CHAPITRE VI
Biagnostic du Chancre simple.
Dans beaucoup de cas, le chancre simple se présente à l'observateur avec un tel ensemble de symptômes qu'il suffit d'un coup d'œil, au praticien un peu exercé, pour le reconnaitre. 7.
Aïnsi, lorsqu'un individu se présente à l'observation avec une ulcération de forme arrondie, à. base molle, à bords taillés à pic et comme à l’emporte-pièce; à fond grisâtre recouvert d'une couche comme diphthéritique,entourée d’une auréole rouge et enflammée, sécrétant un pus abondant et manifestant une tendance marquée à l’agrandissement dès les premiers jours qui suivent son apparition; lorsqu’enfin Pindividu ajoute que l’ulcération s’est montrée dans les trois ou quatre premiers jours qui ont suivi le coït suspect, vous pouvez affirmer qu’il a un chancre simple. A plus forte raison porterez-vous ce diagnostic si les ulcérations se sont montrées multiples d'emblée, ou consécutivement par suite d’auto-inoculation, et s’il existe dans le pli de l’aine des adénites aiguës ou bubons,.
Toutefois, nous devons dire que, malgré leur grande importance, aucun de ces signes n’est véritablement pathognomonique. Un seul, que nous n'avons pas encore indiqué, permet d'établir d’une façon péremptoire le diagnostic du chancrée simple. Ce signe est fourni par l’enoculation du pus qu'il sécrèle; car, ainsi que l’a dit très-justement Ricord, le chancre n'est, ni dans sa forme, ni dans son fond, ni d’une ma-
nière absolue dans aucun de ses caractères extérieurs : 4 est tout entier dans le pus qu’il sécrète.
41° Le chancre simple est inoculable à coup sûr au sujet qui le porte, à toutes ses périodes, sauf à la période de cicatrisation trèsavancée.
20 Le chancre simple est la seule des ulcérations d'origine vulgatre, vénérienne ou syphilitique, qui soit susceptible de reproduire par auto-inoculation une ulcération semblable à elle-même.
Ces deux propositions qu’il est aujourd’hui impossible de nier, reposent sur de nombreuses expériences faites dans les hôpitaux par plusieurs auteurs.
Dès 1845, M. Clerc, à la suite de huit expériences positives de chancres simples inoculés aux malades qui en étaient porteurs, concluail d’une manière générale que le chancre simple est inoculable au sujet qui le porte.
En 1856, M. Fournier se livrait, dans le service de Ricord, à des expériences plus nombreuses et plus complètes, et il obtenait les résultats suivants :
40 Imoculation de chuncres simples.
nombre résultats résultats des inocul. positifs. négatifs
A' la période d’augment.e. % 2/0 EL L, 19 12 » — QPÉCAUTUE ELU ID AR Put 4% 4h »
— dertransitiontmmt#s 9 9 »
— de réparation bien établie.. . . 12 9 3 = de réparation dé,à avancée . . . 9 3 »
— de réparation extrêm. avancée.. 7 2 5 — de forme gangréneuse.. . . . . 1 » 4
2° Inoculations de chancres indurés.
A:la période d'augment.... .:. 4... 4 LE { 11 — d'états 0e, DES 55 » 55 2 Me W'ARSUON ere nee ae 16 » 46 — de réparation ed DIOU 0 9 » 9 = de forme gangréneuse. . . .. 6 » 6
(4) Clerc, Mémoire sur le chancroîde, 1854 (2) Ricord, loc. cit.
