SIÈGES DES PLAQUES MUQUEUSES
contraire, la plaque muqueuse est la source habituelle de la contagion syphilitique. Le chancre est, en effet, une lésion de courte durée, pendant l'évolution de laquelle le malade s'observe, évite de propager son affection; la plaque muqueuse est une lésion insignifiante, qui se reproduit indéfiniment, à laquelle on ne prend pas toujours garde, une lésion qui a permis à bien des gens de transmettre, presque inconsciemment, la sypliilis, alors qu'ils auraient hésité à la communiquer par le chancre.
Quelquefois la récidive de la plaque muqueuse se produit sans raison. Dans d'autres cas, les récidives sont favorisées par des causes accessoires, occasionnelles, qui entretiennent l'irritation constante des régions de la peau ou des muqueuses, où se sont localisées ces plaques.
Aux parties génitales, par exemple, le défaut de soins, la malpropreté sont les principales raisons de la récidive des plaques muqueuses. C'est pourquoi, dans cette région, leur fréquence est beaucoup plus grande chez la femme, à cause de la fréquence des écoulements vaginaux et de la difficulté plus grande d'entretenir les parties dans un constant état de propreté.
Dans la bouche, sur la langue et dans la gorge, la cause la plus habituelle de l'entretien et de la récidive des plaques muqueuses est l'usage du tabac : d'où cette prescription capitale, dans les premières
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années de lu syphilis : cesser de fumer. Cette précaution est nécessaire, non seulement pour les malades eux-mêmes, mais aussi pour leur entourage, parce qu'en se débarrassant, le plus vite possible, de leurs plaques muqueuses, ils évitent de contaminer leur famille.
Les causes les plus habituelles de l'apparition et de la persistance des plaques muqueuses sont donc la malpropreté et l'usage du tabac. C'est ce qui explique pourquoi les régions, où s'observent le plus fréquemment ces accidents, sont, d'une part, la bouche et la gorge, fréquemment irritées par la fumée, d'autre part la région ano-génitale, péri-anale et périgénitale, dont la malpropreté n'est pas rare.
Après ces préhminaires, nous avons à étudier les caractères généraux des quatre formes de plaques muqueuses et leurs caractères particuliers dans leurs principaux sièges, c'est-à-dire dans la bouche et dans la gorge, dans la région ano-génitale, péri-anale et péri-génitale.
I. Plaque muqueuse ex -ulcéreuse (ou ^yphilide érosive), — C'est la plaque muqueuse vulgaire, celle qui s'observe le plus souvent chez les syphilitiques, dans les cas ordinaires.
Elle présente les caractères généraux suivants, peu précis, d'ailleurs : c'est une érosion minime, superficielle, de peu d'importance, de petites dimensions ;
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aussi est-elle souvent méconnue. Sa forme est variable, tantôt ronde, tantôt ovale, tantôt irrégulière, quelquefois allongée, fissurique, particulièrement sur le bord de la langue et sur les lèvres. Cette érosion peut donc prendre toutes les formes. Sa coloration est quelquefois rouge, quelquefois grisâtre ou opaline. En un mot, il est impossible de la caractériser par une description générale univoque. Voyons donc s'il est possible de lui assigner des caractères particuliers plus précis, dans les différents sièges où on peut l'observer.
l"" Dans la bouche et dans la gorge^ la plaque muqueuse est d'un rouge vif. Ses dimensions varient : ordinairement elle est un peu plus grande qu'une lentille et un peu plus petite qu'une pièce de vingt centimes. Son étendue est, le plus souvent, en rapport avec l'importance de l'irritation secondaire, qui accroît plus ou moins la dimension de la lésion.
Parfois, la plaque muqueuse est une lésion minime, insignifiante, dont la guérison rapide explique combien facilement elle peut passer inaperçue et semer la contagion.
Ses sièges ordinaires sont surtout la langue, les amygdales et la face interne des lèvres.
