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ont eu, tout à coup, dans la bouche, la sensation d'un crachat épais , et qu'ils ont expectoré un paquet d'hu* meur.
Rarement cette ulcération reste petite, fistuleuse ; le plus souvent, elle s'accroît par la destruction graduelle des bords de l'ouverture et du plafond de la cavité gommeuse. 11 en résulte un ou plusieurs ulcères gommeux, suivant le nombre des gommes primitives.
Les dimensions de Viilcère gommeux sont en rap* port avec le volume de la gomme ; elles varient de quelques millimètres à deux ou trois centimètres. Sa forme est arrondie ou irrégulière. C'est une cavité creuse, taillée à pic, à bords durs et rouges, non décollés (caractère très important au point de vue du diagnostic de ces gommes), à fond jaunâtre, revêtu d'un enduit adhérent, bourbillonneux, comme celui des ulcérations gommeuses de toutes les régions.
Sauf de très rares exceptions, la gomme linguale ne s'accompagne d'aucun engorgement ganglionnaire, à aucune période de son évolution, ni à l'état de crudité, ni à l'état de ramollissement, ni à l'état d'ulcération.
L'ulcère persiste pendant un certain temps, avec ses dimensions, ou s'accroît peu à peu. Il peut quelquefois diminuer et même guérir spontanément, mais le fait est exceptionnel. Il persiste le plus souvent très longtemps, pendant des mois, s' accroissant peu, mais ne
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présentant, lorsqu'il n'est pas traité, aucune tendance à la guérison.
Lorsque les gommes sont traitées, elles se cicatrisent^ et se cicatrisent avec rapidité. On voit se produire une régression progressive de tous les phénomènes ulcéreux : la cavité de Tulcëre se comble, ses bords se rapprochent jusqu'à se rejoindre; il en résulte, finalement, une cicatrice déprimée, quelquefois un peu profonde, mais qui n'est jamais en rapport avec l'étendue, en profondeur et en surface, de la cavité gommeuse, si bien qu'on est étonné de voir une gomme volumineuse de la langue, terminée par une toute petite cicatrice, qui ne gène en aucune façon les mouvements de l'organe.
C'est ce qui fait que le pronostic des gommes est beaucoup moins grave que celui des scléroses linguales.
Les gommes sont plus effrayantes que graves ; elles guérissent d'ordinaire, je pourrais dire toujours, très facilement^ parle traitement et ne récidivent pas. Au contraire, les scléroses sont très persistantes, peu accessibles au traitement; quand elles guérissent, partiellement ou totalement, elles sont sujettes à de faciles récidives.
Les troubles fonctionnels^ occasionnés par les gommes de la langue, à la période de crudité, sont nuls ou presque nuls, sauf si la tumeur est volumineuse et gêne mécaniquement les mouvements de la
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langue dans la bouche. Ils sont en général si insignifiants que le malade ne s'en préoccupe pas et ne vient consulter le médecin qu'au moment où la gomme est vidée et ulcérée.
A cette période, les troubles fonctionnels sont plus ou moias marqués. Le malade éprouve une douleur ordinairement très minime, quand la langue est au repos. Cette douleur est réveillée par les mouvements de la langue et par le contact des aliments, surtout des aliments irritants, salés, acides ou fortement sapides, comme le poivre, ou pulvérulents, comme les purées. La douleur se manifeste lorsque les malades parlent, lorsqu'ils mangent, pendant la mastication et le premier temps de la déglutition.
La salivation est généralement abondante ; le malade, à cause de la douleur provoquée par les mouvements de déglutition, n'avale pas sa salive, qui s'écoule incessamment hors de la bouche. Ce symptôme, qui n'a rion de propre aux gommes syphilitiques, se rencontre dans toutes les tumeurs buccales.
Il y a aussi des troubles de la phonation. La voix n'est pas, à proprement parler, nasonnée ; elle est sourde et comme encombrée. Tous ces troubles fonctionnels, de même que la difficulté de la déglutition, varient considérablement d'un cas à l'autre et sont en rapport avec l'étendue de l'ulcération.
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Le TRAITEMENT des gommes de la langue est très simple et très rapidement efficace.
Localement^ il faut savoir ne rien faire ou ne faire que peu de chose. C'est à propos des gommes syphilitiques qu'il faut se souv^enir que, si la thérapeutique n'est pas toujours utile, elle est quelquefois nuisible. On se contentera de prescrire des gargarismes avec de Teau bouillie et non avec des infusions végétales de guimauve, de sureau ou d'autres plantes, qui augmentent les fermentations buccales. On fera faire de fréquents lavages de la bouche, des pulvérisations avec de l'eau bouillie ou de l'eau boriquée. On pourra quelquefois recourir aux attouchements de l'ulcère gommeux avec la teinture d'iode ; ce moyen est même rarement nécessaire. Mais on évitera absolument toute cautérisation et on proscrira complètement le nitrate d'argent, surtout le nitrate acide de mercure et le fer rouge, que l'on a quelquefois intempestivement employés.
