‹ Le Change Espagnol et Son Amélioration ActuelleChapitre 7 sur 23 · DUREE · texte numérisé non relu

DUREE

! . 2 . “ le, mais alors qu'il prétend que lencaisse n’a au-

eune influence sur la valeur du billet à cours forcé. il est À noter qu’il nous présente exclusivement des pays où l’encaisse était en majeure partie composée d'argent et où, pour ne parler que de l'Espagne, 1lus de Ja moitié des 800.000.000 de pesetas se composait d’argent : or, l’argent à perdu 90 à 59. 0/0 de sa valeur nominale.

Un seul facteur à une importance décisive sur ie cours du papier-monnaie : c’est l’abondance plus ou moins grande de ce papier. Toutes les fois que son chiffre dépasse les besoins de la circulation, le papier-monnaie se déprécie, et sa dépréciation est en raison directe de sa surabondance. La seule maruière de ramener le cours du papier-monnaie au pau: est done de réduire la somme de circulation au chiffre dont le publie a besoin.

M. Germain fixe le maximum de la circulation fiduciaire nécessaire à l’Espagne à 1.200.000.000 de pesetas. Après un ingénieux examen des différentes coupures de billets et de leur clientèle, il conclut que dans les pays à papier-monnaie, les coupures de 25 francs et au-dessous représentent au moins 30 0/0 de la circulation. Or, en Espagne ces coupures ne dépassent guère 10 0/0, ; il faut donc les augmenter de la différence et ajouter 200.000 000 nesetas aux 800.000.000 déjà existant.

Mais ce n'est là qu’une partie de l'opération qui doit, Selon la théorie, se terminer par un retrait des

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billets. Pour l’opérer, on utilisera la monnaie d’arvent, qui, elle, a une valeur intrinsèque, et l’on démonétisera les 450.000.000 pesetas-argent qui composent-l’encaisse de la Banque pour acheter de l'or. L’encaisse or se trouvera ainsi portée à 290.000.000 de pesetas. Et on prélèvera la somme nécessaire pour retirer 400.000.000 de pesetas de billets. On réduira ainsi aux environs de un millard deux cents millions la circulation, qui dépasse aujourd’hui 1.600.000.000. « Retraits de billets et création de petites coupures, telle est la double opération qui s'impose ; et aussitôt que le gouvernement s’engagera dans cette voie, on verra le -change s'améliorer et se rapprocher du pair. » Avant d'examiner la valeur de cette explication. on peut juger immédiatement la solution proposée par l’auteur, qui consiste à créer 200 millions le billets d’un côté pour en retirer 400 de l’autre, et à utiliser pour ce dernier retrait à peu près toute la monnaie métallique. de l'Espagne. La réalisaton de cette idée aurait eu simplement pour résullat immédiat de laisser la Banque sans encaisse et les billets avec un gage presque nul. Un économiste espagnol écrivait récemment à ce propos « 1} est heureux que l’améhoration du change ait eu lieu sans la démonétisation de l’argent, que l’on avait cru indispensable, car elle aurait été ruineuse pour le Trésor, à qui elle aurait coûté des sommes

énormes, »

M, Mitjavile (1) écarte, lui aussi, tout d’abord, l’idée qu'une balance ‘le comptes défavorable ait pu provoquer la crise. Il reconnait l’nportance qu'a prise ce facteur avec la création et le développement des valeurs mobilières, et ne nie pas qu’il n'ait pu avoir sur le change une certaine influence. Mais tout d’abord il lui paraît difficile de connaïire réellement l’état de la balance des comptes ; d’ailleurs, même en admettant l’hvpothèse d’une balance défavorable, l'or, en vertu des (€ principes », serait revenu. Son retour n’a pu être empêché que par « une cause prise en dehors de ces principes qui régissent les règlements internationaux » et «la forme exceptionnelle qu’a revêtue la crise du change en Espagne doit trouver son explication dans des causes exceptionnelles. » (2) Cette cause ne peut être que la dépréciation de In monnaie.

La circulation fiduciaire à été exagérée. À #e point de vue, l’auteur adopte les idées de M, Germain et se livre à une critique très serrée des relations de la Banque et du Trésor pendant la erise. Il soutient que l'Etat s’est livré à des émissions, Qui n'étaient nullement légitimées par les besoins du pays, mais uniquement par la nécessité de se

(l) Miljavile, Thèse, Bordeaux, 1903 (2) Mitjavile. p. 78.

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urocurer des ressources supplémentaires, et il l’accuse, en définitive, d’avoir, par l’intermédiaire de la Banque, « fabriqué de la monnaie et voulu se procurer des capitaux à bon marché. »

Quant à la monnaie d'argent, il n’est pas douteux, pour lui, que l'Etat à utilisé la liberté qu'il s'était réservée pour se livrer à des frappes exagérées de ce métal et masquer ainsi les déficits budvétaires.