Je viens de dire que la plaque muqueuse érosive était ronge ; elle ne Test pas toujours. Il existe des variétés spéciales sur lesquelles il est important d'attirer l'attention,
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Sur les amygdales, sur les lèvres, la plaque muqueuse est souvent opaline, grisâtre. Sur les amygdales, cette coloration grisâtre peut prendre encore un autre aspect, par la production d'un véritable exsudât diphtéroïde, qui rappelle assez fidèlement Tangine couenneuse soit bénigne, soit diphtérique. Souvent, les phénomènes généraux manquent et le diagnostic d'angine diphtérique s'élimine de lui-même ; mais, dans certains cas, il existe un état général grave, il y a de la fièvre, comme dans la diphtérie, et la distinction avec cette affection devient assez difficile. De nombreuses erreurs de diagnostic ont été commises.
Les plaques muqueuses ne s'accompagnent pas, il est vrai, d'engorgement ganglionnaire ; mais, dans le cas de diphtérie, il ne faut pas attendre l'apparition de l'engorgement ganglionnaire pour faire le diagnostic et instituer le traitement; il est donc nécessaire, dans les cas douteux, de faire immédiatement l'examen bactériologique et surtout la culture, qui, seule, vous donnera en vingt- quatre heures une indication précise.
En dehors de la plaque muqueuse grisâtre et de la plaque diphtéroïde, on peut rencontrer, dans la bouche, une troisième variété de plaque muqueuse, la plaque muqueuse fissurique. C'est une érosion allongée en forme de rhagade, qui s'observe surtout sur deux régions : la commissure des lèvres et les bords de la langue.
PLAQUE MUQUKUSE ÉROSIVE 155
Enfin, on peut voir, sur le dos de la langue, une dernière variété de plaques niuqueuses, tout à fait spéciales à cette organe. Ce sont des érosions planes, lisses, où les papilles semblent avoir été détruites : d'où le nom de plaques fauchées sous lequel on les désigne quelquefois.
Pour nous résumer, nous dirons que les plaques muqueuses de la bouche et du pharynx peuvent se présenter sous cinq aspects différents : érosion rouge, érosion opaline, érosion diphtéroïde, érosion fissurique, plaque fauchée.
Avec quoi ces lésions pourront-elles être confondues ?
Pratiquement, le diagnostic doit être fait avec deux affections : l'herpès et les aphtes.
L'herpès est une lésion douloureuse, contrairement aux plaques muqueuses, qui sont habituellement peu sensibles, excepté lorsqu'elles sont multiples et assez étendues. De plus, l'herpès bucco-pharyngé s'accompagne souvent d'éruption para-muqueuse, péri-buccale, caractéristique. Enfin, les érosions herpétiques sont arrondies, plus régulières généralement que les plaques muqueuses et guérissent spontanément avec une grande facilité.
Le diagnostic de Therpès et des plaques muqueuses érosives est d'autant plus important, que certains syphilitiques sont atteints, dans les premières années de la maladie, d'herpès récidivant, dont les érosions
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siègent sur les bords de la langue et se reproduisent à la moindre occasion. C'est une particularité qu'il faut connaître, pour éviter des erreurs de diagnostic ^
Les aphtes sont des ulcérations très douloureuses, cupuliformes, qui seniblent taillées à l'emporte-pièce et sont recouvertes d'un exsudât blanc grisâtre ; l'éruption est accompagnée de fièvre et d'embarras gastrique. En dehors de ces phénomènes généraux, les caractères morphologiques des ulcérations permettent habituellement d'éviter la confusion.
2"* A la vulve, toutes les parties peuvent être atteintes. Les plaques muqueuses peuvent occuper la face interne des grandes lèvres, les petites lèvres, le vestibule, etc.. Ce sont des érosions superficielles, dont la dimension varie d'une lentille à une pièce de vingt centimes, érosions plates, sans relief, d'une coloration rouge, ressemblant à de simples écorchures, comme le disent ordinairement les malades, qui considèrent presque toujours ces lésions comme n'ayant aucune gravité.
Ce qui facilite le diagnostic, c'est que ces érosions, généralement multiples, sont accompagnées d'autres types de plaques muqueuses, notamment de plaques du type papuleux.
