs de sa vie et les vengeurs de sa mort.
Ombre jnagnanime et chérie , qui viens de recueillir des témoignages si purs ,
si sincères , je te décerne ici, au nom de la Patrie , en déposant sur ton urne cet
emblème de douleur et de gloire , l'hommage de l'estime publique et de la
^^connaissance nationale.
En prononçant ces dernières paroles , Sieyès s'était approché de l'urne funéraire et y avait religieusement déposé au milieu de l'émotion la plus vive j une guirlande de cj3)rès et de laurier.
La cérémonie était terminée. Les troupes défilèrent alors entre le sarcophage et l'autel de la Patrie, inclinant leurs drapeaux et rendant les honneurs militaires à l'image du général.
Dans la foule on distribuait au peuple de petits carrés de
papier sur lesquels se trouvaient imprimées des inscriptious en Thonneur de Joubert.