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CHAPITRE VII

Pronostic du Chancre simple.

Le pronostic du chancre simple peut être divisé en pronostic général et en pronostic local.

Le pronostic général a été magistralement formulé par Ricord dans la phrase suivante : Le chancre simple est une affection purement locale, qui borne ses effets à la région qu’elle attaque, qui n’a jamais de retentissement général, qui ne s'accompagne jamais accidents constitutionnels; en d'autres termes, c'est un chancre qui n'infecte pas l’économie, C’EST UN CHANCRE SANS VÉROLE.

Le pronostic local est peu grave, nous pouvons même dire bénin, dans l’immense majorité des cas, lorsque l’ulcération suit sa marche naturelle, est soignée selon les règles, et qu'aucune complication ne survient.

Nous venons de dire que la constitution de l'individu est toujours à l'abri des atteintes du chancre simple. Il n’en est pas de même de l'organe sur lequel il siége. Celui-ci est bien moins protégé; l’ulcération peut le mutiler, le déformer., le détruire même, en tout ou en partie, selon que se produisent certaines complications qui viennent accroître son extension ou sa durée; et le pronostic, dans ces cas-là, peut devenir plus ou moins grave.

Les principales complications qui aggravent le pronostic du chancre simple sont, chez l’homme, la balanite, la balanoposthite, le phimosis, le paraphimosis, les abcès péri-uréthraux, etc.; chez la femme, l’œdème des grandes lèvres, la métrite, les condylomes de l'anus, etc.; dans les deux sexes,

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l’inflammation, les adénites aiguës et virulentes, la gangrène, le phagédénisme, etc. Nous ne nous étendrons pas ici sur chacune de ces complications, la seconde partie de ce travail leur étant spécialement réservée.

La grande tendance à s'étendre et à se multiplier par autoinoculations ou par des inoculations de voisinage, sont deux conditions qui retardent souvent la guérison du chancre simple et font varier son pronostic. Sa forme et son étendue ont aussi sur lui une grande influence. Ainsi, il est évident qu’un chancre superficiel exulcéreux sera moins grave qu’un chancre profond ulcéreux, à bords taillés à pic et s'étendant jusqu’au tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux; un chancre de petites dimensions guérira plus vite qu’un autre dont la surface ulcérée sera très-étendue.

Le siége qu'il occupe exerce encore sur la marche et la durée du chancre simple une influence très-manmifeste, et doit être pris en grande considération relativement au pronostic. D'une manière générale, celui-ci est d’autant plus grave que l’ulcère occupe une région plus exposée aux contacts extérieurs, aux tiraillements, et sur laquelle les applications topiques sont moins faciles à faire.

Ainsi, le chancre du frein est grave, parce que, s’il le détruit en partie, il laisse sur le prépuce et sur le gland deux petits tubercules qui constituent une difformité, et s’il le détruit en totalité, 1l laisse sur le gland une sorte d’entaille ou de rigole régulière, en forme de V. Dans quelques cas, heureusement fort rares, le chancre du frein, après avoir totalement détruit cet organe, peut en se creusant arriver jusqu’à l’urèthre et déterminer une perforation du canal compliquée bientôt elle-même d’un chancre endo-uréthral,

Le chancre du méat urinaire est long à guérir, irrité qu'il est sans cesse par le contact de l’urine; son pronostic est grave, parce que des rétrécissements inodulaires de son orifice peuvent survenir après sa cicatrisation.

Le chancre uréthral et endo-uréthral est aussi rebelle et

long à guérir. Son pronostic est grave, parce que les érections nocturnes peuvent le dilacérer et produire des hémorrhagies, des abcès péri-uréthraux, et même des perforations du canal; de plus, leur cicatrisation détermine, comme au méat, la production d’un rétrécissement.

Les chancres sous-préputiaux sont graves, à cause de leur grande tendance à s’enflammer, à s’élargir et à se creuser. De plus, ils peuvent se compliquer de lymphite et de phimosis. Enfin, lorsqu'ils sont multiples, ils peuvent se réunir et, dans certains cas, entraîner des perforations du prépuce qui nécessitent son excision, sous peine d’une diflormité trèsdésagréable. Comme les chancres du frein, du méat et de Purèthre, ils sont sans cesse irrités et dilacérés par l’érection.

Les chancres des grandes lèvres peuvent déterminer un ædème et des abcès de cet organe, et le détruire en partie. Ceux du clitoris sont très-longs à guérir, la turgescence de cet organe s’opposant à la cicatrisation. Ils sont de plus très-douloureux. Ceux du capuchon présentent les mêmes inconvénients que ceux du prépuce.

Les chancres du vagin se cicatrisent difficilement par suite des conditions anatomiques de cet organe. Ceux du col de utérus sont moins graves et guérissent plus vite. Ceux du corps de l’utérus sont plus graves, guérissent lentement et se compliquent souvent de métrites.

Les chancres de l’anus sont fatalement graves, irrités qu'ils sont par les produits dela défécation et par le tiraillement qu’ils subissent chaque fois que celle-ci a lieu. Inutile d'ajouter qu’ils sont de plus très-douloureux.

Indépendamment de toutes les conditions locales que nous venons de passer en revue, il faut encore tenir compte, pour le pronostic, des conditions générales de l'individu. Aïnsi, il est évident qu’il sera plus ou moins grave selon que le malade sera d’une bonne ou d’une mauvaise constitution, d’un tempérament fort, lymphatique ou scrofuleux; selon qu’il

sera alcoolique ou non, qu’il observera ou non les règles d’une bonne hygiène, etc.

Disons, pour terminer ce chapitre, que le chancre simple des organes génitaux est en général moins grave chez la femme que chez l’homme. Nous ne connaissons pas encore toutes les raisons de cette différence : mais nous pensons qu'il faut l’attribuer au régime, au genre de vie, etc. Nous croyons aussi, avec M. Clerc, que le modus faciendi, dans les pansements, entre pour une bonne part dans la guérison plus prompte des chancres génitaux de la femme. En effet, il arrive maintes fois que les chancres simples du pénis sont aggravés par leur contact permanent avec les pièces de pansement dont on les recouvre, telles que charpie, compresses, etc., circonstance qui éloigne la conformation toute différente des organes génitaux de la femme.

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