MODE DE CONTAMINATION
Le mode de contamination est un des points les plus intéressants de la question, et nous arrêtera plus longtemps que les considérations précédentes, secondaires en somme. L'étude de ces causes nous permettra en effet l'application des mesures prophylactiques d’une certaine utilité dans ce cas.
D'après les observations publiées, les principaux modes sont: le percement des oreilles, le baiser, la morsure ; c’est surtout de ces faits que nous nous oceuperons ; le contact par des doigts ou des objets infectés (rasoirs) ont été également notés, et on peut voir les observations les plus curieuses à cet égard. Enfin, nous devons dire un mot des lésions préexistantes (furoncles, eczéma de l'oreille) qui dans plusieurs cas ont été la porte d'entrée de l'iufection syphilitique.
Percement des oreilles. — Nous devons nous étendre sur celte question un peu longuement, car cette opératon à été le point de départ de véritables petites épidémies de syphilis. Différents auteurs en ont rapporté des exemples curieux : Le Ray, Bernheim, Moreél-Lavallée et Deléage; Krause donne dans sa revue la technique de l'opération, qui présente en même temps qu'un intérêt historique, une grosse importance prophylactique.
La coutume des boucles d'oreilles date del’antiquité, et déjà à cette époque on avait noté que les porteurs d’anneaux de métal précieux pouvaient être atteints de divers accidents : leur poids peut arriver à déchirer le lobule de l'oreille. Il existait même une classe de matrones, les « auriculæ ornatrices » dont la fonction était de percer les oreilles, poser les anneaux, et panser les plaies qui pouvaient en résulter. Plus tard, au moyen âge, ce furent les barbiers et coiffeurs, en leur qualité de chirurgiens. qui eurent le privilège de pratiquer l'opératfon ; de nos jours ce sont les orfèvres et les colporteurs, marchands de boucles d'oreilles, qui se chargent de les poser eux-mêmes, du moins dans les régions où persiste la coutume.
On à vu ainsi se transmettre diverses infections : érysipèle, impétigo; même, disent certains, le lupus; ceci est au moins douteux. Mais c’est surtout la vérole qui à été ainsi inoculée; on aurait même observé le développement des chondromes, fibromes et kéloïdes.
À quoi tient d'ailleurs cette coutume ? Dans certains pays, la croyance est répandue que le percement des oreilles et le port d’anneaux préservent des différentes suppurations, otites, maladies des yeux et des gourmes ; dans certaines régions, du moins il n°y a pas encore bien des années, le moindre ganglion malencontreux, survenant chez un jeune enfant, était traité par la méthode, et dans la Bresse, notamment, une partie de l'Isère, on peut voir des hommes d’un certain âge, porter de minces anneaux d’or aux oreilles.
Bernheim, Morel-Lavallée et d’autres décrivent ainsi la technique de l'opération :
le
L'instrumentation est simple : elle consiste en un poinçon et un bouchon. Le bouchon sert à plusieurs enfants : à chaque séance il est changé. Le poinçon sert pour tous, et jamais la moindre tentative de désinfection ne lui a été infligée. On conçoit que le danger soit grand.
Pour pratiquer l'opération, l'enfant est assis sur une chaise ou sur sa mère; l'opérateur place le bouchon entre le lobule de l'oreille et la région mastoïdienne; il tend alors fortement le lobule sur le bouchon, pendant qu'il tient entre ses lèvres ou ses dents le poinçon prêt à servir, soit par le manche, soit par la pointe, soit par Ja partie intermédiaire. Quand l'oreille est bien fixée, il pique vivement la partie métallique de son pommcon, portion qui a été en contact avec sa bouche, parfois encore mouillé de sa salive, transfixe ainsi le lobule de l'oreille jusque dans le bouchon. Enfin il passe de suite la boucle d'oreille; parfois aussi on passe un simple morceau de fil de fer dans lorifice ainsi créé, pour l'empêcher de se refermer, et souventl’opérateur tenait le morceau de fil de fer également à la bouche. Il y à donc deux sources d'infection : d'abord l'opérateur, ensuite les instruments non désinfectés qui peuvent être souillés d’un sang syphilitique. Actuellement encore, comme le rapportent Massia et Charvet dans leur revue sur ce sujet, il existe dans certains villages des femmes de bonne volonté qui pratiquent l'opération à qui la veut subir, ct on serait fort mal venu des parents comme d'elles-mèmes de criliquer la manière d'opérer et l'asepsie plus que douteuse des instruments.
Bernheim a fait lui-même une enquête chez les horlo-