Les plaques muqueuses érosives se rencontrent fréquemment sur le col de riUérits,
' V. E. Gaucher. Trailé des maladies de la peau, t. J, 1895, p. 517.
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De couleur rougeâtre le plus souvent, grisâtre quelquefois, elles sont facilement confondues avec les érosions vulgaires. On les reconnaîtra d'une façon indubitable, dit M. Fournier, aux caractères suivants: elles présentent une disposition excentrique par rapport à rorifîce du col et une disposition cerclée ou semi -annulaire très nette.
3^ Aux organes génitaux de l'homme, le type érosif est de beaucoup le plus commun. Les plaques muqueuses peuvent siéger dans la rainure balano-préputiale, sur le gland, à la face interne du prépuce. En tous ces points, elles se présentent comme des érosions minimes, nettement arrondies, d'une coloratioQ rouge. Comme chez la femme, elle doivent être différenciées des ulcérations herpétiques.
On se rappellera que les plaques muqueuses sont toujours des érosions insignifiantes, tandis que les exulcérations de rherpès se montrent tantôt comme des érosions cupuliformes, isolées, formant de petits cercles distincts, tantôt se réunissent pour constituer des ulcérations plus larges, à contour polycyclique, comme Ta bien montré M. le professeur Founiier \
i"* A Vanus, le type érosif est presque le seul observé. Les plaques muqueuses se présentent comme des érosions linéaires, superficielles, allongées, fissuriques. Leur aspect est analogue à celui des rhagades,
* V. E. Gaucher. Traité des maladies de la peau, t. 1, 1895, p. 519.
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el, pour les bien voir, il est nécessaire de déplisser l'anus.
Cjiose remarquable, ces lésions sont douloureuses, comme toutes les lésions fissuriques de l'anus, mais modérément douloureuses, ce qui les distingue delà Assure simple de l'anus, qui provoque, surtout au moment de la défécation, des douleurs absolument intolérables.
C'est par le défaut de réaction inflammatoire que les plaques muqueuses seront distinguées de l'eczéma de l'anus, qui, lui aussi, s'accompagne de fissures; mais les fissures qu'on observe dans l'eczéma de l'anus sont entourées d'une zone inflammatoire prurigineuse, sur laquelle on constate soit des vésicules, soit au moins le suintement poisseux, caractéristique de l'eczéma ^
II. Plaque muqueuse ulcéreuse. — La lésion n'est plus, comme la précédente, une simple érosion superficielle, mais une ulcération, qui intéresse le chorion muqueux ou le derme, une ulcération plus ou moins profonde, mais qui, cependant, n'atteint jamais la profondeur des ulcérations tertiaires. Les bords de cette ulcération sont souples, non infiltrés. Le défaut d'induration et le défaut d'infiltration rendent caractéristique la sensation perçue par la palpation des
' V. E. Gaucher. Traité des maladies de la peau^ t. I, 1895.. p. 193.
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plaques muqueuses et permettent de distinguer facilement celles-ci du chancre syphilitique, toujours induré, et des ulcérations tertiaires, dont les bords sont toujours épais et infiltrés.
Les dimensions des plaques muqueuses ulcéreuses sont variables. Quelquefois de la dimension d'une lentille, elles sont quelquefois plus grandes, atteignant la largeur d'une pièce de cinquante centimes. Leur étendue est, en effet, le plus souvent, supérieure à celle des plaques muqueuses ordinaires, car leur accroissement se fait, non seulement en profondeur, mais aussi en surface.
Leur coloration est ordinairement rouge, quelquefois grisâtre ou jaunâtre.
Cette forme de plaque muqueuse est plus rare que la forme érosive; elle est aussi plus tardive.
Examinons maintenant quels sont les caractères particuliers que revêtent ces plaques ulcéreuses dans les quatre régions que nous avons prises pour types et qui sont leurs sièges les plus fréquents.
1*" Dans la bouche et dans la gorge, elles occupent surtout la face interne des lèvres, les bords de la langue et les piliers du voile du palais.