C’est cette Ssurabondance de circulation qui à déprécié la monnaie ef empêché le retour de l'or. Du reste, M, Mitjavile présente comme (contreépreuve », un tableau où, sauf les réserves que nous allons formuler plus loin, la concordance entre Ja hausse du change, les frappes ‘argent et l’augmentation de la circulation fiduciaire est frappante. Après quoi, il n’a guère de peine à conclure que la thèse quantitative se trouve justifiée, et que le tableau qu'il établit en est «€ comme la vérification, qui eonstitue une preuve non absolue, sans doute, mais aussi suffisante qu'on peut le souhaiter dans une question comme celle que nous traitons. »

Que vaut l'explication quantitative ? La ceritique de l’article de M. Germain ne se fit pas attendre, puisque quelques jours après sa publication, paraissait, également dans le Temps, une lettre de M. Siegfried, où, tout en reconnaissant la valeur de cette étude, et en répétant que l’excès de cireulation était bien la principale cause de la déprécia-

thon, l’auteur faisait certaines réserves et indiquait que bien d’autres influences devaient entrer en jeu.

«M, Germain me paraît notamment se tromper, dit-il, quand il prétend que la balance du commerce n’exerce aucune action sur le cours du change. Cela pourrait, à la rigueur, se soutemir, si de nos jours il fallait, comme autrefois, entendre par balance du commerce la différence les importations et des exportations des marchandises passant en douare. Mais aujourd’hui il faut fentr un très erand compte des valeurs mobilières et de leurs coupons, qui sont une véritable marchamlise, » (1).

M. Mitjavile s’est rendu compte de l’importance

acquise actuellement par la balance des comptes :

et les valeurs mobilières. 11 a également entrevu un facteur que M. Germain passe complètement sous silence, la spéculation. Maïs il n’attribue à la première qu'une influence indirecte et secondaire : quant à la spéculation, elle ne résisterait pas, W’après lui, aux premières mesures sérieuses prises contre elle. La vérité est que tout cela est trop simple, et (la crise du change avant revêtu une forme exceptionnelle, doit également avoir son explicaton dans des causes exceptionnelles, » (4)

(1) Jacques Siegfried. Temps, 10 avril 1902, le Change Espagnol.

(1) Mitjavile, Thèse, p. 79.

Pipes

Exceptionnels aussi sont les moyens par lesquels 1: justifie sa théorie et construit le tableau suivant.

qui Jui sert de contre-épreuve

Cireulation Frappe d'Argent Î Années fiduciaire depuis T8KO Change KESIREE 294 000.000. , DeROVOE er 0,09 1885: =. ARLES PUR 148 900... 250 NN SC Re ET NS El FA 504 DOI ASS ISO ETS, DO 2 HUUREEL 6.90 SEE BOL IEREEME ES Re 4430007... 45.00 1894 QAd Re à RU DATQ O0 O2 O0 CORRE ARE 897 DD 4121601, 30:00 DOTE TERRA OS ST EN RT. SOON 0 030 AU DRAC Le Fe EN 827.200. .. 35.00

Il eut été difficile que ce tableau ne réalisät pas les espérances de son auteur et ne montrât pas les coïncidences désirables. Pour faire apparaître ses chiffres contradictoires, 1l suffit de dresser un

tableau complet :

(1) Tableau composé par l'auteur sans faire apparaître les années absentes, ainsi que nous l'avons fait:

ee [Re

Circulal. de papicrs Frappe d'argent

Années en mille de peselas depuis 1875 Change 1880. DOS SENS DRE PER > 0.4 1881. REX ER TT 1,60 Re A ER ADR CR RUE D'HENÉR A S 1.80 1883"... APRES LES TE. 1,60 1884... DOD PRET ee 2), tee 1,20 Role ee LR Ar FOR ES 2,90 1886... d9$ LS ; RE RCE 2,20 FSS 7e Le TES TE 59 0e, 0.82 FS5Se ee DÉTERSN Lr « 53:22 11588 1889... Fu MER DRASS CMS 1.

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1) A partir de celle dale nous avons composé les moyennes annuelles de la ciceulation fiduciaire d'après les bilans trimestriels de la Banque d'Espagne fournis par lEconomiste Européen et l'Economisle francais elles moyennes annuelles du change d'après les cours publiés bebdomadairement dans les mèmos journaux. ,

2) Ollo Heyn-Kritische Erorterung des Projekts der Beseidigung des Goldagios. Tahrbüéher für national œkonomie und statistik 1903.

— 4) l'examen complet des variations du cours du change et l’état de la circulation prouve que, si on ne veut pas s’en tenir à de: coincidences rares bien qu'hahilement présentées, le change à sabi une ascension graduelle depuis 1881, assez indépendante des frappes qui ont eu lieu en même temps. On remarque surtout que les hausses et les baisses successives contrarient d’une facon singulière les théories échafaudées sur la hausse du change provenant exclusivement d’une surabondance d’argent et de billets.

