CHAPITRE I
cui non absconditur qnidquid illicitum perpetratur, non 1 s. bernard, qucerit vocis lenitatein, sed cordis puritatem 1 .
Et pourtant, s’écrie saint Augustin, qu ils sont nombreux ceux qui chantent & dont le cœur est muet ! Qtiam multi sonant voce et corde inuti sunt! ils oublient la maxime des anciens : Non damans sed amans cantet in aure Dei ; ce n’est pas en criant, mais en aimant qu il faut chanter a l'oreille de Dieu. Cantare amantis est. Vox bujus cantons, ’S. Aug. fervor est sandi amans \ Le chant des chrétiens devant être la preuve continuelle de leur amour pour Dieu, ils n’en pourront avoir d'autre pour louer le Seigneui que celui qui facilitera, fomentera, soutiendra, fortifiera leur piété ; car c’est là toute sa raison d’être ; son but direét est, au rapport de saint Jean Chrysostome, de secouei la torpeur des indolents : Cum Dens vidisset multos homines esse socordiores... admiscuit prophetice melodiam, ut omîtes cantici modulation deleâlati, cum magna animi alacritate sacras ci hytnnos émit tant.
Ce chant est celui que l'Église elle-même s’est choisi, qu’elle a fait sien, qu elle a défendu contre tous les envahissements de la musique profane, celui auquel tous les grands noms de la catholicité, depuis saint Ambroise jusqu’à Bossuet, ont porté l'intérêt le plus vif, auquel ils ont donné une attention soutenue. Ce chant est celui qui fut admis dès l origine du christianisme, celui que saint Ambroise a perfectionné, que saint Grégoire a centonisé, que saint Bernard a fait reviser, & dont le répeitoire s est accru de toutes les compositions des saints ou de nombreux auteurs anonymes jusqu'au xv c siècle. Ce chant est celui qui aida nos pères à prier.
Le chant primitif s’est-il conservé dans l’Église ?
« Le plain-chant n’existe plus, il a été absorbé par la musique mondaine » : tel est le cri de détresse des vrais artistes. Au xvi e siècle fut créée la grande musique à effet, la musique dramatique pour laquelle le public s’éprit d’admiration, d’une admiration délirante. Alors en effet « on oublia l’accent de la piété pour n’envisager que les beautés de l’art ». La peinture inaugura le règne du décolletage ; l’architefture associa tous les styles dans un alliage sans goût ; d’étranges autels de la Renaissance vinrent masquer les riantes ogives d’un monument gothique.
Un peu plus tard, au xvm c siècle, les décors rococo étaleront leurs mignards entrelacements sous les voûtes sévères du majestueux roman. — Que fera notre siècle? Pour le savoir, qu’on jette seulement un regard sur l’entrée monumentale de la grande foire mondiale, de l’Exposition; cela ne ressemble-t-il pas à une gigantesque pièce-montée, soutachée d’arabesques en sucre? Oh ! la vanité féminine ne doit pas être fière d’être représentée par le fantoche qui domine le sommet !
Au xvi e siècle donc le mystérieux plain-chant cessa de plaire ; la musique, qui lui doit le jour, fille ingrate, plus gaie, plus sémillante, plus séduisante, le supplanta. Le