DERNIERE REVUE PASSÉE PAR CHARLES X
URÉE par les Bourbons , la garde nationale était resiée suspecte au gouvernement de (Charles X . plus royaliste encore que le roi. Elle s'était, en effet, dans bien des circonstances , clairement prononcée pour la cause des libertés constitutionnelles.
Dans les sphères politiques où la lutte était vive, les républicains, les bonapartistes et les orléanistes , étaient ligués contre les royalistes purs profondément di\isés. M. de Villèle, président du Conseil , avait mécontenté ses amis et ceux-ci , croyant combattre seulement le ministère, ébranlaient en même temps la royauté mal assise.
Faible par le nombre dans la Chambre des députés , l'opposition s'appu^'ait sur la masse de la nation et on ne l'ignorait pas en haut Ueu.
Le rejet par la Chambre des pairs de la loi sur le droit d'aînesse, présentée par le gouvernement; le rejet de la loi sur la presse , qui , si elle eut été votée , équivalait à sa suppression , presque à l'interdiction de l'imprimerie , avaient
jeté , dans le pays une stupeur profonde. Royer-Gollard avait combattu énergiquement le projet, ce C'est une loi des suspects qui mettrait la France en prison, sous la garde du ministère >^ , disait-il.
L'irritation s'accentuait. Des scènes scandaleuses s'étaient produites aux funérailles du duc de La Rochefoucauld, dépossédé brutalement, peu de temps avant sa mort, de la direction de l'Ecole de Chûlons.
Par ses votes indépendants à la Chambre des pairs , le duc s'était ac([uis au dehors une juste popularité. Le jour de ses obsèques^ les élèves de l'Ecole tinrent à honneur de porter son cercueil, mais la police entra en lutte avec les manifestants. Le cercueil de La Rochefoucauld fut brisé dans la bagarre et les insignes de la pairie furent traînés dans la boue.
C'était là de gros nuages. Charles X s'inquiétait, non sans raison. Devant l'impopularité grandissante de son ministère, il se sentait gravement atteint. Cî'est alors qu'il songea à reconquérir Paris en annonçant une revue de la garde nationale.
Le maréchal Oudinot qui la commandait, présentait ce projet comme devant produire un excellent effet sur la population parisi(nme ; M. de Villèle , se montrait fort alarmé , le Dauphin l'appuyait avec énergie , partageant ses craintes.
Le roi persista , jugeant (jue la revue ayant été officiellement annoncée, il pouvait y avoir danger à y renoncer; les journaux d'ailleurs engageaient vivement la garde nationale à s'abstenir de toute manifestation.
Le 29 avril, vingt mille hommes à peine, tous bourgeois aisés, étaient réunis au Champ de Mars. Charles X n'y fut point mal accueilli tout d'abord , mais quand il eut passé les premières lignes en revue et à mesure qu'il avançait, les compagnies devinrent franchement hostiles. Sur plusieurs points, retentirent les cris de a A bas les ministres , à bas les jésuites » !
La revue s'acheva néanmoins , mais au retour , des groupes menaçants entourèrent les carrosses des princesses qui avaient
Le lendemain , il publiait les lignes mélancoliques qui suivent :
Nous nous proposions d'insérer le récit des faits que nous avons recueillis sur la revue de la garde nationale , mais tous les journaux avant rapporté un assez grand nombre de ces détails affligeants , nous n'avons pas cru nécessaire de publier ceux qu'ils ont laissés dans l'oubli , et nous pensons que leurs récits sont bien suffisants pour faire connaître et apprécier ce qui s'est passé.
On a dit et répété que le roi Charles X, au moment où les cris « à bas les ministres » , retentissaient au Champ de Mars , se serait arrêté et se retournant brusquement vers les mécontents , aurait prononcé ces paroles : « Je suis venu ici pour recevoir des hommages et non des leçons ». Il y a là une erreur qu'il importe de rectifier : le roi passa devant les lignes , calme, froid , dédaigneux et en apparence indifférent aux cris hostiles.
Le soir , aux Tuileries , il ne se montra point trop irrité et commença la rédaction d'une lettre qu'il destinait à la garde nationale. « La journée n'a pas été mauvaise, dit -il à ses familiers , il y a bien quelques mutins , mais la masse est bonne. »
M. de Villèle , au contraire , avait perdu tout sang-froid. Les princesses , Advement blessées , ne cachaient pas leur dépit et insistaient près du roi pour qu'un exemple fut fait.
Entrant dans cette voie funeste , M. de Villèle réclama nettement la dissolution de la garde nationale. La majorité du ministère se rangea à cet avis et demanda que l'effectif des troupes de ligne tenant garnison à Paris , fût doublé. Le roi céda. Le 30 avril 1827 , l'ordonnance de dissolution de la garde nationale , parut au Mom(eu7\ Elle était ainsi conçue :
CHARLES , jjar la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre , but le rapport de notre ministre secrétaire d'Etat au département de rintérieur.
Avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. 1''. La garde nationale de Paris est licenciée ;
Art. 2. Notre ministre , secrétaire d*État au département de rintérieur, est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.