CHAPITRE
plus belle musique religieuse qui existe sur la terre, admettent-ils dans leurs églises la pauvreté de notre musique moderne? » « Ce chant, poursuit Jean-Jacques Rousseau, ce chant, tel qu’il subsiste aujourd’hui, n’a pas perdu toutes ses premières beautés. 11 lui en reste assez pour être de beaucoup préférable à ces musiques efféminées & théâtrales, maussades & plates qu’on y substitue en quelques églises, sans goût, sans convenance & sans < Diction,,. respeét pour le lieu qu’on ose ainsi profaner *. » « H faut, de la musique. ^ ailleurs ce même mécréant, il faut n’avoir, je ne dis pas aucune piété, mais je dis aucun goût, poui piéférer dans les églises la musique au plain-chant. »
Dans une notice sur Beethoven, Jacqueré reconnaît que cet artiste fut en effet un grand génie, qui porta la musique religieuse à son apogée; mais, continue le narrateur .
« Malheureusement sa puissance devint audace, sa sagesse devint presque satanique ; il amoncèle des masses pour escalader le ciel, au lieu de s’y élever par une voie régulière & calme ; tel est surtout le caraétère de son Kyrie. L idee chrétienne l’a complètement abandonné dans son Gloria, où éclate moins la mélodie pure & céleste d’un cantique de louange & de paix que le chant de viftoire des passions humaines, triomphant d’un ennemi battu. Cette œuvre, si grandiose & si parfaite que rien ne peut lui être comparé, n'est en définitive de la musique religieuse qu’en ce sens qu’on l'exécute, quoique bien rarement, dans l’église. L'idée chrétienne est une idée de réconciliation & de paix ; où celle-ci manque, l’œuvre, quelque artistique qu’elle soit, n est pas religieuse... L idée chié tienne s'est évanouie au milieu de la décadence du chant grégorien dans la musique d'église moderne, & celle-ci
2 Diciionn. ne répond plus à la nature du culte divin*. » de Ibéol. Go- p ar contre y a-t-il éloge plus beau du chant liturgique scHLER, Musi- cette paro]e de l auteur si connu de la Flûte enchantée :
HISTOIRE
« Je donnerais toute ma gloire pour celle d’avoir composé la Préface de la messe. » « Je ne sache pas, dit à son tour Ch. Gounod, une œuvre sortie du cerveau d’un grand maître qui puisse affronter le parallèle avec la majesté redoutable de ces chants sublimes, que nous entendons chaque jour dans nos temples pendant les cérémonies funèbres : Dies irœ. De prof un dis. Rien n’atteint à cette hauteur, à cette puissance d’expression & d’impression. »
« Vous applaudissez, dit encore l’auteur de la messe de sainte Cécile, vous applaudissez frénétiquement au théâtre certains passages de mes opéras, qui vous paraissent neufs & heureux : sachez que vous applaudissez des inspirations & des motifs que j’ai puisés directement dans les mélodies grégoriennes. » Enfin le célèbre directeur de l’Ecole d’orgue, Lemmens, entendant le Sanflus du temps de Carême, s’écria : « Celui qui a fait cela savait ce qui allait se passer à l’autel. » Savent-ils bien ce qui va s’y passer en effet tous ces écrivains de messes à trois ou quatre voix pour hommes & femmes? S’ils le savaient, ou s’ils daignaient s’en souvenir, ils auraient garde de nous servir les réminiscences d’un opéra quelconque ou d’une opérette bouffe ; ils ne mettraient point sur les lèvres de la Vierge immaculée ou de Marie-Madeleine les ritournelles grivoises, que préalablement une chanteuse de café-concert leur a serinées à l’oreille.
Un jour que Lully assistait à un office religieux, entendant des paroles sacrées sous une de ses compositions profanes, il ne put s’empêcher de dire : « Je vous demande
1 Cbron.xx iv Gen ., p. 247.
2 Rad.Tongr., Dt? canon . ofcs<*rt'.,Prop.xxii.
4 td., ibid.
5 Id., Ibid .
Quel chant fut adopté dans l’Ordre?
Il ne sera pas sans intérêt de faire précéder notre réponse de quelques notions succinétes sur notre bréviaire lui-même. D’après la Chronique des XXIC Généraux nous savons que le Ministre Général de tout 1 Ordre des Frèies- Mineurs reçut du pape Grégoire IX, en l’an 1241, 1 ordre de corriger le Bréviaire romain'. Le pape Nicolas 111 (1277-1280) rendit ce bréviaire obligatoire pour Rome & officiel pour l'Église entière 2 ; c'est aussi ce qu affirme Raoul de Tongres : Unde bodie in Roma omnes libri sunt novi et franciscain 7, .
Une forme de notes, différente de celle qu’employaient les Ambrosiens & les Allemands, fut introduite par nos Pères, si nous comprenons bien la pensée de 1 auteui sus-mentionné ; il s’agit sans doute de la substitution de la note carrée, du point en un mot, a la traînée cuisive, si répandue alors. Et forma notularum in cantu antiqua, qua tant Ambrosiani quant Alemanniæ nationes utuntur... ab Urbe relegata *.
Bien que Raoul de Tongres prétende que les Frères- Mineurs eurent un Commun des Saints, qui leur était spécial, à savoir des introïts & autres morceaux : Sed Praires de loto scripserunt mum commune Sanftornm... ", nous hésitons néanmoins à admettre chez nous une liturgie intégralement distinéfc de celle de 1 Église romaine.
HISTOIRE
Saint François, notre Père, ne fut pas un innovateur ; il avait trop de resped envers l’autorité apostolique pour oser entamer la sainte liturgie. L’ordre du Seigneur :
« François, va, répare ma maison » ne signifie nullement à ses yeux : « Va, renverse, bouleverse toutes choses. »
Voici plutôt ce qui eut lieu, nous raconte le D r Weiss de Munich, s’appuyant du témoignage du D r Baümer. Au xm e siècle il y avait le choix entre le bréviaire primitif, en usage dans les monastères bénédictins, le long Office des basiliques romaines, & enfin l’Office abrégé pendant le cours du xn e siècle pour l’usage de la Curie, Usus Curice romance (Officinal Capellœ Papa Iis) 1 . Ce dernier est 1 Julian von celui qui fut adopté par saint François : Clerici faciant SpE,ER *> P- 7divinum Officium secundum Ordinem S. Romance Ecclesiœ, excepio psalterio, ex quo habere potentat breviaria 2 ; c’est 2 Fr aussi celui qui servit de type pour la correction de tous Mutm » ca P- ,n * les autres, qui sont aujourd’hui d'un usage général dans le monde ecclésiastique.
L’antiphonaire ne contenant que la partie du bréviaire qui se chante, saint François n’avait rien à innover ; il y avait des mélodies vieilles de plusieurs siècles, il suffisait de les adopter, c’est ce qui fut fait. Tenter de fabriquer de toutes pièces de nouveaux antiphonaires & de nouveaux graduels eût été œuvre bien audacieuse, fort téméraire au commencement de ce xm e siècle, époque où le génie des mélopées saintes était en décadence. Les manuscrits réformés par ordre & sous les yeux de saint Bernard étaient encore en usage. La compétence du saint Abbé n’était suspeCte pour aucun ; sa bonne foi ne put être prise en défaut ; c’était bien les chefs-d’œuvre des Ambroise, des Grégoire, qu’il avait rendus à leur beauté primitive. Pour la partie de tempore les Frères Mineurs n’avaient point à chercher ailleurs ; & elle fut adoptée sans conteste. Tous les Manuscrits des xm, xiv, xv e siècles &