‹ Le chancre et les syphilides cutanées et muqueuses et le traitement généralChapitre 18 sur 72 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

tërcs, son aspect et son évolution habituels; il peut présenter un certain nombre de complications^

Les unes sont peu importantes au point de vue du pronostic; mais elles restent toujours importantes au point de vue du diagnostic, qu'elles peuvent rendre plus ou moins difficile.

C'est ainsi qu'il peut se produire, à la surface de l'ulcération chancreuse, un exsudât pseudo-membraneux : le chancre devient diphtéroïde. C'est une complication qu'on voit quelquefois sur le chancre du gland, mais beaucoup plus souvent sur le chancre de Famygdale. Cet exsudât disparaît, en général, assez rapidement à la suite d'applications antiseptiques et le chancre reprend alors son aspect normal.

Parfois, chez les individus qui ne prennent pas de soins de propreté suffisants, des infections secondaires prennent naissance à la surface du chancre. On peut alors observer la suppuration des ganglions satellites.

Une autre complication un peu plus importante, c'est la gangrène superficielle du chancre. Cette gangrène superficielle, qu'on peut constater non seulement dans les chancres de la peau^ mais aussi dans les chancres de l'amygdale, s'arrête en général spontanément et ne constitue pas une complication sérieuse.

La seule complication vraiment grave, la véritable complication du chancre, c'est le phagédénisme, qui,

PRÉCIS DE SYPHILIGRAPHIE. 5

pour être plus rare dans le chancre syphilitique que dans le chancre mou, n'en existe pas moins parfois dans le premier.

M. le professeur Fournier en a distingué deux variétés différentes :

1° Le phagédénisme gangreneux,

2" Le phagédénisme vrai, que les anciens appelaient le phagédénisme ronge,

1° Le premier est le moins important. Ce n'est qu'une exagération de la gangrène superficielle et secondaire du chancre. Il se produit, sur Tulcération chancreuse, une première eschare centrale, qui s'entoure excentriquement d'eschares périphériques successives. La lésion s'étend ainsi, en surface et en profondeur, et peut détruire une partie du gland ; car, c'est sur le gland et le sillon halanique qu'on observe le plus souvent cette gangrène, qui est due manifestement à une infection secondaire.

2'' Le phagédénisme vrai est bien différent d'aspect et d'évolution; c'est une sorte d'ulcération de nature spéciale, caractérisée par l'extension progressive du chancre, en surface et en profondeur, et produite par une désintégration moléculaire, dont la cause est inconnue, je le dis immédiatement. Cette désintégration ne tient même pas à la nature de la syphilis, puisque, chez deux individus contractant la syphilis à la môme source, on a pu constater, chez l'un, un chancre normal et, chez l'autre, un chancre phagé-

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dénîque. C'est donc probablement non dans la graine, mais dans le terrain, chez Tindividu lui-même, qu'il faut chercher la cause du phagédénisme. On a quelquefois incriminé la misère, le surmenage, mais on est bien obligé d'avouer que, dans nombre de cas, on n'a aucune cause à invoquer ^

Les dégâts causés par le chancre phagédénique sont quelquefois très étendus, la perte de substance peut être considérable; mais, le plus souvent, la lésion se répare assez facilement sous l'influence du traitement. Les lésions phagédéniques du chancre induré sont moins extensives et restent en général beaucoup plus limitées que celles du chancre mou, comme étendue et comme durée.

Parmi les complications de ce phagédénisme, il faut en signaler une, dont la gravité peut devenir extrême : c'est ïhémorrhagie. Je me rappelle le cas d'un homme atteint d'un chancre syphilitique du gland, chancre phagédénique qui avait fait tout le tour de la verge. L'artère dorsale de la verge fut atteinte par le processus ulcéreux et il se produisit une telle hémorrhagie qu'on dut faire la ligature de l'artère. C'est là une complication rare, mais que son importance m'oblige à signaler à votre attention.

* Dans uii chancre sypliilitique à tendance phagédénique, MM. Launois et Lœderich ont signalé, à côté du spirochœte de Schaudinn, Tassociation des bacilles fusiforraes et des spirilles de Vincent, dont ce dernier auteur a montré la fréquence dans les processus nécroti(iues<

En présence d'un chancre phagédénique, comment fera-t-on pour savoir s'il s'agit d'un chancre syphilitique ou d'un chancre simple?

Le diagnostic se basera tout d'abord sur les caractères propres de chacun des deux chancres, caractères que je n'ai pas à rappeler; mais, si le cas est douteux, si le diagnostic est véritablement impossible, on devra, pour instituer le traitement antisyphilitique, attendre l'éclosion de la roséole ou des autres accidents secondaires.

Lorsque la roséole se montre, on constate qu'elle est toujours plus intense et plus grave dans les cas de chancre phagédénique que dans les cas de chancre ordinaire, ce qui, d'ailleurs, comme l'a montré M. le professeur Fournier, ne préjuge en rien du pronostic de la syphilis et de sa gravité ultérieure.

