CHAPITRE II
1 Entyclop .
du xix e siècle.
2 P. Gratry, Les Sources , ch. tu.
sistes, retournent à l'antique ; le clinquant, le falbala ne sont plus de mise ; ils ont cessé de plaire. En architefture, plus de gravité, ni de majesté ; l'alliage de tous les arts n'enfante que des œuvres bâtardes ; le ciseau ne sait plus fouiller les dentelles de pierre. L'œil cherche en vain les guipures élégantes qui se balançaient jadis en nos cathédrales. L’or semé à profusion un peu partout ne peut rivaliser avec les savantes mosaïques d'antan ; les grandes lignes architeéïoniques, brisées par des blasons sans noblesse, choquent le regard surpris : tout, tout est afféterie sans vergogne.
La peinture n'est pas moins déchue ; autrefois l'artiste travaillait avec son âme, il savait peindre une pensée, une inspiration. D'un léger coup de pinceau à peine perceptible il dessinait sur la toile le voile pur d'une madone; aujourd'hui c’est le règne de la palette. Oh ! n’approchez pas de ce tableau que vous admirez là-bas ; il n’est beau que de loin ; c'est un champ labouré, il en a toutes les rugosités, toutes les aspérités.
En musique c’est bien pis. « La peinture, la sculpture sont œuvres d’imagination & de sentiment ; elles reproduisent la forme tangible ; la musique n’a de corps que par 1 harmonie, & 1 harmonie n est point un art ; c est une science, une forme algébrique. » « Les lois harmoniques des chants sacrés proscrivent toutes les combinaisons exprimant les élans irréfléchis de la passion. Calme, grave, adorante & prosternée, l'harmonie sacrée ne doit toucher l’âme que pour l'élever dans la sérénité de l’amour divin, par l’apaisement des nerfs & 1 oubli des vanités terrestres 1 . » « Mais nous avons trouvé le moyen d oter presque toujours à la musique son caractère sacré, son sens cordial & intelleauel, pour en faire un exercice d’adresse, un prodige de vélocité & un brillant tapage qui ne repose pas même les nerfs, loin de reposer l’âme 2 . »
RESTAURATION ET TRADITION 5 I
Nos maîtres du jour en sont réduits à leurs deux mesquines gammes, majeure & mineure. Pour émouvoir ils ne peuvent mieux faire que d’empioyer les fadasses accidents de l’art moderne. « L’élément passionné, humain, étant trouvé par le phénomène de la dissonance produite & sauvée, il était naturel que les compositeurs essayassent de peindre les différents sentiments que l’homme est susceptible d’éprouver 1 . » Aussi bien les 1 Encyciop compositions qui visent à l’effet sont gonflées de mollesse du X1XL Slccle ' ou d’un sensualisme écœurant. Les anciens du moins savaient chanter en huit modalités bien distinctes ; cette variété recèle tout le mystère de leur supériorité.
Du nouveau ? créer du nouveau ? Ne serait-ce pas se fourvoyer, aujourd’hui en particulier que les musiciens, ceux de marque les premiers, ne connaissent rien de mieux pour s’assurer du succès que de transcrire des fragments de notre graduel, de faire en un mot de pure marqueterie? En applaudissant les artistes en vogue, la foule n'applaudit ni plus ni moins que les Ambroise, les Grégoire, ou quelque compositeur anonyme du moyen Age.
Du nouveau ? Que serait-il ce nouveau ? « Notre politique est païenne, notre économie sociale est païenne, notre justice est païenne, notre philosophie est païenne, notre littérature est païenne ; pourquoi voudrait-on que seuls les arts chez nous soient chrétiens? » La musique n’a point su se garantir contre l’invasion de ce paganisme honteux, qui souille toutes les meilleures institutions.
A notre siècle peut .s’appliquer ce que J. Paquier, doéleur ès lettres, en philosophie & en théologie, a écrit dans la Tribune de Saint-Gervais : « Le xvi e siècle & les deux suivants ont pu être chrétiens & catholiques ; mais sur plus d’un point ils n’eurent pas Y esprit chrétien ; pardessus tout, ils ne comprirent rien à l’héritage du moyen Age. L’architeCture, la sculpture, la peinture gothiques