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quoique brutale, qui ‘caractérise sa manière,
Mais il comprit aussi que si cette tentative purement artistique lui gagnerait l'estime des lettrés, elle ne lui assurerait point des moyens d'existence, Et c’est ainsi que, sans renoncer à célébrer les bons voyous, auxquels il a voué une affection qui ne s’est jamais démentie, il.
fut amené à composer, avec l'approbation de dame Censure, une série parallèle de chansons, dont la plupart comptèrent parmi les plus grands succès de ces dernières années :
Le boulevard des étudiants, Henri IV a découché, La femme, La braise, C'esl pas vrai, etc, eté.
Enfin, un beau jour, non content d’en écrire les paroles et la musique, il rêve d’en devenir le créateur et il plante-là le chemin de fer.
Un directeur roublard l’ engage au concert de l’'Epoque. C'est fini, le voilà Artistelet ilinaugufre sur la scène un genre qui a eu depuis des nombreux imitateurs.
Et tout de suite le succès vient à lui. Sa verve gouailleuse, son geste crâne, son regard franc, sa voix mâle plaisent au public.
Il connaît l'ivresse des bravos; la gloire des rappels. Autant que les barytons solennels et : les comiques grimes, il enchaîne les cœurs à son char... Sa réputation grandit, on se à la Scala, c'est le triomphe! ï
En même temps sa vanité d'auteur est chatouillée agréablement, mais à juste titre.
Bruant sait trouver l'air qu’on retient, qu’on fredonne en sortant et dont on reste obsédé, l'air qui s'applique au texte, tellement qu’on ne saurait dire si les paroles ont été faites pour la musique ou Ja musique pour les paroles.
De là, la vogue immense qui l'accueillit et.
qui At ses débuts à la fois si brillants et si difficiles, car il eut à lutter contre la jalousie et la mauvaise foi des vieux cabots, que gênait sa jeune gloire.
N'importe, dès qu’il paraissait en scène, une tempête d’acclamations le saluait ; le peuple
avait reconnu l’un des siens! Quant à lui, ga- : 8
gnant à présent en une soirée ce qu'il gagnait
autrefois en une semaine, il avait conquis sa
liberté. Au reste, il attachait peu de prix. < Un moment vint cependant où il se sentit écœuré, dégoûté de la vie de coulisses. Il avait
acquis une notoriété suffisante; les célèbres,
parmi les plus célèbres (j'ai nommé Paulus), lui demandaient des chansons; il lâcha les planches et on ne l’entendit plus que dans les cénacles, notamment à l’ancien Chat Noir, où il lança À la Villette, ce pur joyau, La Marche des dos et toute la série de ses chansons de quartiers.
Sa voie définitive éet dès lors trouvée, et il
commence à se composer un répertoire spécial
de chansons et de monologues pris sur le vif dont le peuple fait toujours les frais.
De
Puis, le Chat Noir émigrant rue Victor- Massé, il assume bravement et tout seul sa succession au boulevard Rochechouart, et désormais le Mirlilon devient le rendez-vous joyeux de tous ceux qui aiment à trouver au moins une intention artistique dans ce qu’on leur sert.
Le Cabaretier
Et voilà Bruant patron du Mirliton, ce cabaret inouï où la plus exquise grossièreté remplace la fatigante urbanité !
La porte en est fermée tout le jour.
À dix heures du soir, elle est ouverte et les consommateurs affluent,
Tout Paris a passé là, entre ces quatre murs. enfumés garnis de portraits, de tableaux réalistes, illustrant pour la plupart une œuvre du chansonnier, — À noter spécialement une toile superbe de Stcinlen et un fusain de Lautrec, — et tout Paris y repassera,