‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 64 sur 99 · DISTRIBUTION DES DRAPEAUX A LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES DRAPEAUX A LA GARDE NATIONALE

de reconnaître ses services en distribuant un drapeau à chacune de ses légions. Le 29 août, le roi convoquait la garde nationale au Champ de Mars , attachant à chaque légion un officier d'étatmajor chargé de diriger ses mouvements.

La distribution des drapeaux devait primitivement avoir lieu le 22 août, mais, la faiblesse de l'instruction militaire des soldats citoyens, obligea ce jour là, à des exercices préparatoires. La cérémonie fut alors remise au 29.

L'armement, l'habillement et l'équipement laissaient fort à désirer. On les compléta pendant la semaine. Le 29 , les douze légions à pied furent embrigadées. Elles se composaient, avec la légion à cheval, d'environ cinquante mille hommes. Après le délilé, chaque colonel devait ramener sa légion « en bon ordre w au lieu où elle s'était formée.

A midi et demi, le roi, salué par vingt-et-un coups de canon, quitta le Palais Royal. La légion à cheval de la garde nationale était venue l'y prendre. Le roi se plaça immédiatement après le deuxième escadron. 11 avait à sa droite le prince royal, Ferdinand Philippe , à sa gauche le duc de Nemours et autour de lui le ministre de la guerre , les maréchaux Moncey , duc de Conegliano , Oudinot , duc de Reggio , Mortier , duc de Trevise , comte Jourdan, marquis Maison, comte Molitor et de nombreux officiers généraux. Le cortège passa par la rue de Chartres, le Carroussel , le Pont Royal , le quai d'Orsay , le pont des Invalides. A la grille du Champ de Mars , le roi fut reçu par Lafayette , général en chef, à la tète de son état-major.

En arrivant vis-à-vis la grille du Champ de Mars , la tête de la légion à cheval alla se placer dans un espace qui lui avait été réservé en avant du pont d'iéna. Cette légion devait défiler la dernière et Louis-Philippe devait se placer au milieu d'elle pour retourner au Palais-Royal.

Le roi , en arrivant devant l'Ecole militaire mit pied à terre. Une tente avait été préparée pour le recevoir.

lia reine, les jeunes princes et les princesses se tenaient dans un pavillon à côté de la tente du roi.

Deux détachements de citoyens blessés dans les journées de juillet et réunis sous un drapeau commémoratif, avaient été placés près de la tente royale. Dès que le roi parut , les légions l'acclamèrent, levant les bonnets et les shakos au bout des baïonnettes. Un espace suffisant pour que le roi pût passer avait été laissé entre chaque ligne. A droite de la première légion on remarquait quelques députations des gardes nationales de difi'érents points de la France.

Une députation avait été choisie dans chaque bataillon parisien. Elle se composait de douze hommes, dont quatre officiers, quatre sous-officiers et quatre gardes nationaux , ayant un chef de bataillon à leur tète. Avant l'arrivée du roi, ces députations s'étaient rangées devant la tente royale. Les chefs de légion et de bataillon étaient au centre de leur députation.

Le roi leur dit :

Mes camarades ,

C'est avec plaisir que je vous confie ces drapeaux , et c'est avec une vive satisfaction que je les remets à celui qui était , il v a quarante ans , à la tête de vos pères dans cette même enceinte.

Ces couleurs ont marqué parmi nous l'aurore de la liberté. Leur vue me rappelle avec délices mes premières armes , svmboles de la victoire contre les ennemis de l'Etat. Que ces drapeaux soient à l'intérieur, la sauvegarde de l'ordre public et de la liberté î Que ces glorieuses couleurs, confiées à votre patriotisme et à

votre fidélité soient à jamais notre signe de ralliement.

Vive la France !

