CHAPITRE II
1 Observât, in nov. bymnos a Fr. Ludov.
Cavalli O.F.M .
Prov. Franc., Paris. — Bibl.
m.assiliens.jMs.
Eb. 329.
A la bibliothèque de Marseille on peut consulter un traité qu’écrivit un de nos Pères sous le pontificat d’Urbain VIII. L’auteur s’y plaint de la réforme des hymnes du bréviaire, démontrant que le goût d'une littérature plus raffinée a fait par trop oublier le rythme mélodique pour rendre presque inchantables ces vieilles compositions, malencontreusement revisées par des gens de bureaux, plutôt que par les habitués de 1 Office du chœui. « Si minor alicubi latinitas, aut negleéta syllabarum quantitas, videbatur ; at certe major ubique pietas ac suavitas a legentibus & cantantibus percipiebatur. Ergo musam novam antiquis mysteriis & melodiæ prislinæ nocentem lnnocentius X Pontifex Maximus reddat innocentem 1 . »
Vers la fin du xvm e siècle, le P. Francesco di Rossino publia à Rome, en 1793, sa grammatica inelodiale teoricopraiïica, dans laquelle il enseigne toutes les règles du chant, selon qu’on le pratiquait. Son ouvrage n'est pas sans mériter quelques reproches; 1 auteur s y abandonne a l'inspiration & ajoute d'après le goût de l'époque de nombreuses fioritures. Un exemplaire de cette grammaire se trouve à la bibliothèque de notre couvent d'Anvers, dans la seétion franciscaine.
Un peu plus de cinquante ans auparavant, en 172;, le P. Pablo Nassarre, organiste du couvent royal de Saint- François à Saragosse, fit paraître en deux volumes tout un traité de contre-point & de plain-chant. Entie autres détails, l'auteur fait observer que personne ne doit avoir la témérité d abréger ou d écourter les mélismes, des alléluias particulièrement. Ceux qui les ont écrits savaient ce qu’ils faisaient; ils n’ont pas aligné au petit bonheur toutes ces notes, que l’on doit apprendre à distinguei en différents groupes, afin de les exécuter convenablement. Un volume de ce travail est à Compostelle, chez nos Pères.
RESTAURATION ET TRADITION 63
Au xvi c siècle, alors que déjà l'introduCtion du contrepoint avait commencé à causer tant de ruines dans le vaste champ des rapsodies grégoriennes, nos Pères avaient néanmoins encore assez de goût esthétique pour faire choix de morceaux d’une grande pureté. Nous n’en voulons citer qu’un exemple, cette fraîche & pure adaptation de Y Alléluia : Rosa vernans, que l’on chantait en Belgique & ailleurs, en l’honneur de saint Louis d’Anjou. C’est à Gand que nous avons fait cette découverte pour la première fois, dans un pauvre vieux manuscrit jeté au rebut dans le plus triste état de délabrement.
A Gratz en Styrie, nous avons copié dans un des grands livres de chœur du même xvi e siècle une ravissante & délicieuse mélodie en l’honneur de la Vierge immaculée : Alléluia, l^eni, Regina. Faut-il signaler encore une non moins gracieuse prose, hélas ! incomplète, que nos Pères chantaient toujours en ce même xvi e siècle, & dans laquelle est consigné l’historique du dogme de l’immaculée?
Au couvent de Thielt en Belgique nous avons eu sous les yeux un manuscrit du xvn c siècle, un graduel écrit par Fr. Cæcilianus de Meyere, d’après les ordres du P. Gardien Fr. Florus Bauwens.
Ce ne sont pas seulement les Frères-Mineurs qui travailleront à augmenter le trésor séraphique. Leurs Sœurs les pauvres Clarisses collaboreront & seront les scribes intelligentes de leurs productions littéraires ou musicales. Elles rivaliseront de zèle pour chanter les louanges de Notre-Seigneur ; elles aussi confieront au parchemin tous les chants usuels. Leurs monastères, certains du moins, ont encore conservé les vieux livres, copiés il y a des siècles.
Dans un des monastères des Pauvres Dames à Salamanque, — on n’ignore pas sans doute que l’Espagne est un peu la terre classique des vocations franciscaines;