Leurs caractères sont ceux que j'ai énumérés tout à l'heure : ulcération plus ou moins profonde, rouge ou grisâtre, de dimensions assez considérables.
Sur les bords de la langue, les plaques muqueuses ulcéreuses peuvent être confondues avec les ulcéra-
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tions dentaires, dues à Tirritation déterminée par une dent cariée ou cassée. Les éléments de diagnostic sont les suivants: la plaque muqu"euse ulcéreuse est rarement isolée ; le plus souvent, on constate, en même temps, d'autres plaques muqueuses du dos de la langue ou d'autres points de la muqueuse buccale. De plus, l'érosion dentaire est douloureuse, la plaque muqueuse est presque indolente. Dans les cas douteux, par exemple chez un syphilitique ayant une dent cariée, le diagnostic se fera facilement par révolution de la lésion, après l'ablation de la dent malade.
2® A la vulve, les plaques muqueuses ulcéreuses sont rares ; on les observe, cependant, quelquefois, parliculièrement dans les régions suivantes : sur la face interne des grandes lèvres, sur les petites lèvres et dans le vestibule du vagin.
Elles sont toujours multiples, au nombre de cinq ou six ; leur grandeur varie d'une lentille à une pièce de cinquante centimes.
Souvent, leur diagnostic est extrêmement difficile ; elles ressemblent étonnamment au chancre mou, avec lequel elles sont fréquemment confondues, et M. le professeur Fournier fait même remarquer que la difficulté de ce diagnostic est la base de l'erreur des unicistes. Souvent, en effet, les unicistes considéraient, comme des chancres mous, des lésions ulcéreuses, auxquelles succédaient des accidents net-
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tement syphilitiques, lésions ulcéreuses qui n'étaient en réalité que des plaques muqueuses. Cette opinion peut paraître aujourd'hui singulièrement arriérée. En 1892, cependant, à Tépoque du congres international de dermatologie, la plupart des médecins de Técole de Vienne étaient encore unicistes. Quoi qu'il en soit, il faut se rappeler que la confusion des plaques muqueuses ulcéreuses vulvaires avec les chancres mous est très facile à commettre. Le diagnostic se basera sur les caractères suivants : dans le chancre mou, Tadénopathieest mono-ganglionnaire et souvent suppurée; dans la syphilis elle est polyganglionnaire et ne suppure presque jamais. Dans le chancre mou, vous avez des ulcérations secondaires, des chancres mous satellites, dus à des auto-inoculations. Les plaques muqueuses ne se multiplient pas; le nombre des chancres mous augmente, au contraire, assez souvent, par inoculation des parties voisines. Les chancres mous ont des bords excavés, cupuliformes, plus nets que ceux des plaques muqueuses, et quelquefois décollés. Le chancre mou a une coloration jaune et suppure; la plaque muqueuse est rouge, elle suinte, mais elle ne suppure pas.
Dans les cas douteux, on peut faire l'examen bactériologique et rechercher le bacille de Ducrey. Mais surtout, on a un moyen plus simple de faire le diagnostic : c'est Tauto-inoculation ; le chancre mou est inoculable sur le même sujets la plaque muqueuse ne
PRÉCIS DE SYPHILKiRAPHIE. 11
Ifti SYPUIUDCS MUQUEUSES
l'est pas; si bien que ce diagnostic, qui semble au premier abord assez difficile, se tranchera en somme assez facilement.
3^ Aux organes génitaux de rbomme^ la plaque muqueuse ulcéreuse est rare ; elle présente le même aspect et les mômes caractères qu'à la vulve.
4' A l'anus, elle est très rare et semblable, en tous points, à la plaque muqueuse ulcéreuse vulvaire ; je n'insisle pas davantage sur sa description.
III. Plaqne muqueuse papnlense ou papuleérosive. — Cette variété constitue le troisième type des plaques muqueuses.
Ces plaques sont des sypbilides papuleuses comme celles de la peau, avec cette différence que la papule est excoriée, humide et suintante. La constitution anatomique de la plaque muqueuse papuleuse est absolument celle de la papule cutanée : une hyperplasie embryonnaire du corps papillaire et delà partie superficielle du derme.