L'année suivante M. le D' Poisson (14), continuant dans le service de Ricord les expériences de M. Fournier sur l’inoculation comparative des deux chancres, obtint des résultats complétement analogues à ceux de son prédecesseur, ainsi que le prouve le tableau suivant :
1° Inoculalions de chancres simples.
nombre resultats résultat des inocul. positifs. négatifs
À la période de progrès ou d'état. . . . 4. 5 ù » om de transition ,1,,;,: .,, ARENA »
pe ot. dé réparation, ATEN NPA HS 9 »
9 Inoculalions de chancres indurés. (NL 2yt
A la période de progrès, 2471034 4 pue ni, 4 » 4 — CS A Me ee ele aie 20 4 (2) 19 — O6 TE TTION d BEM 12 » 10 — de réparations nat 47 » 47
En 1858, M. Nadau-des-Islets, interne à l’hôpital du Midi se livra aux mêmes recherches, non pas dans le service de Ricord, mais dans celui de M. Puche, etil arriva à des conclusions encore plus absolues que ses prédécesseurs. Voici ce que nous lisons dans son excellente thèse : « Je suis forcé dé concluré, pour né, pas être en opposition avec ce que j’ai vu, que le pus du chancre induré ne s’inocule pas sur le terrain diathésé qui l’a fourni. Je vais même plus loin encore : malgré le petit nombre de faits que je possède à cet égard, je crois que le pus du chancre infectant, lors même qu'il provient d’une soirce étrangère, ne s noce pas La Li sur un, terrain diathésé. h | KT
En 1859, MM. Laroyenne et Rollet, a Lyon, Fe aussi de nombreuses expériences à l’hôpital de l’Antiquaïlle, pour snoculer le: Le du chançre induré à i des individus syphiliti-
(4) Poisson, cité. Dar Red ts at ASE A ae , (2) Ce chancre datait de neuf j jours. a (3) Nadau, thèse inaugurale, 1858.
ques, et toujours ils échouèrent. « Nous avons constamment échoué dans nos tentatives, dit M. Laroyenne (1), sur plus de quarante malades, tant hommes que femmes, porteurs d’ulcérations infectantes primitives, n'ayant pas dépassé la période d'état. Chez l’un d’eux, l’ulcération ne durait que quatre à cinq jours. Ces expériences nous conduisent à tenir pour irréalisables cette greffe pathologique sur les sujets atteints de symptômes patents, soit anatomiques, soit fonctionnels de la vérole. »
Nous-même, en 1870, avons fait des expériences analogues à celles des auteurs que nous venons de citer. En voici le
résumé :
1° Inoculalions de chancres simples.
nombre résultats résultats des inocul. positifs. négauifs.
A la période d'augmentation . . . . . . . .... 41 11 » — COR SS ON0 des O0 vdi 9 9 »
— détransitioniintt - 4000-20 & 4 »
— de-réparation ... . .... . .. + 80016 16 »
—— avancée de cicatrisation. . . . . . 5 2 3 2 Inoculations de chancres indurés.
nombre résultats résultats des inocul. positifs. négatifs.
Atampérioderde progrèsaeuniy-ag qu to 6 #3: af 46 — DÉS Se at nl. Dis 15 » 45 — de transition. . . . . . . FRA 5 » 7 de réparation... . : . EE ue 143 » 13
Enfin, nous rappellerons, pour mémoire, l'observation célèbre du docteur Lindmann, qui s’est inoculé plus de deux mille deux cents chancres simples, sans que Jamais il ait constaté une seule observation négative !
Du reste, il n’est pas nécessaire d’avair recours à l’expérimentation pour établir le fait de l’inoculation du chancre
(1) Laroyenne, Eludes expériment. sur le chancre (in Ann. de la syphilis et des maladies de la peau), 1859.
simple au sujet qui en est porteur. Nous voyons tous les jours, en clinique, des chancres simples se multiplier chez un individu, par suite d’inoculations successives et de voisinage, ou par suite du transport accidentel du pus virulent sur certaines régions. Nous en avons rapporté des exemples curieux dans un des chapitres précédents.
L’auto-inoculabilité est donc le seul et véritable signe pathognomonique du chancre simple.
Voyons dans quelles circonstances et comment doit se pratiquer l'inoculation.
