II. — LEs CONCLUSIONS DE LA THÉORIE CLASSIQUE
Nous pensons avoir démontré que la surabondance et la qualité de la circulation n’avait pas suffi à produire et par conséquent à expliquer la dépréciation espagnole. |
L'expérience de ces dernières années indique nettement que le relèvement du change est indépendant de l’état de la circulation. En effet, les moyennes annuelles du change sont respectivement passées de 1898 à 1910, de 53,85 à 6,55, soit une améhoration de 47,30 0/0, et pendant le même temps la circulation s’est augmentée de 251 millions,
Il semble done bien certain que l’améloration au change est tout à fait indépendante d'une restriction monétaire, Tel est cependant le remède unique et définitif proposé par les auteurs qui ont admis la théorie quantitative.
L'amélioration actuelle étant postérieure à leurs divers projets, les auteurs qui ont préconisé ce procédé d'assainissement de la monnaie espagnole, ne pouvaient bénéficier de l’enseignement qui résulte de cette expérience récente. Mais même en se placant à l’époque où ils écrivaient, on doit reconnaitre qu'ils n’expliquaient nullement comment la restriction monétaire pourrait ramener l’or en Espagne.
Il n’en est nullement question dans l’article de M. Germain, dont les intentions se bornaient à utiliser toute l’encaisse métallique pour incinérer 400 millions de billets.
MM. Urzauz et Rodriganez, tous deux auteurs de projets d'amélioration du change en 1901 et 1902. n’en parlent pas davantage.
Ils se bornent à demander que le Trésor s’engage à ne plus frapper d'argent ; que la Banque d'Espagne revienne aux vrais principes de la Banque d’émission, et que, dans ce but, le Trésor Jui assure son indépendance par le remboursement de ee qu'il Jui doit. Enfin, la dernière mesure décisive qu'ils réclament est la restriction de la cireu-
lation fiduciaire.
« Il est assez démontré que c’est l’excès de circulation seul qui, en dehors de toutes considérations de garantie, est le facteur principal de
JE la hausse du change » (1), pour que le but de la loi soit de l’améliorer et surtout de la restreindre.
Ces mesures (dont quelques-unes, comme la libésation de l’Etat envers la Banque et la suppression de nouvelles frappes d'argent, étaient indispensables) étaient-elles suffisantes pour ramener Au pair le change et constituaient-elles des remèdes définitifs ?
Il est difficile de le croire. Du moment que tont ie monde à admis qu'il n’v avait eu crise en Espaone qu'à partir du moment où l’or avait disparu de la circulation, un projet de réforme doit évidemment comprendre la manière dont l’auteur pense que s’opèrera le retour de ce métal.
Or, dans aucun de ceux qui nous ont été présentés, il n’en est réellement question. Restreimdre la circulation, ce n’est nullement amener de l’or. On parle bien! du retour automatique de la bonne monnaie, quand il n’existera plus de mauvaise pour la chasser ; mais, comme on néglige d'indiquer par quel mécanisme et pour quelles raisons s'effectuera ce retour, ce n’est pas un argument sérieux.
Ces auteurs n'ont pas suffisamment tenu compte du changement complet du régime monétaire résultaut du passage de la plupart des Etats au mono-métallisme or où au bimétallisme boîteux, qui
(1) Mitjavile Thèse cilée, p. 189.
a fait de toute question de change une question 'iOrs.
Et surtout ils ont méconnu le rôle si important ae la balance des comptes ; ils n’ont pas remarqué que, même en admettant que la balance des comptes espagnole soit en équilibre, il suffit, en l’absence de moyens de règlements extérieurs suffisants, qu'elle soit ex déficit à certaines époques de l’annce, — et cela se produit toujours — pour que la spéculation soit maîtresse des cours et fasse sentir son aétion toute l’année. Ils n’ont pas compris que le rétablissement du change dépend essentellement de l’état de la balance des comptes et n’ont pas eru qu'il v a là une réalité contre laquelle
est impuissant le jeu de leurs théories abstraites.
JIE COXCLUSIOXS TIRÉES DES EXPÉRIENCES CONTEMPORAINES
L'amélioration actuelle à été à peu près uniquement produite par l'intervention du Trésor qui, grâce au paiement en or des droits de douane, à livré des traites sur l'étranger et a pu limiter ainsi le prix du change en obligeant la spéculation à adopter les cours qu'il fixait.
L'amélioration ansi obtenue sera-t-elle durable et le gouvernement pourra-t-il, comme on le croit en Espagne, rétablir facilement le pair ?
Il est difficile de répondre à cette question, qui sort des limites de l’expérience, surtout si l’on remarque que l'intervention du Trésor n’a été soumise Jusqu'ici à aucune obligation, et que i’importance des sommes livrées à dépendu de l’opinion des divers ministres sur l’utihté de cette mesure. Toutefois il est permis de l’espérer, si l’on tient compte d’abord de la baisse actuelle et ensuite du fait que les pays qui ont procédé aux réformes monétair?s les plus récentes, n’ont pas agi autrement.
Les uns, comme l'Argentine (1), ont stabilisé leur change au moyen d’une caisse de conversion officelle, et le rôle qu’a joué cette institution dans le pays à été suffisamment important pour que nous l’examinions dans le détail.
Les auteurs de la réforme, dominés encore par les idées classiques, fondèrent, au moment de Ja crise de 1890, qui amena la débâcle d’un certain nombre de banques et la dépréciation de la cireulation fiduciaire, une caisse de conversion, dans le but d’abord de changer la monnaie intérieure en monnaie extérieure, mais surtout d’amortir era duellement le papier-monnaie,
L'établissement n’eut guère de succès au point de vue de la conversion ; les fonds qu’on lui attribua furent tout à fait insuffisants et employés presque exclusivement à la seconde partie de la réfor-
(1) Lewandowski, L'Argentine au XX siècle, Paris, 1909,
n:6, l’amG,;tissement. De ce côté, l’échec fut com- Let, et les sacrifices què l’on s’imposa pour incinérer quelques mullions de papier (4.800.000 pesos eu 2 ans) furent anéantis par l'obligation où se trouva le Gouvernement d'augmenter la circulation fiduciaire d'environ 150 millions.
Mais en 1899, la loi sur la circulation fiduciaire sut rendre à la Caisse de conversion son véritable rôle. Elle fut chargée d'établir un bureau « pour échanger du papier contre de l’or et viceversa », et en second lieu, on forma un fonds de conversion de la monnaie fiduciaire, auquel des ressources spéciales furent affectées.
M. Lewandowski constate qu’à partir de ce moment et surtout à partir de 1903, le rôle de la Caisse de conversion fut particulièrement important, son stock d’or s'étant d’ailleurs accru (grâce aux soldes favorables de la balance économique du pays et aux capitaux qui sont venus s’employer dans la République ». (2).
Quand le gouvernement Américain entreprit d'établir un échange stable entre les pays à monnaie d’or et les pays à monnaie d’argent, il employa un autre procédé consistant dans l’établissement à l'extérieur du pays à monnaie dépréciée, et dans le cas, des Philippines (1), une réserve d’or.
(1) Nogaro. Les dernières expériences monétaires el la théorie de la dépréciation.
(2) Lewandowski, op. cit, p. 398.