La plaque muqueuse papulo-érosive est une papule aplatie, de la dimension d'une lentille, quelquefois de la largeur d'une pièce de cinquante centimes, papule excoriée, c'est-à-dire dénudée de son épithélium. Sa coloration est rouge ou blanchâtre, sa surface lisse et unie.
Étudions ses caractères dans les quatre régions où on la rencontre principalement.
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l"" Dans la bouche et dans la gorge ^ la plaque muqueuse papulo-érosive est assez rare. Elle se présente sous Taspect d'une papule aplatie, excoriée, ou d'une exulcération exhaussée. Tantôt elle est complètement aplatie et sa surface est lisse ; tantôt elle est irréguliëre et comme bourgeonnante.
Déjà rare dans la bouche, cette forme de plaque muqueuse se rencontre exceptionnellement dans la gorge.
2" La vulve est le siège de prédilection des plaques muqueuses papuleuses, qu'on appelle quelquefois tubercules muqueux. Les Allemands leur donnent le nom de condylomes plats. Ces lésions papulo-érosives peuvent siéger sur toute la muqueuse vulvaire : sur la face interne des grandes lèvres, sur les petites lèvres, sur le capuchon du clitoris, dans le vestibule et sur la fourchette.
Habituellement, ces plaques muqueuses sont associées à des papules cutanées sèches, qui occupent la partie cutanée des grandes lèvres et les parties voir sines : les aines, la face interne de la partie supérieure des cuisses, le périnée et le pourtour de Tanus.
C'est qu'en effet, comme je Tai déjà dit, la papule cutanée et la plaque muqueuse papuleuse sont constituées par la même lésion, avec cette seule différence que la lésion est sèche dans un cas, érodée et suintante dans l'autre. D'ailleurs, même sur la partie cutanée, les papules sont souvent excoriées et suin-
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tantes et revêtent le type papulo-érosif, k cause de riiurnidité constante de ces régions, surtout chez les femmes qui prennent peu de soins de propreté.
Les caractères de ces plaques muqueuses sont les suivants : ce sont des papules aplaties, à surface plane, humide, d'une coloration rosée ou grisâtre.
Ces lésions, toujours multiples, sont en nombre plus ou moins considérable, isolées ou agminées et réunies, pour former des plaques quelquefois très étendues.
Ces plaques ou ?iappes muqueuses, comme on les appelle quelquefois, résultant de la coalescence de plusieurs papules, forment un plateau à contours polycycliques ; elles ne déterminent que peu ou pas de douleur, n'occasionnent le plus souvent qu'un peu de gêne. Mais elles sont recouvertes, surtout lorsqu'elles sont assez nombreuses, d'un suintement abondant, qui répand une odeur particulière, fétide, tout à fait spéciale, assez caractéristique pour permettre de faire le diagnostic avant d'avoir vu les lésions.
Malgré leur étendue, ces nappes muqueuses guérissent facilement par le traitement interne associé à un traitement local très simple et à des soins de propreté. Ce traitement local, indiqué par M. Fournier, consiste, pour le dire immédiatement, à laver les plaques avec de la liqueur de Labarraque, diluée de trois ou quatre fois son volume d'eau, et aies saupoudrer ensuite, sans les essuyer, avec de la poudre
PLAQUE MUQUEUSK PAPULEUSE 165
(Voxyde de zinc. Il se fait ainsi une sorte de cautérisation, sans doute par la production de chlorure de zinc in situ,
3"* Aux organes génitaux, de rbomme^ les plaques niuqueuses papuleuses sont beaucoup plus rares ; elles ne présentent jamais les mômes dimensions ni la même confluence qu'aux organes génitaux de la femme.
On peut les rencontrer sur le fourreau de la verge, sur le gland surtout, dans la rainure balano-préputiale et sur le scrotum. Parfois elles se groupent en arrière du scrotum, le long du raphé médian qui semble hypertrophié et qu'elles dessinent sous forme d'une crête dure.
