DU GOLD-POINT
Ainsi que nous avons essayé de le démontrer, dans tous les cas actuels, et notamment en Espa ne, la dépréciation n’a d’autre mesure que la perte que doit subir le débiteur au moment où il veut convertir la monnaie intérieure en monnaie extérieure ; dépréciation et perte au change se confondent. |
Le cours du change est lui-même réglé par le rapport qui existe à un moment donné, entre les paiements à effectuer à l’étranger et les moyens de règlement dont on dispose. Il dépend de la balance des comptes et du stock de monnaie extérieure disponible.
Il est certain que si, dans un pays, la balance des comptes était constamment créditrice, quelle aue soit la monnaie qui circule à l’intérieur, il ne
pourrait jamais y avoir de perte au change. Mais cette supposition est toute théorique ; quel que soit l'Etat général de la balance des comptes, 4 cæiste toujours certaines époques de l’année où elle est momentanément débitrice, et cela suffit pour que la spéculation soit toujours ouverte si l’on ne peut opposer aux exigences des vendeurs de chanae, l’envor à l'étranger de monnaie extérieure.
C’est ce qui s’est produit en Espagne, où on n’a commencé à éprouver une hausse anormale du change qu’à partir du moment où l’or a disparu de la circulation.
1° La fuite de l’or et le bimétallisme. — Le drainage de la monnaie la plus appréciée fut longtemps en Espagne un commerce fructueux. Le dernier inétal que l’on eut intérêt à exporter, non pour payer des dettes, mais simplement pour bénéficier des différences de rapport entre la valeur de l’or et de argent, fut précisément l'or. Cette exportation dut commencer vers 186$ et dura jusqu'au moment où, en 1877, on interdit la frappe libre. Quoiqu'il soit difficile d'apprécier les sommes qui sortirent d’Espagne par cette voie, la facilité de l’opération porte à croire qu’elles durent être considérables ; et, en 1876, quelques années avant ia crise actuelle, la quantité d’or en circulation devait être fort diminuée.
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2° La balance des comptes. — Un second facteur de la fuite de l’or consiste dans les déficits prolonués de la balance des comptes.
Deux auteurs cependant, qui ont étudié à plusieurs reprises la question du change espagnol MM. Théry et Villaverde, tout en reconnaissant Son importance, se sont refusés à admettre que la balance des comptes ait été débitrice.
M. Théry (1) reconnait que d’une facon générale € quand dans un pays le change hausse, c’est qu'il est débiteur de l’étranger », mais il conteste qu'il en ait été ainsi pour l'Espagne.
I s’appuie sur le fait qu’à ‘diverses époques, notainment en 1900, ik a fallu payer à l’étranger des sommes considérables et qu’on l’a fait sans acheter de l’or et sans emprunt, Il a donc fallu qu’on se les procure par des moyens normaux : d’abord par les économies envovées dans le pays par Îles Espagnols à l’étranger, par les revenus des Espaonols possédant des titres étrangers et enfin par ies sommes laissées en Espagne par les visiteurs étrangers. Dans une autre étude, l’auteur renouvelle le même raisonnement pour la période 1899- 1902. [1 à fallu dit-1l, que l'Espagne paye pendant cette période 1! milliard à l'étranger. Comment se
(1) Ed, Théry. La question du change en Espagne, 1901. Ed. Théry. Le problème du change en Espagne, 1905.
l’est-elle procuré ? On aurait été obligé, si la balance des comptes avait été déficitaire, de payer en or, et il n’en est pas sorti d’Espagne ; au moyen d'emprunts, et il n’en x pas été fait ; ou en argent, et le douro aurait subi la perte de l’argent sur le marché de Londres. Done, dit M. Théry, la balance des comptes a été en équilibre, et l'Espagne s’est procuré cette somme par la voie normale.
Pour M. Villaverde (1), les déficits de la balance internationale et les causes monétaires sont liées. Mais «les règles propres aux nations qui jouissent d’une monnaie extérieure et où les oscillations réduites du change ne sont lues qu'aux mouvements de la balance des payements, ne sont plus applicables aux pays qui n’en possèdent pas et où il faut tenir compte depuis l’appréciation de la monnaie ayant cours jusqu'aux embâches de la spéculation qui accapare et fait renchérir le change ». I ne croit pas, ainsi que M. Théry, et pour les mêmes raisons, que la balance des comptes ait été défavorable.
Toutefois, il le nie moins catégoriquement, et on itronve dans son étude de la dépréciation espagnole cette phrase: (une partie de l’or en circulation a dû être retirée pour être employée aux paiements à faire à l’étranger. »
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(1) ProjeUde loi publié dans l'Economiste Européen, 1905.
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L'opinion de M. Théry peut se soutenir si on ’envisage que l’époque actuelle, où il est certain au’il Y à eu une amélioration très sensible, et où même, à de certaines périodes, de 1895 à 1898, par exemple, la balance du commerce qui constitue un des éléments les plus importants de la balance des comptes a été favorable à l'Espagne,
En réalité, M. Barthe (1) Aqui s’est livré à une étude très approfondie du commerce extérieur de Espagne et des divers autres éléments qui composent la balance des comptes : intérêts des valeurs possédées par les étrangers en Espagne, par les Espagnols à l’étranger, etc, arrive aux résultats suivants
Débit Crédit Solde
en millions de peselus débiteur
LOS NS = .2: 016 2.284 392 ISERE EST-LTS 883 220 FSOBAOO.-52 "E-806 177 91 POLAR TEE OS
Donc, d'après M. Barthe, non seulement la balance des comptes n’a pas été favorable, mais à été d’une façon constante débitrice.
En tenant compte de ce que nous avons dit de
(1) Barthe y Barthe. Estudio erilico de la crisis mone- Lara. Madrid, 1905.
ERP l'Industrie Espagnole au XIX° siècle, on comprend de suite que le pays devait être beaucoup plus 1mportateur qu’exportateur.
Une seconde raison qui explique l’état des soldes de la balance des comptes est le rapatriement en masse, pendant toute cette période, des titres émis à l’étranger.
Déjà, en 1881, époque à laquelle on commenca. à ressenti: les premiers troubles de la crise actuelle, une hausse de l’escompte à létranger rappelait hors de l'Espagne les capitaux placés dans le pays. À Madrid, le taux de l’escompte devait malgré cela rester à 4 0/0 jusqu’en 1888, tandis qu'il avait dépassé ce chiffre à l'étranger depuis septembre 1881 ; aussi, en janvier et février 1882, le change atteignait-il 3,3 (1).
(Ce mouvement devait être accentué par une conversion entreprise par M. Gamacho, qui consistait à convertir la série extérieure des obligations de la Banque et du Trésor, ainsi que le 2 0/0 amortissable en + 0/0 intérieur. Cette opération, destinée à soulager le budget, devait nuire au change, car elle provoqua le rapatriement d’une partie des titres que le marehé français trop chargé ne pouvait retenir. |
Enfin, la disparition de l’Union Générale amena
(1) Henmike, on. cit, p. 19.