Nous avons à présent à nous occuper du traitement, non pas du traitement général de la syphilis que je vous indiquerai plus tard, mais du traitement local du chancre.

Cependant, en dehors du traitement local S il y a un point qu'il faut tout d'abord élucider : doit-on administrer le traitement général de la syphilis dès la période primaire, dès que le chancre est constitué? La question a été diversement résolue. Les uns, dès l'apparition du chancre, donnent le traitement; les

* V. E. Gaucher. Traitement de la syphilis, 2« édit., 1905, p. 4.

autres attendent l'apparition des accidents secondaires. Je conseille, si le diagnostic du chancre n'est pas douteux, de prescrire de suite le traitement, qui, d'ailleurs, n'empêchera pas l'apparition des accidents secondaires, mais pourra les atténuer; si le chancre est douteux, il faut attendre la roséole pour prescrire le traitement spécifique. Ce traitement sera exposé plus loin après Tétude des syphilides; car, à part certaines indications spéciales, il est commun à toutes les manifestations de la syphilis.

J'arrive au traitement local* : Que faire en présence d'un chancre syphilitique? Le chancre existe, il faut le laisser; Texcision ne sert à rien, car, au moment où le chancre est formé, l'engorgement ganglionnaire montre que la syphilis a déjà commencé à se généraliser. De plus, la cautérisation est également inutile.

On se bornera donc à appliquer, sur la plaie chancreuse, des antiseptiques.

Si le diagnostic de chancre induré est non douteux, on appliquera de la pommade au calomel.

Si le diagnostic pst douteux, on évitera le calomel, qui fait apparaître parfois une induration artificielle et pourra accroître la difficulté du diagnostic. On saupoudrera alors le chancre avec de Fiodoforme ou de l'aristol et on fera de fréquents lavages avec une solution de sublimé au millième.

* V. E. Gaucher. Traitement de la syphilis, 2«édit., 1905, p, 3.

. Voilà à quoi se réduit le traitement local du chancre syphilitique.

Il y a, cependant, quelques indications spéciales à remplir, dans certaines localisations particulières du chancre.

Dans le chancre préputial, accompagné de phimosis, il faudra faire des injections de solution de nitrate d'argent au centième, entre le prépuce et le gland.

Dans le chancre du méat^ où le rétrécissement de Torifice de Turèthre est à redouter, on écartera les lèvres du méat en y introduisant des mèches ou des bougies iodoformées qui empêcheront les adhérences.

Sur le chancre de Vœil, on appliquera seulement des compresses humides, évitant tout topique irritant, à cause de la proximité de la conjonctive.

Le chancre des lèvres devra être recouvert d'un morceau de sparadrap de Vigo, de façon que l'occlusion de la plaie empêche le malade de contaminer les personnes de son entourage.

Comme pansement du chancre du doigt et de Yonyxis chancreux, on emploiera la pommade àTiodoforme ou à l'aristol au dixième.

S'il s'agit d'un chancre de ranus^ on introduira, dans l'anus, des mèches iodoformées, pour maintenir autant que possible l'asepsie de la région. On fera de fréquents lavages du rectum, pour empêcher la constipation et éviter la douleur qui accompagne la défécation. Avant d'aller à la selle, le malade devra

enduire d'huile rorifiee anal, pour faciliter Texpulsion des matières fécales.

Le chancre amygdalien doit être badigeonné avec de la teinture d'iode. On prescrira des gargarismes émollients, de grands lavages de la gorge, fréquemment renouvelés, avec un irrigateur, des gargarismes avec une solution de sublimé, telles que l'ancien gargarisme de Ricord :

ne. Sublimé ( ââ

Chlorhydrate d'ammoniaque. . ( 0,20 cent.

Décoction de Morelle 250 gr.

Le chancre syphilitique phagédénique cëde, habituellement, assez rapidement au traitement général.

Comme traitement local du phagédénisme, M. le professeur Fournier recommande les bains prolongés, fréquents, répétés tous les jours, et l'application de pommade iodoformée. Le traitement qui m'a paru donner les meilleurs résultats, en dehors des moyens précédents, est l'enveloppement du gland dans des compresses imbibées d'une solution de chlorure de zinc au millième ou d'eau oxygénée médicinale pure à d2 volumes, coupée de deux ou de trois parties d'eau. Les grandes irrigations quotidiennes d'eau chaude prolongées pendant plusieurs heures, donnent aussi de bons résultats.

Quelquefois la cautérisation est nécessaire, avec

une solution de nitrate d'argent au vingtième, et même la caulérisation au fer rouge ; mais ces cas sont exceptionnels. Ordinairement, sous l'influence du traitement général, des bains généraux fréquents et prolongés et des applications permanentes de solution faible de chlorure de zinc, on vient à bout assez rapidement du chancre phagédénique syphilitique.

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