Leurs caractères sont, d'ailleurs, absolument les mêmes que ceux qui ont été décrits ci dessus.
On peut rencontrer, sur les mêmes régions, une variété spéciale de plaques papuleuses, d'une coloration d'un gris blanchâtre, due à la présence d'un léger exsudât diphtéroïde ,
4^ A Tanus ou, plutôt, au pourtour de Vanus, dans la région péri-anale, périnéale et inter-fessière, on peut observer aussi des plaques muqueuses papuloérosives. Cette localisation est assez fréquente chez la femme ; les lésions y sont associées à des syphilides papuleuses de la vulve et présentent les mêmes caractères que dans les régions précédentes.
Chez l'homme, les plaques papuleuses péri-anales
166 SYPHILIDES MUQUEUSES
sont beaucoup plus rares. J'ai déjà signalé, dans certains cas, la présence de papules érosives groupées linéairement le long du raphé médian du périnée, entre Tanus et le scrotum.
1V^ Plaque muqueuse hypertrophique. — Cette variété de plaques muqueuses n'est que l'exagération de la précédente.
. L'élément est une papule énorme, formant tumeur, qui possède les mêmes caractères, la même constitution histologique que la plaque muqueuse papuleuse, dont elle ne diffère que par la dimension. La limite qui sépare la plaque papuleuse de la plaque hypertrophique est donc purement arbitraire.
Voyons les caractères de ce quatrième type dans les régions où nous avons déjà étudié ses congénères :
1° Dans la bouche et dans la gorge, ce type est tout à fait exceptionnel et succède toujours à des syphilides papulo-érosives non . traitées et irritées soit par le défaut de soms, soit par l'usage du tabac. Il est constitué par des papules volumineuses, saillantes, quelquefois végétantes.
Dans la bouche, son siège presque exclusif est la partie postérieure du dos de la langue, qui présente alors un aspect bosselé tout à fait caractéristique.
2° La vulve et le pourtour de la vulve sont les
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sièges les plus fréquents des plaques muqueuses hyper trophiques. Celles-ci se rencontrent, chez les femmes malpropres, sous forme de tumeurs sessiles ou de tumeurs végétantes, en choux-fleurs, jamais, cependant, aussi ramiflées/ aussi arborescentes que les végétations simples. Ces plaques peuvent être isolées ou agglomérées en masses ; elles forment quelquefois des nappes très étendues et très saillantes. Elles sont suintantes et répandent une odeur fétide, parfois d'une fétidité extrême.
Leur diagnostic est à faire avec les végétations simples, dont les ramifications sont plus fines et plus délicates et qui ne suintent pas comme les plaques muqueuses hypertrophiques. Dans les cas douteux, on recherchera Texislence d'autres lésions spécifiques, particulièrement dans la bouche ; la coexistence très fréquente de plaques muqueuses buccales facilitera singulièrement le diagnostic.
3° Aux organes génitaux deVhomine, les plaques muqiieuses hypertrophiques sont beaucoup moins communes. Elles ne se rencontrent que d'une façon tout à fait exceptionnelle sur la verge. Elles sont • moins rares sur le scrotum et dans les plis génitocruraux. Parfois, les masses végétantes et indurées peuvent donner au scrotum un aspect éléphantiasique. Chez Thomme comme chez la femme, la produc* tion de ces lésions hypertrophiques est due au défaut de soins hygiéniques.
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4° A ïanus proprement dit, sur Tanus muqueux, on ne rencontre pas de plaques muqueuses hypertrophiques. Celles-ci se montrent seulement au pourtour de Tanus, où, le plus souvent, elles sont associées à des lésions identiques de la vulve ou du scrotum. Elles forment autour de Tanus, comme sur la vulve, des masses quelquefois énormes, ramifiées, végétantes, ou des tumeurs en forme de champignons, en tout semblables aux précédentes.