Pendant longtemps il fut d'usage à l'hôpital du Midi de pratiquer l’inoculation avec une lancette. Nous ne sommes pas partisan de cette pratique, parce que, comme l’a trèsbien fait observer M. Clerc, elle donne trop facilement lieu à des inoculations pénétrantes, c'est-à-dire à des inoculations qni déterminent des chancres simples infiniment plus graves que lorsque le virus a été déposé sur les couches les plus superficielles de la peau ou des membranes muqueuses. Depuis quelques années, la lancette a été abandonnée et on l’a remplacée par l’épingle ordinaire.
Sur quelle partie du corps doit-on pratiquer l’inoculation? Cette question n’a pas une bien grande importance. A l’hôpital du Midi, on l’a fait d'ordinaire sur le bas-ventre, audessous du nombril et sur la ligne médiane. En ville, quelques praticiens la font sur la cuisse, d’autres sur le bras ou Pavant-bras. Nous n’avons, pour notre part, aucune préférence, et nous nous en rapportons au gré des malades.
Pour pratiquer l’inoculation, on charge avec soin la pointe de l’épingle sur l’ulcération dont on veut établir le diagnostic, puis on fait sur la partie désignée d’avance une piqûre aussi petite et aussi superficielle que possible. On doit se contenter de soulever l’épiderme avec l’épingle et n’intéresser que le réseau vasculaire de la peau : l'apparition d’une gouttelette de sang indique que la dilacération des vaisseaux capillaires a eu lieu.
Labarthe. 12
Une fois l’inoculation faite, on fait tout autour un léger attouchement de nitrate d'argent, afin de bien reconnaître plus facilement le point inoculé. Quelques auteurs, M. Clerc entre autres, ne trouvent pas utile de la protéger et l’abandonnent à elle-même. Nous trouvons plus sage de protéger l’inoculation contre les froissements qui pourraient enlever le pus, déchirer la pustule et irriter la plaie. Ricord avait l'habitude de recouvrir ses inoculations d’un verre de montre, appliqué et maintenu sur l'endroit inoculé au moyen d’une bande de diachylon. Gette pratique ne nous paraît pas très-commode pour le malade, et nous préférons recouvrir le point inoculé d’un morceau de baudruche gommée ou d’un morceau de baudruche simple recouverte, sur ses bords, d’une légère couche de collodion riciné.
Si l’inoculation doit être positive, le travail morbide qui doit donner naissance à un chancre simple commence aussi tôt. Nous avons décrit sa marche, lorsque nous avons décrit le chancre d’inoculation. Si l’inoculation doit être négative, on n'observe à l'endroit inoculé qu’une légère rougeur avec inflammation de la peau, qui disparaît bientôt.
À quel moment faut-il pratiquer la cautérisation destructive de la pustule produite par l'inoculation lorsque celle-ci est positive ? Il fut longtemps d'usage au Midi de la pratiquer immédiatement après son installation, afin, disait-on, d’abréger le plus possible la durée du nouveau chancre inoculé. Rien de plus logique en apparence et rien de plus mauvais en réalité. En effet, si l’on pratique la cautérisation aussitôt que la pustule d’inoculation est produite, on ne sait pas ce que l’on détruit, et l’inoculation ne donne qu’un résultat incertain. Il ne faut détruire par le caustique la plaie d’inoculation que lorsqu'on en a bien et dûment constaté le caractère chancreux. Inuuile de dire que nous ne partageons nullement l'opinion de M. Clerc, qui est ennemi acharné des cautérisations et préfère abandonner à luimême le nouveau chancre.
Ole
Les affections qui peuvent être confondues avec le chancre simple sont très-nombreuses. Parmi les principales et les pluscommunes, noussignalerons: /e chancre infectant, l’herpès, les ulcérations syphilitiques de la seconde et de la troisième période, telles que plaques muqueuses ulcérées, ulcérations ecthymatheuses, impéligineuses et diphthéritiques, tumeurs gommeuses ulcérées,, etc.
