I. Les glossites scléreuses
II. Les glossites scléro-gommeuses ; IIL Les gommes de la langue.
GLOSSITES SCLÉREUSES
La glossite scléreuse est, de beaucoup, la lésion la plus commune.
11 y a, tout d'abord, à spécifier un point très important de sa symptomatologie, c'est qu'elle occupe exclusivement le dos de la langue et que la face inférieure de la langue est toujours respectée.
La glossite scléreuse peut se présenter sous plusieurs aspects, qu'il importe de décrire successivement : la sclérose peut être superficielle, soit partielle et disséminée, soit en nappes plus étendues, ou au contraire, profonde.
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A. La glossite superficielle, dermique, n'intéresse que Técorce de la langue.
Suivant la disposition des plaques de sclérose, on doit en distinguer deux variétés, deux formes différentes :
1° La forme partielle^ disséminée se présente sous Taspect de petites plaques isolées, de la dimension d'un pois, quelquefois d'une pièce de 20 centimes, exceptionnellement d'une pièce de 50 centimes.
Ces plaques, arrondies ou ovalaires, forment, audessus de la muqueuse linguale, un très léger relief. Elles sont constituées par un épaississement dermique, plus appréciable au toucher qu'à la vue. Elles ne sont pas blanches comme les plaques de leucoplasie, mais d'un rouge sombre. Elles sont lisses et comme rasées de leurs papilles (Fournier).
2° La même lésion scléreuse superScielle peut se présenter en nappes plus étendues. Elle ne difière de la forme précédente que par les dimensions beaucoup plus considérables des plaques scléreuses, qui peuvent atteindre plusieurs centimètres carrés. Elle siège tantôt à la partie antérieure et médiane de la langue, tantôt sur un des côtés.
Ses caractères sont, d'ailleurs, les mêmes que ceux que j'ai indiqués pour la forme précédente. La plaque est constituée par un épaississement dermique légèrement surélevé, sec, lisse et dépapillé, comme rasé. Sa couleur est ordinairement d'un rouge sombre, mais,
parfois, diffère peu de celle des portions normales de la langue. C'est qu'en effet, la coloration s'atténue, à mesure que la lésion vieillit et que l'épaississement augmente ; elle passe peu à peu à une teinte rose blanchâtre et même blanche.
L'évolution de cette sclérose superficielle est très lente, mais progressive. Les lésions sont peu influencées par le traitement, si elles sont très avancées ; elles se modifient plus facilement si elles sont plus jeunes.
Ces lésions, qui semblent au début si bénignes, peuvent, au bout d'un certain temps, se compliquer d'accidents inflammatoires, dus à l'irritation exercée sur la langue par des dents cariées ou par des chicots dentaires, par l'usage du tabac, par l'alcool et par les aliments épicés ou acides. On voit se produire alors des gerçures^ des /issu7'es douloureuses, qui gênent la mastication.
Ces gerçures siègent surtout sur les bords de la langue.
B. Les troubles fonctionnels, dépendant de la sclérose linguale, sont encore plus marqués quand la lésion scléreuse n'est pas uniquement dermique, mais sous-dermique et profonde,
La glossite scléreuse profonde, sous-dermique, est, d'ailleurs, beaucoup plus fréquente que la glossite superficielle, qui est véritablement une rareté. La sclérose ne reste même pas limitée à l'hypoderme lingual, elle se propage au tissu interstitiel de l'organe,
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qu'elle peut envahir dans sa totalité, produisant ainsi la rétraction de toute la langue.
Cette sclérose profonde, qui est, en même temps, superficielle, n'estjamais localisée en îlots comme la forme précédente; elle est toujours étendue à une grande partie ou à la totalité de Torgane. On Tobserve surtout sur la partie médiane de la langue, quelquefois sur une moitié de cette partie médiane, dans quelques cas sur une des parties latérales seulement.
Quels sont les symptômes de cette glossite scléreuse profonde ?
On constate une tuméfaction plus ou moins étendue de la langue, tuméfaction telle, que Torgane, parfois, n'est pas seulement augmenté en hauteur, mais élargi dans sa totalité.
Sur cette tuméfaction générale, on observe des bosselures dures, profondément dures, d'une dureté fibreuse ou ligneuse. Ces bosselures sont rouges, lisses, fauchées de leurs papilles, séparées par des 5i/lons profonds, qui déterminent une sorte de lobulation de la langue, simple exagération de la lobulation normale. Il existe, en général, un sillon principal plus profond, le sillon médian, correspondant au raphé lingual, d'où partent les sillons latéraux, disposés en nervures de feuille (Fournier).
Toujours, au bout d'un certain temps, à cause des irritations multiples, qui agissent sur un tissu
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malade et déjà altéré, on voit se produire des ulcérations, dues aux dents, à la mastication, aux aliments irritants, à Talcool, au tabac, etc.
Ces ulcérations peuvent occuper les bords de la langue^ où elles sont plus ou moins profondes, dures à leur base, et peuvent simuler le cancer.
Elles peuvent siéger sur le dos de la langue ; ce sont alors des sillons fissuriques ulcérés, des rhagades, qui se prolongent périphériquement en surface, dans une étendue variable.
Dans les deux cas, ces ulcérations sont mécaniques ou inflammatoires, secondaires, surajoutées, ne dépendant pas de la syphilis elle-même, mais elles peuvent compliquer beaucoup le diagnostic.
Malgré ces ulcérations, il n'y a pas, dans la glossite scléreuse, d'engorgement ganglionnaire.
A une période avancée, tardive, la sclérose Unissant par envahir tout le tissu connectif intermusculaire de Torgane, celui-ci subit la rétraction fibreuse et diminue de volume. La langue prend un aspect particulier : elle est ficelée, atrophiée ; elle est transformée en une sorte de fibrome lingual total, à peu près immobile dans la bouche.
On conçoit la gravité des troubles fonctionnels qui peuvent résulter d'une semblable altération.
Ces troubles n^ apparaissent, d'ailleurs, que très insidieusement et tardivement. Ils sont nuls ou minimes au début; la langue est un peu lourde et c'est tout;
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les mouvements sont un peu difficiles ; mais il n'y a pas de douleur, et la gêne est si insignifiante que les malades ont rarement l'idée de venir consulter le médecin.
A une période avancée de la lésion, quand la sclérose augmente et s'étend, la scène change. Le malade éprouve des douleurs^ produites par les fissures plus ou moins profondes, qui sont irritées par le passage des aliments et par le séjour des parcelles alimentaires, qu'elles retiennent dans leur cavité. Les douleurs sont également provoquées, sur ces fissures, par les boissons alcooliques, par le tabac, en un mot par toutes les causes si nombreuses qui peuvent impressionner la muqueuse buccale.
Quelquefois, comme je Tai déjà dit, ces ulcérations dépassent les limites de la fissure et s'étalent sur les parties voisines, déterminant des douleurs plus vives encore.
Tels sont, avec les symptômes physiques, les troubles fonctionnels que provoquent les scléroses linguales.