Le TRAiTKMRNT LOCAL des svphilides muqueuses, qui, bien entendu, ne doit Otre qu'un adjuvant du traitemont général mercuriel, diifère suivant la région atteinte par les plaques muqueuses ^
1^ Dans la bouche et dans la gorge, on cautérisera les plaques muqueuses avec une solution de nitrate d'argent. Je déconseille, pour plusieurs raisons, le crayon de nitrate d'argent dont on trouvait autrefois un exemplaire dans toutes les trousses. Tout d'abord, on risque de diffuser la syphilis en cautérisant plusieurs malades avec le même crayon, et il n'est pas impossible qu'il y ait eu des cas de contagion par ce procédé. Voici une observation qui démontre péremptoirement la possibilité de la transmission de la syphilis par le crayon de nitrate d'argent : un homme vient me consulter à l'hôpital Saint-Louis,
* V. K. Gaucher. Traitement de la syphilis, 2« édit., p. 17.
TRAITKMKNT 169
il y a une dizaine d'années, pour un chancre syphilitique indubitable, accompagné de roséole et siégeant sur la partie latérale de la paroi abdominale, dans une région où Tinoculation de la syphilis est tout à fait insolite. En interrogeant cet homme, j'apprends qu'il a eu d'abord un bouton ordinaire, sans doute une pustule d'acné, semblable aux autres éléments d'acné qu'on voyait disséminés sur son corps. Sur le conseil d'une servante de restaurant et avec un crayon de nitrate d'argent prêté par elle, il cautérise ce bouton ; un mois après, le bouton s'ulcèro et devient un chancre. Je fais venir la propriétaire du crayon ; je lui trouve, dans la gorge et sur la langue, des plaques muqueuses qu'elle cautérisait avec ce crayon de nitrate d'argent.
Le crayon de nitrate d'argent peut donc être un agent de transmission de la syphilis. De plus, il peut ^e casser quand on cautérise la gorge, tomber sur les replis du larynx, occasionner des ulcérations et, même, des accidents très graves, tels que l'œdème de la glotte.
La solution de nitrate d'argent qu'on emploiera sera au cinquième. On y plongera, une seule fois, un pinceau d'ouate hydrophile qu'on brûlera aussitôt après qu'on s'en sera servi.
Les cautérisations doivent être faites, non tous les jours, mais seulement tous les trois ou quatre jours, afin de ne pas trop irriter la muqueuse buccale.
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Quand les plaques muqueuses sont multiples et superficielles, on peut employer, comme caustiqne, la teinture d'iode, qui est moins active, mais moins irritante.
Dans les cas rebelles, on conseille la cautérisation avec le nitrate acide de mercure. Les indications de ce caustique puissant et dangereux sont tout à fait rares. On l'emploiera seulement pour traiter les plaques muqueuses hypertrophiques et de la façon suivante : tremper dans le liquide un petit bâton de bois avec lequel on portera une quantité minime de caustique sur la région malade. 11 ne faut pas se servir de pinceau ni, surtout, d'agitateur de verre, qui peuvent laisser tomber une goutte de nitrate acide de mercure dans le larynx et provoquer la mort subite.
En dehors de ces cautérisations, il est bon de recommander de fréquents lavages de la bouche avec une solution de chlorate de potasse ou avec de Teau oxygénée diluée au quart ou au tiers.
2° Pour les plaques muqueuses de la région génitale ou anO'génitale, les soins de propreté, les lavages avec la liqueur de Labarraque, coupée de trois ou quatre parties d'eau, suivis d'application de poudre d'oxyde de zinc seront généralement suffisants. C'est le traitement conseillé par M. Fournier et qui est aujourd'hui communément employé par tous les syphiHgraphes.
Il sera très rarement nécessaire de recourir à la cautérisation, sauf pour les plaques muqueuses végétantes ; celles-ci seront touchées, soit avec la solution de nitrate d'argent au cinquième, soit, dans les cas rebelles, avec le nitrate acide de mercure. Si les cautérisations déterminent une réaction inflammatoire trop vive, on la calmera par l'application permanente de compresses humides.
Dans certains cas, les plaques muqueuses érosives ou ulcéreuses, surtout celles qui siègent à Tanus ou sur le gland, sont avantageusement modifiées par l'application de pommade au calomel au dixième.