Un motsur chacune de ces affections.
Le diagnostic différentiel du chancre simple et du chancre infectant constitue un des points les plus importants de la pathologie vénérienne. Il importe donc de le bien établir. Le chancre infectant présente une incubation qui varie entre douze jours et deux mois, il est presque toujours unique et débute par une palpule. Cette palpule s’excorie au bout d’un certain temps, et l’exulcération qui en résulte se présente avec des caractères spéciaux. Elle est généralement superficielle et, dans les neuf dixièmes des cas, elle n’intéresse que la surface des téguments, recouverte d’une fausse membrane grisâtre, excepté sur ses bords. Ceux-ci sont d’un rouge vif ou même rouge vineux, luisants commes'ils étaient recouverts d’une couche de vernis, inclinés et se raccordant avec le fond, ce qui donne à l’ulcération l’aspect cupuliforme, sur lequel a insisté Ricord. Dans beaucoup de cas, les bords sont continus et de niveau avec le fond. La base présente une induration spécifique, élastique, et donnant au doigt la sensation d’une feuille de parchemin ou d’une rondelle de caoutchouc, d’un morceau de fibro-cartilage ou même de cartilage. Elle est parfaitement limitée à l'étendue de lulcère, et ne se perd pas en se confondant insensiblement avec les tissus sains environnants comme l’induration inflammatoire: enfin, elle persiste longtemps après la cicatrisation du chancre.
Le chancre infectant est le plus souvent unique; il s’en. flamme rarement, n’a pas de tendance à s'étendre, suppure peu, détermine peuou pas de douleur, donne naissance à une
suppuration peu abondante qui a une tendance à se concréter, en une pellicule blanchâtre d'apparence couenneuse, ou bien en une véritable croûte.
Le chancre infectant s'accompagne toujours d’une adénopathie symptomatique spéciale. Cette adénopathie se montre le plus souvent au moment où l’induration du chancre se produit. Elle débute d’abord par une simple tension ganglionnaire du côté correspondant au siége du chancre, et, dans beaucoup de cas, des deux côtés. Au bout de quelques jours, on remarque une tuméfaction dure et indolente des ganglions. Ces ganglions qui constituent une véritable pléiade , forment une série de petites tumeurs ovoïdes, très-dures, mobiles sous le doigt et indépendantes les unes des autres. Parmi eux, on en trouve toujours un plus développé que les autres; c’est celui, dit Ricord, auquel viennent aboutir directement les lymphatiques de ja partie ulcérée. Ces ganglions ne s’enflamment et ne suppurent jamais, et leur induration persiste longtemps après la cicatrisation du chancre.
Le chancre infectant provient toujours d’un chancre infectant ou d’un accident secondaire, ainsi que l'a démontré Langlebert. Il ne peut pas s’inoculer à l'individu qui en est porteur, ni à tout autre individu atteint de syphilis. Il est la première manifestation d'une maladie générale et s'accompagne toujours d’une série d'accidents qui apparaissent dans un ordre régulier et à des époques à peu près déterminées. Enfin, il est spécial à l’espèce humaine et ne peut pas se transmettre aux animaux.
Tel est l’ensemble des caractères du chancre infectant. Si on le compare à l’ensemble des caractères propres au chancre simple, il sera facile d'établir le diagnostic différentiel, Le tableau suivant, en mettant en regard la symptomatologie des deux espèces de chancres, facilitera encore cette tâche.
Oo —
Chancre simple.
H n’a pas d’incubation et suit
de très-près le coït infecté.
Il débute par une pustule ou une vésico-pustule.
Il se présente sous la forme
Chancre infectant.
Il a toujours une incubation qui varie entre douze jours et deux mois.
Il débute par une papule ou par une simple érosion.
Il se présente sous la forme
d'une ulcération profonde, à bords|d’une ulcération superficielle, retaillés à pic, comme à l’emporte|couverte d’une membrane grisâtre pièce, et souvent decollés, à fondlexcepté sur Iles bords : ceux-ci
inégal, ‘déchiqueté, vermoulu et recouvert d'une sorte de détritus organique mêlé de pus.
