‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 18 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

étrangers à l'Ordre. Si les mélodies premières, écrites pour des textes nouveaux, sont défectueuses, nont pas une tournure rigoureusement grégorienne, ramenez-les a la forme pure. » D'Allemagne & d’Espagne on nous écrit dans le même sens. « Si le travail est long, pénible, difficile, une correétion serait-elle absolument impossible? Travaillez, consultez, puis ne lâchez rien ; conservez-nous la pensée de nos Pères, ou tout au moins le fond de ces chants primitifs & faites-nous enfin prier selon la modalité preféree de nos anciens. 11 y a trop longtemps que nous ne vivons plus d’autrefois, faites renaître pour nous le passé. » Le sens du temps passé, qui rend la vitalité & la vaillance a des nations qui se meurent, peut aussi faire revivre dans les grands Ordres de l'Église la vigueur de tant déneigies qui allaient s'émoussant. Nil innovetur iiisi quod traditum est.

Autant que d'autres, plus que certains, nous avons des prédileaions pour la musique. La belle, la grande musique a toujours eu le don de nous émouvoir profondément; c’est avec un bonheur inouï que nous avons écouté les chorals de J. S. Bach. Les chefs-d’œuvre de nos grands maîtres ont de l’attrait pour nous ; nous nous délcftons dans leur étude. Naguère à Rome nous applaudissions l'Oratorio San Pietro de notre Père Hartmann, organiste de l’Ara Cœli ; & nous nous plaisons à entendre au grand * orgue une des savantes & majestueuses fugues de l'incomparable J. S. Bach.

Qu'à l'orgue donc on nous serve des morceaux de valeur, dignes du temple saint; mais qu on nous fasse grâce des extraits d'opéras & opérettes, tels que la Juive, le Barbier de Séville, malienne à Alger, la Muette de Portici & tant d’autres. Sous les voûtes austèies on ne devrait entendre que des sons purs, aux vibrations sonores, grandioses.

RESTAURATION ET TRADITION

Du jubé ou du chœur nous n'attendons, nous ne voulons que des chants pieux & solennels, qui traduisent les émotions dont nos cœurs doivent être remplis. Sai/fla sanfle. Faisons les choses saintes saintement. Personne n'ignore avec quel respect notre Séraphique Père veut que nous traitions Notre-Seigneur & la divine Eucharistie. Nos Constitutions générales, récemment éditées, fidèle écho de nos traditions, sans rien innover, nous prescrivent exclusivement le chant ecclésiastique ; notre code, notre répertoire musical est donc tout entier dans les graduels & les antiphonaires.

Mais hélas ! partout ou presque partout on a vu & subi la persécution. Les couvents ont été fermés, les chapelles profanées : tout a été saccagé ; nos bibliothèques dépouillées & confisquées ; nos livres épars, — nous le lisions à Rome à l'entrée de la bibliothèque Vittorio Emmanuele, trashcati dell'Ara Cœli alla biblioteca régla, — quoique transportés dans les bibliothèques civiles, n’en sont pas moins perdus pour nous.

Notre tradition ainsi réduite était en quelque sorte éteinte ; le peu qui nous reste ne suffisant pas pour satisfaire aux nécessités de l'Office chanté, nos Supérieurs provinciaux de France, en face d'une telle pénurie, ont cru opportun de tenter une restauration utile, désirée par tous. Cette réforme s'imposait. Notre R mc Père Général l'a approuvée & favorisée ; sa sainte & séraphique bénédiction nous a suivi au cours de nos longues pérégrinations à travers la vieille Europe. Aujourd'hui donc que nous avons sous la main tous les documents réunis, nous nous proposons de hâter la réalisation de notre projet. Non ! nous ne voulons rien innover : Nil innovetur nisi qitod traditum est.

Vouloir du nouveau, ne serait-ce pas au surplus aller à l'encontre de ce qui se pratique tout autour de nous? Tons les esprits sérieux, saturés de nos modernités fantai-

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