‹ Le chant "authentique" du credoChapitre 31 sur 35 · TABLEAU XVI · texte numérisé non relu

TABLEAU XVI

lû-men de lû-mi-ne,

aa

sânctam cathô- li- cam

bb u- num bapti- sma

Ces cadences sont dites mixtes, parce que les trois premières notes, 6, 7, 8, sont les mêmes que les trois premières des cadences C et D, et les deux ou trois dernières, les mêmes que celles de la cadence A. Le Tableau X, p. 29, nous a déjà permis de reconnaître l'harmonieuse disposition de toutes les cadences du Credo; il suffit de le regarder pour comprendre comment cette disposition est un élément puissant d'unité pour toute cette pièce. Nous ne saurions revenir trop souvent sur ce fait de composition mélodique, qui éclaire toute la rythmique de ce Credo.

D'après l'édition vaticane, la cadence mixte se présente, pour la première fois, ligne g, comme deuxième membre d'une phrase musicale qui, elle-même, débute par la cadence 1 ).

Cadence D Cadence mixte

..ômni-a saécu-la. Dé- um de Dé- o,

Cadence B i i

lumen de lumi-ne.

Dé- um

vé-rum de Dé-o vé-ro.

Ainsi comprise, cette phrase mérite avec raison le nom & extravagante, par l'agencement anormal de ses parties : Elle commence par la grande cadence D, Déum de Dêo, très nettement distincte, sans la moindre transformation; ce fait ne se retrouve nulle part. Elle se poursuit par la cadence mixte jusqu'ici inusitée, et qui ne se retrouve qu'à la fin du Credo. Enfin elle se termine par la demicadence B, ce qui est irrégulier; car jamais une cadence imparfaite ne peut être transformée en cadence parfaite sans subir quelques changements; l'oreille se refuse mélodiquement et rythmiquement à cette concession. — Et pourtant, il n'y a pas à en douter, c'est bien la version authentique des manuscrits!

Il semble que ces anomalies s'expliqueraient aisément si l'on voulait considérer toute cette phrase, soi-disant extravagante, comme la partie centrale d'une longue période musicale qui commencerait à Et ex Pâtre ndtum — ligne e — , et se terminerait seulement à ômnia fâcta sunt — ligne i — , avec grande cadence musicale; car ces cadences sont bien certainement la ponctuation mélodique du compositeur. Peut-être faudrait-il même remonter jusqu'à Et in ûnum Dbminum — ligne d — , pour entrer complètement dans la pensée de l'auteur.

Dans une première période musicale de cinq membres — lignes a, o, c — il aurait embrassé tout le dogme qui concerne le Père, première personne de la Sainte Trinité, depuis Credo jusqu'à et invisibilium ; et c'est ainsi que l'édition vaticane a justement ponctué la phrase : c'est là qu'elle a mis la première barre double, après avoir réduit la grande cadence B, ca'eli et térrae, à l'état de demicadence.

Dans une seconde période musicale plus longue, il aurait renfermé tout le dogme relatif à la deuxième personne de la Sainte Trinité, le Fils, ad intra. Cette période commencerait avec les mots Et in ûnum — ligne d — , et se terminerait à ômnia fâcta sunt — ligne i — . Les deux grandes cadences C (unigénitum et ômnia saécula), qui se présentent entre ces deux points extrêmes, devraient être considérées comme des cadences imparfaites. Cette réduction, l'auteur l'a faite deux fois dans la suite du Credo, sans qu'il soit possible d'y contredire : à ex Maria Virgine et à vivo s et môrtuos.

Voici cette phrase telle que nous la comprenons : Il faut bien se souvenir que le chant alternatif du Credo partagé entre deux chœurs, tel qu'il est en usage à notre époque, n'existait pas autrefois; rien dans les manuscrits ne l'indique. Je ne sais aucune rubrique, aucun usage, qui en fassent mention. La Préface du

LA CADENCE MIXTE ET h' " AMEN " 47

Graduelle Vatican dit qu'on chante le Credo « conjunitim aut alternatim pro loci consuetudine ». Ces grandes périodes musicales, divisées d'après les dogmes eux-mêmes, pourraient donc avoir cours sans difficulté.

Et in ûnum Dôminum Jé-sum Christum, Ff- li- um Dé- i unigé-ni- tum.

Et ex Pâtre nâtum ante 6mni- a saécu- la. Dé- um de Dé- o, lumen de

lûmine, Dé- um vé-rumde Dé-o vé-ro. Géni-tum, non fâctum, consubstan-

ti- â-lem Pâtri : per quem ômni- a fâcta sunt.

Ainsi remise dans son vrai cadre, cette phrase devient tout à fait régulière, malgré l'emploi varié des matériaux mélodiques ordinaires. La cadence D, Déum de Déo, perd ainsi son faux air d'intonation et redevient, ce qu'elle est réellement, une simple répétition, sous forme spondaïque, de la formule dactylique précédente, btnnia saècula.

A son tour, la cadence mixte, lumen de Ivmine, est encore une répétition partielle des trois premières notes de cette même cadence D, mais qui dévie pour aboutir à la demi-cadence A, au mot lùmine, et s'embrancher ensuite régulièrement sur l'incise de liaison, Déum verum, suivie elle-même de la demi-cadence B, de D'eo véro. Là, nous revenons à l'intonation et à la mélodie ordinaires du premier membre, qui se répètent — toujours le procédé de répétition ! — sur le mot consubstantiâlem, pour monter, par l'incise de liaison Pâtri, au deuxième membre, et finir enfin sur la grande cadence C, ômnia fâcta sunt.

En somme, rien d'anormal, sauf le mélange harmonieux, et harmonieux par la répétition, de chaque élément mélodique.

Lignes aa, bb. — L'origine de la cadence mixte, lumen de lit mine, est donc le résultat d'une répétition partielle de la cadence D, Déum de Déo. Ce n'est qu'un incident dans la marche du Credo; et, le fait, cette préparation de trois notes à la cadence A ne se renouvelle qu'à la fin du morceau, aux lignes aa et bb.

Pourquoi l'auteur y est-il revenu? Je n'en sais trop rien. Peut-être, en arrivant vers la fin de sa composition, a-t-il abandonné la demi-cadence A, de deux ou trois notes, comme trop légère, trop simple, et a-t-il voulu l'élargir, lui donner du poids et surtout plus de ressemblance avec les randes cadences C et D qui suivent immédiatement, et ainsi établir entre elles un équilibre plus étroit et plus agréable ;i l'oreille. En fait, ce résultat est obtenu, comme le montre le tableau suivant :

Ligne z

aa

- bb

ce

fi

Qui locdtus

est per Prophé-

tas.

rH

■ fL

Et û- nam Ê- L

sân-ctam ca-thd-

li-cam.

■ m B fli

et a- po- st<5-

cam Ec-clé- si-

am.

Con-fi- te- or fi—

û- num ba-ptf-

sraa

in re-misfi

si-

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