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CHAPITRE I

1 Philosophie de la musique, Correspondant, 25 avril 1866.

âmes, dès qu’ils cessent de les ennoblir, corrnptio optimi pessima. Cela est particulièrement vrai de la musique; sitôt qu’elle ne s’associe plus aux grands enthousiasmes pour les soutenir & leur imprimer un plus vaste essor, elle glisse vers les passions énervantes & malsaines ; elle n’habite guère la région moyenne 1 . »

Des francs-maçons, des panthéistes & des juits, un peu surpris du bon accueil qu’on leur faisait, entendirent leurs œuvres chantées à l’Église, réservées ipême aux grandes solennités. La musique trahissant une desinvoltuie si outrageante à l’égard des divins mystères, le public oubliant de son côté le respeét du saint lieu crut que l’heure était venue de ne plus se gêner ; non content dès lors d’écouter, il voulut aussi lorgner la musique. Pouiquoi après tout n’aurait-il pas tourné le dos à l’autel pour admirer, comme à la salle d’armes, les beaux, les grands gestes du directeur & la gymnastique cadencée des racleurs ?

Cela vous scandalise? on le serait a moins. Cependant ce n’est pas tout : des églises, des cathédrales sont devenues, en certains jours, comme autant de comptoirs où se marchandait le plaisir d’aller humer de la musique profane, ou entendre les solistes du théâtre. Dans ce dévergondage éhonté, l’assimilation de 1 église au théâtre fut poussée jusqu’aux dernières limites. Des affiches aux couleurs criardes furent placardées sur tous les murs a côté de celles des hippodromes & des cirques, tandis que des annonces de journaux faisaient réclame autour dis exécutions, où le soprano-solo était confié à telle bayadère de l’opéra, & auxquelles le petit juif, depuis longtemps sorti de son sordide ghetto, prêterait un concouis rarement désintéressé.

Est-ce assez corsé? Écoutez la fin. Nous avons vu des églises désaffectées au culte, le sanctuaire transformé en

HISTOIRE

estrade, & sur l’hémicycle amphithéâtral, aux lieu & place de l’autel, 300 à 400 exécutants, parfois davantage, hommes & femmes, cela va de soi, donnant des auditions bissées & applaudies frénétiquement.

Le métier de compositeur de musique d’église devenant lucratif, on en vit sourdre des légions ; une avalanche de musiquants de troisième & quatrième ordre aux abois vint offrir ses services & déversa sur le marché musicoreligieux tout un déluge de nouveautés.

Les œuvres furent ce que l’on pouvait espérer de cette gent affamée : des mélodies fades, d’un goût douteux, d’où s’exhale tout le relent de la mondanité. Ces gens-là ont vécu loin de l’église, ils n’en connaissent pas l’esprit ; l'église parle une langue qu’ils n’ont point apprise ; s’ils la savent, ils ne comprennent que la lettre, le sens mystique leur échappe; l’église, quand elle chante, elle dit une prière ; ces gens-là ne sont pas doués du sens chrétien, du sens religieux ; la prière, c’est bien au-dessous d’eux. Leur formation musicale s’est faite à l’étude des morceaux d’opéras, des valses & des gavottes; comment pourraient-ils bien chanter un texte inspiré par l’Esprit de Dieu? Un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits.

Sous l'auspice des grands maîtres, tes créations hybrides les plus hétérogènes, les plus gonflées de sensualisme sans pudeur, firent leur entrée triomphale sous les voûtes sacrées ; du haut du jubé l’on servit au peuple qui prie les élucubrations musicales les plus extravagantes. De telles compositions ; osent s’affubler du titre de sacrées elles n’ont de religieux que les paroles. Ces paroles, si elles avaient des voix, si elles pouvaient se plaindre, elles crieraient à tous les échos : Pourquoi nous tourmentezvous de la sorte?

Combien justes les plaintes des aines pieuses ! Elles ne peuvent plus prier dans la maison de leur Père céleste !

CHAI’ITRE I.

C’est Danjou qui a dit : « Depuis la fin du xvi e siècle la décadence du plain-chant a commencé pour arriver de nos jours à un état voisin de la barbarie ! » Et d Oitigue, perdant espoir, poursuit : « Nous savons très bien que tous nos efforts ne pourront redonner la vie a la tonalité du plain-chant ; mais, dans l'impossibilité de ressusciter le chant ecclésiastique, nous aurons fait du moins son

1 Dittionn.

du plain-chant, oraison funèbre 1 . »

Que pensent les Savants de la substitution faite de la musique au plain-chant?

Il reste encore à notre chant trop de vitalité pour que nous hissions écho au cri de désespérance de M. d’Ortigue. Moins découragés & moins pessimistes, nous croyons au contraire que le glas de notre chant liturgique n'est pas sonné du tout; nous espérons qu’il va surgir plus vivant que jamais de sa léthargie où depuis trois siècles il est comme plongé. Il ne convient pas de donner dans l’Eglise la préférence à la musique de Babylone, pour abandonner les cantiques de Sion, au grand scandale des impies eux-mêmes. Il ne convient pas que dans la maison de Dieu Satan soit le mènaqèab (maître du chant). Quel outrage pour Jésus-Christ Rédempteur, que des chrétiens, des prêtres confient à Satan la baguette d'or pour battre la mesure dans le Sanctuaire !

Ce ne sont pas des âmes mesquines, quelques dévotes seulement qui en sont formalisées ; que pensent en effet les musiciens, les savants, les hommes du métier? Écoutons-les, écoutons ceux dont le témoignage ne peut être entaché de partialité. Que disent les juifs, les coryphées de l’impiété? Halévy, l'auteur de la Juive, s’écrie : «Comment les prêtres catholiques, qui ont dans le chant grégorien la

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