Les cris de « Vive la France ! Vive le roi ! » répondirent à cette allocution. Lafayette, tenant les quatre drapeaux de chaque légion prononça la formule du serment auquel succédèrent les mots c(je le jffrel )> prononcés par les chefs de légion et les chefs (le bataillon. Les députations retournèrent alors vers le front des légions et lorsque tous les détachements, porteurs des drapeaux, furent arrivés à leur rang, chaque colonel, les troupes présentant les armes, reçut le sennent de sa légion au bruit de treize coups

rapide formation est en harmonie avec la rapidité du triomphe de la liberté ; la manière dont la garde nationale s'est présentée sous les armes et a défilé devant le roi ont excité l'enthousiasme de Timmense population qui nous entourait et les justes éloges des généraux que la victoire a depuis longtemps qualifiés comme étant les meilleurs juges militaires. La présence de nos braves blessés de la grande semaine et de plusieurs députations de nos frères d'armes des départements , complétait les jouissances de cette mémorable journée. Le général en chef se borne aujourd'hui à se féliciter avec ses camarades de la garde nationale parisienne, du superbe et patriotique spectacle qu'elle a donné dans>cette mémorable journée. Quelles expressions d'ailleurs pourrait-il trouver après celles du discours prononcé par le roi en nous remettant les drapeaux , et après la lettre dont il s'empresse de faire part à ses frères d'armes?

IjB lettre du roi au général I^fayette était ainsi conçue :

Il me tarde d'abord , mon cher général , de savoir comment vous vous trouve2 après cette belle journée , car je crains que voiis ne sojez bien fatigué ; mais j'ai encore un autre objet qui me tient bien à cœur : c'est de vous demander d'être mon interprète auprès de cette glorieuse garde nationale , dont vous êtes le patriarche , et lui témoigner toute l'admiration qu'elle m'inspire aujourd'hui. l)iteç-lui que non-seulement elle a surpassé mon attente , mais qu'il n'est pas en mon pouvoir de lui exprimer tout ce qu'elle m'a fait éprouver de joie et de bonheur. Témoin de la grande fédération de 1790 , dans ce même Champ de Mars ; témoin aussi de ce grand élan de 1792 , lorsque je vis arriver à notre armée de Champagne quarante-huit bataillons que la ville de Paris avait mis sur pied en trois jours , et qui contribuèrent si éminemment à repousser l'invasion que nous eûmes le bonheur d'arrêter à Yalmy, je puis faire la comparaison , et c'est avec transport que je vous dis que ce que je viens de voir est bien supérieur a ce qu'alors j'ai trouvé si beau , et que nos ennemis trouvèrent si redoutable.

Veuillez aussi , mon cher général , exprimer à la garde nationale combien j'ai joui de ce qu'elle m'a témoigné , et combien mon cœur en est pénétré.

Votre affectionné ,

Louis-Philippk.

Paris, le 29 août 1830.

Le Glohc est débordant de joie :

Depuis la fédération , dit-il , on n'avait pas vu un aussi beau spectacle. Dès onze lieures du matin , des milliers de spectateurs garnissaient les tertres du Champ de Mars. Dans les contre-allées . des boutiques construites à la hâte , des cafés pavoises de draj)eaux tricolores , présentaient l'aspect dune fête champêtre. Les orchestres ne manquaient j)as , car des jeunes gens montés sur les arbres chantaient à gorge déployée la Parvienne et d'autres hvmncs patriotiques...

Jamais chef d'un peu|)le libre n'avait reçu un plus bel hommage.

27 Mars 1831

RKMISK DKS DRAPEAUX A L'ARMÉK.

— — -jjj^ vient de le voir. la garde nationale ;u ses drapeaux le 29 août 1830 , mais ;e n'avait pas encore les siens.

is-Philippe résolut de les lui distribuer 27 mars 1831.

Cette fête fut extrêmement remarlable. I^ roi sut lui imprimer une

sorte de caractère intime qui lui est

resté bien personnel.

LajoHPiiredu27, dilun ti^moîn, était destinée à une des solennités militaires des ^lus imposantes : la remise des drapeaux aux troujies. Que de pensées graves fait naître l'aspect de ces si^es de ralliemenl autour desquels se décideront peut-Atre Ira dcstini-es de la patrie ! Que de frénéreuseR émotions évcilk le serment des piemera qui viennent jurer de inouiir pour so défense ! Neuf rép^imenls d'infanterie , onze rt'-t^iments de cavalerie , huit batteries d'urlillerîe et deux compagnies de sapenre , auxquels se trouvaient réunis six bataillons et un escadron de In garde nationale, devaient ci

Ces troupes avaient été momentanément embrigadées. L'iafanterie formait deux divisions sous les ordres du lieutenant général I^dru des Kssarls et des maréchaux de camp Darivèles , Fabvier, Rumiguy et Cul)ipres. I^a cavalerie fonnait également deux divisions sous les ordres des lieutenants-généraux Gérard

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