Le traitement général est indispensable. Il faut ordonner Tiodure de potassium, qui suffirait presque à guérir les gommes, car il est le médicament résolutif, par excellence, des néoplasies syphilitiques. Sous son influence, les ulcérations se cicatrisent très rapidement. Mais on doit aussi donner du mercure. Le mercure seul pourrait aussi guérir les gommes, bien que moins rapidement que l'iodure de potassium. L'association des deux médicaments est préférable.
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C'est donc le traitement mixte que vous prescrirez, le traitement mercurlel et le traitement ioduré.
Diagnostic des syphilomes linguaux. — Nous avons maintenant à faire le diagnostic d'ensemble des glossites scléreuses et des gommes de la langue avec les affections qui peuvent les simuler.
La sclérose superficielle doit être distinguée de la leucoplasie linguale, qui est aussi une variété de sclérose, mais avec des caractères particuliers. Ce diagnostic sera plus utilement fait après la description de cette dernière affection*.
Le diagnostic de la gomme ulcérée et des ulcéra'^ tiens de la sclérose linguale doit être fait avec le chancre de la langue, avec Térosion simple d'origine dentaire, avec la tuberculose Jinguale et, enfin, avec Tépithélioma.
Le chancre syphilitique de la langue peut ressembler aux ulcérations de la syphilis tertiaire, que cellesci se présentent sous forme d'ulcérations gommeuses ou sous forme de sclérose ulcérée.
Mais, il faut se rappeler que le chancre est une lésion qui n'est ni saillante, ni creusée, qui est située sur le même plan que le tissu sain périphérique ou avec une différence de niveau très peu sensible. Le chancre est une lésion ulcéreuse simple, qui ne détermine pas
* V. plus loin. Diagnostic de la Leucoplasie linguale, p. 269.
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tiVpaississement de la langue, qui est ordinairement unique et qui, symptôme capital, est toujours accompagnée d'engorgement ganglionnaire satellite. Cette adénopatliie fait toujours défaut dans la syphilis tertiaire.
L'érosion simple de la langue, due à rirritation causée par une dent cariée ou cassée^ a pu être confondue avec l'ulcération gommeuse. Mais, Térosion dentaire sera facilement reconnue, si Ton se souvient qu'elle siège toujours sur les bords de là langue, qu'elle est en rapport avec le chicot dentaire, qu'elle a une évolution différente, qu'elle reste indéfiniment stationnaire, localisée, enfin qu'elle guérit rapidement et spontanément, après l'extraction de la dent malade qui a occasionné son développement.
La tuberculose linguale est quelquefois d'un diagnostic plus difficile. Si on la confond difficilement avec les scléroses ulcérées, qui déterminent un mamelonnement, un ficelage de la langue, qu'on n'observe pas dans les cas d'ulcérations tuberculeuses, il est souvent malaisé de la distinguer des ulcérations gommeuses de la langue.
La tuberculose linguale détermine ordinairement des ulcérations simples, dues au ramollissement des granulations miliaires, mais elle produit aussi de véritables gommes, qui s'ulcèrent et s'ouvrent, comme les gommes syphilitiques, avec lesquelles elles sont souvent confondues.
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On se rappellera, d'abord, que les individus atteints de gommes tuberculeuses de la langue ont presque toujours des lésions de tuberculose pulmonaire ou laryngée.
Les ulcères tuberculeux sont moins creux que les ulcérations des gommes syphilitiques et, au lieu d'avoir des bords assez nets et indurés, ils ont des bords irréguliers, souvent déchiquetés et décollés. Ils sont entourés des points jaunes décrits par Trélat, semis de petites tubercules en voie de ramollissement. Les ulcérations tuberculeuses sont douloureuses, excessivement douloureuses, même spontanément. Enfin Fexamen bactériologique de Texsudat, qui les recouvre, permet souvent de déceler la présence du bacille de Koch, et l'inoculation expérimentale au cobaye donne toujours des résultats positifs.
Le diagnostic des syphilomes linguaux, gommes et sciërose uicërëej avec le cancer de la langue, sera fait dans le chapitre suivant, à la suite de l'étude de la leucoplasie linguale, dont l'épithélioma n'est qu'une dépendance et une conséquence *.
* V. plus loin, p. 270 et 271*