CHANCRES SUCCESSIFS
sur une excoriation de la face, due au rasoir. Le second est celui d'un homme qui présenta tout d'abord au menton plusieurs chancres, puis, quinze jours plus tard, un chancre de la verge *.
Dans ces deux cas, il est impossible d'admettre une inoculation simultanée : le délai d'apparition des xî-^»»^-} chancres est en effet trop éloigné. Il faut donc reconnaître la possibiHté d'une auto -inoculation, auto-inoculation qui s'est produite dans un cas trois semaines, dans l'autre quinze jours après la première inoculation. Vous vous rendez compte des nombreuses discussions que soulèvent ces faits. Puisque Tauto-inoculation peut se produire, cela ne prouvet-il pas que le malade n'est pas immunisé par une première inoculation, et que, par conséquent, la syphilis pourra plus tard récidiver? De plus, puisque l'infection n'a pas envahi d'emblée tout l'organisme, f^-* *' ainsi que le prouve l'apparition du second chancre, ne peut-on admettre comme conséquence qu'il y a des chances d'arrêter l'évolution de la syphihs en excisant le chancre?
A cela je réponds qu'il peut se produire une autoinoculation quinze jours ou trois semaines après le début de l'infection, sans qu'on soit, pour cela, autorisé à admettre que la syphilis peut récidiver? L'infection spécifique en effet, au moment où l'on constate l'exis-
* V. Gaucher. Polyclinique du mercredi. — Presse médicale^ 7 mars 1903. (Leçon recueillie par Milian.)
tence du premier chancre, peut ne pas avoir eu le temps d'envahir tout l'organisme, bien qu'elle ait déjà dépassé le lieu d'inoculation, et la région où se produit le deuxième chancre peut n'être pas encore infectée par le virus syphilitique, arrêté par la barrière ganglionnaire. Car il esta remarquer que ces chancres :' / * successifs à longue échéance sont toujours situés dans
des régions éloignées les unes des autres, aux organes génitaux et à la face par exemple, c'est-à-dire dans des régions à système ganglionnaire distinct. Cette (i^^eet/f ^ considération anatomique répond également à ceux
qui plaident pour l'excision du chancre. Cette excision ne peut arrêter l'évolution de la syphilis, puisque, comme je viens de le dire, si cette syphilis n'est pas encore complètement généralisée, elle a déjà dépassé le siège de l'inoculation et envahi une partie de l'organisme, ainsi qu'en témoigne l'adénopathie satellite. Voilà, je crois, comment il faut expliquer les cas de chancres successifs, dont l'existence ne prouve rien contre cette ancienne opinion que la syphilis est une maladie qui ne récidive pas.
La syphilis se rapproche beaucoup plus, par son évolution, des intoxications que des infections, car il n'y a pas de syphilis locale. La syphilis est toujours généralisée; mais l'envahissement total de l'organisme met un certain temps à s'effectuer ^ Le virus, déposé
* V. E. Gauchek. Traitement de la Syphilis, 2« éd. 1905, p. 2.