Ainsi, en prenant pour base l’année 1880, on voit qu’en 1884, la circulation fiduciaire est passée &e 227 millions à 365, les frappes d’argent, de 3 milons 9 à 29.5, c’est-à-dire ont augmenté dans la proportion de 1 à 9, et que le change est simplement passé de 1 à 1.20. En 1887, la circulation fiduciaire passe de 494 millions à 982 millions, la monnaie. d'argent augmente de 50 millions ; quant au chanve, il tombe le 2.20 à 0.82 : en 1888, diminution de la circulation fiduciaire et de la monnaie d’argent, qui n’empêche pas le change de monter de 0.82 à- 1.68.

En continuant l’examen de ce tableau, on s’aper. coit que, d’une manière constante, la circulation fiduciaire s’élêve, que la circulation d’argent augmente ou diminue de quantités variables mais ossez faibles, tandis que le change éprouve ure hausse très forte, passant de 14.85, en 1895, à 20.65

Loue

en 1896 ; de 29.60 en 1897, à 53.85 en 1898. En 1899, nous constatons une baisse sensible (moyenne, 24.80), alors que la circulation fiduciaire ne cesse -de s’accroître et atteint 1.519 millions. Enfin, en 1901, le change est à 38.15, avec une circulation de 1.633 millions, alors qu'il était à 93.85, en 1898, pour une circulation de 1.445 millions.

A partir de 1902, le Gouvernement s’engage à ne plus frapper d'argent, la circulation de papier demeure stationnaire et les cours se maintiennent hauts en 1903-1904-1905. Puis, en 1906, une amé loration brusque se fait sentir, puisque la moyenne annuelle tombe à 12.795. Pour que la théorie quantitative soit justifiée, il aurait fallu que cette baisse concordât avec une diminution de la cireulation. Or. il n’en est rien, et le mouvement s’accentue encore. Les moyennes annuelles de 1907,.1908, 1909, 1910 tombent respectivement à 11.55, 12.30, 9.90, 6.55, et cette amélioration, loin d’avoir été précédée d’une restriction monétaire, se produit à un moment où la circulation fiduciaire atteint 1.641 millions.

Le parallélisme annoncé ne s’est done manifesté qu’à peu près au commencement de la crise, et le {ableau complet que nous avons reproduit n’indique nullement que les hausses et baisses du change soiént dépendantes de l’état de la circulation fduciaire et de la monnaie d'argent. Encore devonsnous ajouter, pour rendre compte de certaines concordances, qu'actuellèment, ‘ans tous les pays, la

circulation s'accroît d’une facon constante, Dans ces conditions, toutes les fois qu'il + a dans un pays hausse du change, il y a fatalen: ont une corrélation entre l’augmentation constante de la circulation et la hausse momentanée du change (1).

La thèse quantitative ne suffit done pas à expliquer ies causes de la crise espagnole ; elle est pas satisfaisante non plus dans ses conelusions. Du moment, en effet, où c’est la surabondance de la circulation qui empêche le retour de l’or, un seul remède peut conjurer la crise : c’est sa restriction.

Malheureusement, nous ne voyons pas comment cette mesure pourra, à elle seule, ramener en Espvagne le métal disparu. Les auteurs ne nous le disent guère et aucune expérience ne vient donner de poids à leur simple affirmation. M. Mitjavile dit bien que (la raréfaction de la circulation mettant En à la dépréciation, il n’y aurait plus de mauvaise monnaie pour chasser la bonne et l’or rentrerait en Espagne. » Mais d’abord, il paraît exagéré de dire qu'actuellement la mauvaise monnaie puisse chasser la bonne, puisque l’interdiction de la frappe libre de l'argent a supprimé les importations purement spéculatives de ce métal ; en second lieu, cette conclusion est insuffisante, car il ne s’agit

(1) Voir Nogaro. Problème du change Espagnol.

Lee plus aujourd'hui de défendre une bonne monnaie contre une mauvaise, mais bien de ramener cette & bonne monnaie », l’or, qui à disparu.

Il y a eu dépréciation le jour où, par suite du inanque d’or, le change à dépassé les limites du sold point. (est uniquement parce qu'iln’v avait plus d’or qu'il y à eu perte au change et que l’on a qualifié la monnaie espagnole de monnaie dépréciée, Si donc les partisans de l’explication quantitative avaient voulu prouver que la restriction de la circulation mettrait fin à la Aépréciation espaenole, il aurait absolument fallu qu'ils montrent comment cette mesure rétablirait le gold-point.

Nous ne voulons cependant pas prétendre que la 1estriction de la circulation soit toujours une mesure inutile ; elle peut avoir une certaine valeur dans les cas où il est de toute évidence que l’on à exagéré les émissions. Une monnaie trop abondante veut notamment entraîner des achats trop nombreux à l’extérieur et mettre en déficit la balance des comptes. Nous n'écartons pas, à priori, la thèse quantitative, qui peut avoir recu son application : inais nous ne croyons pas qu'il soit suffisamment établi que la crise espagnole provienne de la surabondance de circulation. Et nous allons interroger de nouveau les faits.

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