Il présente dans l'immense majorité des cas une basse molle. 1] peut se faire cependant que celle- <i soit indurée. Mais alors, l’induration est accidentelle, n’a rien de spécefique, est déterminée par inflammation, n’est pas limitée, dépasse l'étendue de lulcère, est diffuse et se perd en se confondant insensiblement avec les tissus énvironnants. Elle disparait avant la cicatrisation du chancre.
li est le plus souvent multiple.
Il est toujours enflammé, présente une tendance marquée à s'étendre, suppure abondamment, est très-douloureux.
11 s'accompagne souvent d’adénites mono-ganglionnaires, aiguës et iuflammatoires, suppurant le
sont d’un rouge vif, ou même rouge vineux, luisants comme s'ils avaient été recouverts d’une cou che de vernis, inclinés et se raccordant avec le fond, ce qui donne à l’ulcération l'aspect cupuliforme sur lequel Ricord a insisté. Dans beaucoup de cas, ces bords sont continus et de niveau avec le fond,
Il présente à sa base une induration spécifique, élastique et donnant au doigt la sensation d’une feuille de parchemin ou d'une rondelle de caoutchouc, d’un morceau de fibro-cartilage ou même de cartilage. Elle est parfaitement limitée à l'étendue de l’ulcère, et persiste longtemps après sa cicatrisation.
Il est le plus souvent unique.
Il s’enflamme rarement, n’a pas une tendance marquée à s'étendre, suppure peu et détermine d’ordinaire peu ou pas de douleurs.
Il s'accompagne toujours d’adénites ganglionnaires multiples, indolentes, qui ne suppurent ja-
oo
plus souvent, et fournissant dans|mais et persistent longtemps après quelques cas un pus inoculable.|la cicatrisation.
Il provient toujours d’un chan-| Il provient tonjours d’un chancre simple, ou d’un bubon sup-Îcre infectant ou d'un accident puré chancreux. secondaire.
Il s’inocule à l'infini au sujet| Il ne s’inocule jamais à l’indiqui en est porteur, où à tout|vidu qui en est porteur, ni à tout autre individu. autre individu déjà atteint de sy-
philis constitutionnèelle.
I constitue une maladie essen-| ]} constitue la première mawitiellement locale. festation d’une maladie générale
et s'accompagne toujours d'une série d'accidents qui apparaissent dans un ordre régulier et à des époques à peu près déterminées.
Il n'est pas spécial à l’homme Ilest spécial à l’espèce humaine et peut se transmettre à quelques|et ne peut pas se transmettre aux
espèces. animaux. x \
Les affections herpétiques peuvent être confondues avec le chancre simple, et leur diagnostic différentiel est parfois très-difficile à établir. Reconnaissons toutefois que, le plus habituellement, on y parviendra en tenant compte des quelques considérations suivantes que nous empruntons à M. Fournier.
1° Les ulcérations herpétiques sont généralement plus nombreuses, plus petites et plus superficielles que les ulcérations chancreuses. Ce triple signe n’est cependant pas absolu, puisque l’herpès peut être solitaire, creux et large, mais il ne présente que rarement ces trois caractères associés.
2° Les ulcérations de l’herpès sont généralement prurigineuses, et produisent une ardeur, une excitation locale, « un feu » comme disent les malades, dont ne s'accompagne pas habituellement le chancre.
