PÉRIODE DE CRUDITÉ
leurs minimes. Dans certains cas, cependant, la gomme peut être douloureuse, lorsque, par exemple, elle est située au-dessus d'un plan osseux, particulièrement au front, ou lorsqu'elle est contiguë à des filets nerveux.
La période de crudité de la gomme a une durée très variable ; elle peut être fort longue et la nature de la lésion peut rester longtemps méconnue. Je me rappelle un homme qui vint me consulter pour une bosse frontale apparue deux mois auparavant, à la suite d'un traumatisme. Malgré les compresses résolutives, la lésion ne s'était nullement modifiée. Elle se présentait sous l'aspect d'une tumeur hémisphérique, mobile, non inflammatoire, mais douloureuse. Je songeai à la possibilité d'une gomme syphilitique; le malade, interrogé dans ce sens, commença par nier, comme d'habitude, tout antécédent spécifique, puis il se rappela avoir eu dans sa jeunesse quelque chose qui ressemblait à la syphilis, mais dont la nature avait été mal élucidée. Bref je le soumis au traitement mercuriel et ioduré, et, moins de quinze jours après, la lésion était complètement guérie.
Cette observation est intéressante, car elle vous montre comment les gommes peuvent être facilement méconnues, lorsque la période de crudité se prolonge pendant longtemps. Il est évident, dans le cas que je viens de vous citer, que tout le monde aurait fait le diagnostic, si la lésion avait été ramollie.
i84 GOMMES SOUS-CUTANÉES
2° Période de ramollissement. — Au bout d'un temps variable, la tumeur se ramollit, elle devient fluctuante, comme si elle était envahie par la suppuration, et cependant ce n'est pas du pus qu'elle contient. Si on la ponctionne, en effet (ce qu'il ne faut jamais faire, quand on a reconnu la nature de la lésion), il en sort non du pus, mais un liquide épais, filant ou sanieux, quelquefois jaunâtre et puriforme, mais jamais véritablement purulent.
Ces caractères du contenu de la gomme ramollie sont très importants à connaître, pour éclairer le diagnostic dans les cas ambigus. Ils sont identiques, qu'il s'agisse de syphilis acquise ou de syphilis héréditaire, et permettent souvent, dans ce dernier cas, de distinguer les lésions gommeuses de la syphilis héréditaire des lésions tuberculeuses. Voici, à ce propos, un exemple bien instructif de l'analogie que peuvent revêtir ces deux affections :
Une petite fille de six ans consulte un médecin au sujet d'une collection purulente costale. L'enfant toussait et présentait, à l'un des sommets, des symptômes de ramollissement pulmonaire. On fait le diagnostic d'abcès froid costal, on ponctionne et on évacue un liquide filant et grumeleux. L'enfant m'est adressée alors et, bien que l'examen n'ait révélé aucun stigmate d'hérédo-syphilis, je trouve que . la lésion ressemble à une gomme périostique etjeprescris le traitement mercuriel. L'état de l'enfant s'a-