‹ Le Chancre SimpleChapitre 44 sur 49 · MO · texte numérisé non relu

MO

Semble assez, suivant l'expression si juste de Bell, «à là moitié d’un pois qui serait placé au-dessous de l'ulcération; » tandis qu'elle présente presque toujours une surface plus étendue ou plus large que celle de l'ulcération, se montre tardivement, augmente d'intensité à mesure que le Chancre vieillit et persiste très-longtemps après sa cicatrisation. L’induration qui accompagne quelquefois le chancre Simple est au contraire diffuse, mal circonscrite et ne dépassant guère les limites de l’ulcération, d’une courte durée et ne persistant pas après la cicatrisation de l’ulcération.

L'âge du chancre, les modifications de forme qu’il présente parfois, le siége qu’il occupe, la coïncidence avec d'autres maladies vénériennes, peuvent devenir autant de causes d’erreur et «compliquer le diagnostic.

Et d’abord l’âge du chancre. Il est évident que, lorsque lé

chancre s'offre à Votre observation dans la période de début, il ne présente auéun signe pathognomique. Il peut alors être confondu soit avec un kerpés, soit avec une pustule d’acné, soit avec une érosion insigmifiante, etc. Aussi le médecin devra se garder de porter un diagnostic précipité, et, à moins que l’inoculation ne vienne l’éclairer, il gardera un silence prudent, quelles que soïent d’ailleurs les supplicalions du malade inquiet et tourmenté. «Mieux vaut cent fois en pareil cas, comme le disait Ricord, avoir le courage de dire qu'on ne sait pas, qu’on ne peut pas savoir, ét remétire au lendemain ce qu’on ne peut dire aujourd’hui. »

La forme du chancre peut subir de nombreuses modifications et augmenter la difficulté du diagnostic. Les unes, telles que l’induration de la base dont nous avons parlé plus haut, sont purement artificielles. Il en est d’autres qui relèvent du fait même de la maladie, par exemple des formes exulcéreuse, ecthymateuse, furonculeuse, gangréneuse et phagédénique.

Le chancre simple à forme ulcéreuse peut être confondu avec le chancre infectant parcheminé, avec des plaques mu-

queuses, avec une érosion simple, avec l’herpès, et avec les érosions qui se manifestent dans la balano-posthite. On distinguera le chancre simple de ces érosions, en ce que ces dernières offrent d'ordinaire une étendue plus grande, en ce qu’elles sont plus nombreuses, de forme plus irrégulière et d’une coloration le plus souvent vineuse, enfin, à ce qu’elles cèdent beaucoup plus vite que le chancre à un traitement approprié, et qu’elles se modifient d’une manière très-sensible du jour au lendemain.

Le chancre simple 4 forme ecthymateuse ne peut guère être confondu qu'avec l’ecthyma simple et l’herpès phlycténoïde. On le distinguera de l’ecthyma, en ce que ce dernier est rarement limité aux organes génitaux, en ce qu’il n’a aucune tendance à s'étendre, enfin, en ce que jamais dans sa marche il ne présente l'aspect d’un ulcère chancreux. Quant à l’herpès phlycténoide, en l'observe très-rarement sur les parties génitales, et, lorsqu'on l'y rencontre, on peut le distinguer facilement du chancre simple par son évolution et par la coexistence des petites vésicules qui se montrent autour de la phlyctène principale.

Quant au chancre à forme furonculeuse, il peut être confondu avec l'acné, la folliculite et le furoncle, car il débute de la même façon, mais la marche de ces trois affections est tellement différente que la confusion devient impossible après la période initiale, c’est-à-dire à partir du moment où la pustule initiale est ulcérée.

Enfin le chancre à forme gangréneuse peut être confondu avec certaines affections gangréneuses d’un toute autre nature Ainsi Fournier rapporte (1) un fait relatif à un garçon boucher qui fut adressé par son médecin à l’hôpital Lariboisière comme atteint d’une pustule maligne des bourses, et qui n’était affecté en réalité que d’un chancre gangréneux du scrotum avec érysipèle phlycténoïde de voisinage. Le même auteu,

(4) Fournier, loco cituto.

ont (6

rapporte un fait bien plus curieux encore, observé par lui dans sa clientèle. Il fut mandé auprès d’un malade qui présentait deux plaques gangréneuses situées l’une sur le fourreau de la verge et l’autre sur le gland. Au premier coup d'œil, il crut avoir affaire à deux chancres simples de forme gangréneuse. Mais un examen plus minutieux lui démontra son erreur. En questionnant le malade, il apprit qu'il était diabétique depuis plusieurs années, qu’il était à peu près impuissant, quil n’avait pas touché de femme depuis cinq ou six mois, et que la lésion s'était produite subitement dans le cours de la nuit. Bref ce que M. Fournier avait pris tout d’abord pour unchancre gangéneux, n’était qu’une gangrêne diabétique de la verge, ainsi que le prouvèrent ‘de nouvelles gangrènes survenues quelques semainesiplus tard sur diverses parties du corps de son malade.

Nous ne dirons rien ici du chancre à forme phagédénique, un chapitre spécial devant être consacré à l'étude de cette complication dans la seconde partie de ce travail.

Le siége du chancre peut dans certains casinduire en erreur le médecin, et lui faire porter un diagnostic faux. Aïnsi les chancres simples qu’un phimosis congénital ou accidentel empêche de voir à l’œil nu, peuvent être pris pour une balano-posthite; ils peuvent aussi être pris pour des chancres indurés, lorsque leur base se trouve épaissie par suite d’un travail inflammatoire.

Les chancres simples de l'anus peuvent quelquefois être pris pour une fissure, et il est arrivé à M. Gosselin, alors qu'il était chirurgien à l’hôpital de Lourcine de faire une erreur de ce genre. Une malade du service, dit le savant clinicien, présentait à l’anus une solution de continuité d'apparence fissurique et très-douloureuse...; elle niait tout rapport par l'anus. Je la soumis au traitement par la dilatation forcée.La fissure se déchira et nous vimes apparaître un chancre phagédénique des plus douloureux et des plus rebelles, à la suite duquel se forma un rétrécissement du rectum. La malade

Page 1