3° Fort souvent l’ulcération herpétique présente une configuration, consistant en ceci : le contour de l’ulcération n’est pas constitué, comme celui du chancre, par une ligne plus
Die
ou moins régulièrement circulaire, mais bien par une série de segments de circonférence, ce qui tient à ce que la plaie totale résulte de la fusion de plusieurs plaies circulaires. Cette disposition, quand elle existe, est presque pathognomonique de l’herpès. Elle ne s’observe pas avec le chancre. Lors même que plusieurs chancres viennent à se fusionner, leur contour figure plusieurs grands cercles réunis, mais il ne présente jamais ces petits segments de circonférence, que je n’hésite pas à donner comme caractéristique de l'herpès. 4° Il existe presque toujours, en même temps que les ulcérations chancriformes de l’herpès, d’autres manifestations herpétiques non douteuses, telles que vésicules encore intactes, ulcérations petites et groupées, etc. Ajoutons que l’éruption herpétique se fait quelquefois par poussées successives, de sorte que la présence d’une vésicule, soit antérieure, soit postérieure à l’ulcération douteuse, peut éclairer le diagnostic de cette dernière.
5° Il est assez rare que l’herpès ne se produise que pour une fois et d’une façon purement accidentelle. Le plus souvent.il constitue une affection chronique, une véritable diathèse à poussées multiples. Ilest même un grand nombre de malades qui sont affectés d’herpès génitaux se répétant de mois en mois, de quinzaine en quinzaine, et cela plusieurs années de suite. Cette disposition singulière s’observe aussi dans le sexe féminin, mais à un degré moindre de fréquence. Certaines femmes toutefois sont prises d’herpès vulvaire presqu’à chaque période menstruelle.
6° Enfin l’évolution de la maladie est plus significative encore que tous les caractères précédents. L'herpès ne tend pas às’étendre et se répare bien plus facilement que le chancre. — Cependant il faut savoir qu'il affecte parfois une duréeassez longue, surtout dans sa forme ulcéreuse, ou bien lorsqu'il a été irrité par de mauvais pansements ou des cautérisations répétées.
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Les affections secondaires ou tertiaires de la syphilis peuvent. dans certains cas être prises pour des chancres simples.
Les différentes variétés d’herpès se rencontrent fréquemment chez l’homme, mais plus fréquemment encore chez la femme. Chez cette dernière, elles constituent souvent des ulcéraiions d'apparence chancreuse qui ont été décrites avec beaucoup de soin et d’exactitude par Legendre. « Ces ulcérations, écrivait-il en 1853, ressemblent souvent à s'y méprendre, aux chancres non indurés de la vulve; la ressemblance est même parfois si grande, qu'il devient nécessaire d’avoir recours à l’inoculation pour décider la question d’une manière positive... Elles sont en général superficielles et constituent plutôt des érosions que de véritables ulcérations ; elles sont régulièrement arrondies, à bords nettement découpés, à fond grisâtre; de la largeur d’une très-petite lentille lorsqu'elles sont isolées, elles sont plus étendues et irrégulières quand elles résultent de la réunion de plusieurs ulcérations voisines. Bien qu’en général ces ulcéralions soient très-superficielles, il en est cependant dans le nombre qui simulent de véritables chancres par leurs bords élevés, taillés à pic, et par leur fond grisâtre. Enfin, ce qui ajoute quelquefois à l'illusion, c’est le développement, sur les points de la surface interne des cuisses qui correspondent aux ulcérations du bord libre des grandes lèvres malades, de petites ulcérations arrondies, à fond grisâtre, qui semblent être le résultat de l’inoculation d’un liquide virulent fourni par les ulcérations des grandes lèvres, tandis qu’il ne faut voir là que l'effet du contact d’un liquide simplement irritant sur deux surfaces qui se correspondent et se touchent, etc. (1). »
Dans ces cas, si ce que nous avons dit plus haut ne suffit pas pour faire reconnaître l’herpès du chancre simple, l’inoculation ne laissera plus de doute. Si elle est positive, l’ulcération
(4) Legendre. Mémoire sur l’herpès de la vulve (in Archiv. gén. de méd. 1855).
Sr0pre
sera un chancre simple ; si elle est négative, ce sera de l’herpès.
Le diagnostic est peut-être plus important chez la femme que chez l’homme, car il peut se faire que le médecin soit consulté par un tribunal, comme cela arriva à Legendre. On lui amena un jour une jeune enfant qui avait été victime d’une tentative de viol, et que l'acte d'accusation disait atteinte «de
chancres de la vulve.» Ce médecin l’examina et aperçut, en
effet, des ulcérations qui simulaient très-bien les chancres simples. Mais unexamenlplus attentif et quatre inoculations, toutes négatives, lui permirent de dire, avec toute la certitude possible, que la jeune enfant n'avait pas de chancres simples, mais seulement de l’herpès de la vulve.
Les affections secondaires et tertiaires de la syphilis peuvent, dans certains cas, être prises pour des chancres simples, Ainsi les plaques muqueuses qui siégent sur les parties génitales peuvent embarrasser le médecin et lui en imposer, surtout lorsqu'elles ont été irritées et ulcérées par des frottements, des cautérisations répétées ou diverses autres causes. Elles offrent alors une ressemblance très-grande avec les chancres simples; comme lui elles sont multiples, de couleur grisâtre, à base molle, etc. Il en est de même des fumeurs gommeuses ulcérées qui siégent sur le fourreau de la verge, le gland, le scrotum, la vulve, le col de l’utérus, ete. Comme le chancre simple, en effet, elles ont les bords taillés à pic, le fond grisâtre et pultacé, une longue durée, etc., Dans ces cas, il faut consulter les antécédents, examiner toutes les parties du corps, pour voir si on ne rencontre pas sur d’autres points des ulcérations du même genre, et si cet examen ne suffit pas pour éclairer le diagnostic — mais il suffit souvent, — avoir recours à l’inoculation, car le chancre simple, ainsi que nous l’avons vu, s’inocule à l'infini au porteur, tandis que les affections syphilitiques ne s'inoculent jamais à l'individu qui en est porteur. ,
Indépendamment des affections que nous venons de signa-
Labarthe. 13
08 ee
ler, en y insistant, qui peuvent être confondues avec Île
chancre simple, il y a encore les nombreuses ulcérations de
toutes sortes qui siégent sur les organes génitaux et qui sont
consécutives à des lésions aiguës, telles que les abcès, les, folliculites, les furoncles, les ecthyma, l'acné, etc., ou à des
maladies chroniques telles que les scrofulides, les epithelioma,
l'esthiomène, le lupus, etc. Le plus souvent, on arrivera au
diagnostic véritable par l’examen attentif de l’évolution pa-
thologique de ces diverses affections, des, caractères qui leur, sont propres, et, dans les cas où cet examen ne suffirait pas. à éclairer le médecin, l’auto-inoculation sur le malade lèvera
tous les doutes et jettera sur la nature de l'affection, une
lumière sûre.
Dans la pratique, on rencontre souvent des malades chez lesquels manque l’ensemble des signes caractéristiques du chancre simple que nous ayons énumérés au commencement de ce chapitre, et chez lesquels l'affection est en quelque sorte marquée par des symptômes insolites. Le diagnostic est alors plus compliqué, et, dans certains cas, il peut devenir. très-difficile.
Nous avons dit plus haut que le chancre simple avait une. base molle. Cela est vrai d'une manière générale. Cependant on observe assez fréquemment des chancres simples dont la base offre au toucher une résistance qui est l'indice manifeste, de l’existence de produits plastiques. Gette induration est loin d’être spécifique; elle est accidentelle, de nature. purement inflammatoire, et déterminée par des topiques irritants ou des caustiques que les malades appliquent sur leurs chancres avant d’aller consulter un médecin. Celui-ci ne la confondra pas avec linduration spécifique du chancre infectant ; car elle présente des caractères parfaitement distincts, Ainsi, tandis que l’induration propre au chancre infectant est nettement circonscrite, «ne se perd point, comme l’a dit Hunter, d’une manière graduelle et insensible, dans les parties environnantes, mais se ‘termine brusquement », res-