‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 27 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1 Wadding, 223. tom. IV,

2 1 Paralip.

xxi, 5, xxv, 6

mare, vincula, tandis que la jeunesse joyeuse, reconnaissante, ne se lasse pas; n'ayant pas assez de mots, elle jubile dans le gracieux mélisme : Juvenes.

Celui qui écrivait ainsi n'était pas un de ces vulgaires musicâtres qui ne savent mieux faire qu’aligner des notes carrées. Julien de Spire, formé à l'école des meilleurs maîtres, lui que le saint roi Louis IX avait choisi pour musicien de la cour de France, virum 111 Ordine erudituin, et ante ingressum in eumdetn, primum præcentorem in ailla regis Gallorum 1 , « premier chantre du palais », n'ignorait pas que le chant est autre chose qu'une suite de sons sans cohésion, ou qu'un amas de notes, jetées au hasard ainsi que des pierres dans une fondrière.

Pour notre frère Julien, comme pour les Ambroise, les Grégoire, les Odon. les Bernard, les Guy d'Arezzo, le chant est un langage, un langage animé ; les notes, les signes hiéroglyphiques sont les lettres dont se toi ment les syllabes, les neumes, les mélismes ou membres de phrase ; le tout, un discours poétique & fleuri ; le chant traduit une pensée, surtout il doit être une prière. Non, nos Pères n étaient pas des barbares incultes, ils possédaient la science des sons. Ne serait-il point téméraire d'affirmer que la musique des Hébreux, de la Synagogue, des Grecs anciens fût inférieure a nos productions modernes ?

Même en souscrivant au système de Darwin, en admettant avec lui une évolution lente, successive & séculaire, à moins de nier la Bible, il faut bien convenir que, depuis Jubal jusqu’à 1 époque du Prophète royal, la musique avait fait d'immenses progrès. Le livre des Paralipomènes compte quatre mille musiciens ou psalmistes, chantant au Seigneur avec des instruments, tous distribués sous la direction de leur père, poui chantei dans le temple de Jéhovah avec des cymbales, des psalté- ! rions & des cithares; ad cantandum 111 templo Donnai-,

RESTAURATION ET TRADITION 73

Avouons simplement avec Salomon que rien n'est nouveau sous le soleil.

Que de connaissances perdues enfin au jour de la conflagration de la fameuse bibliothèque d’Alexandrie, qui compta jusqu’à 700000 volumes! Bien avant les xv c & xvi e siècles, bien avant l’invention du contre-point, on connut les règles de la bonne composition. L’introdudion du contre-point au contraire, en retardant le mouvement, en réduisant le chant à une mesure obligatoire, a rompu le rythme libre, élément essentiel de nos mélodies grégoriennes. Cette nouveauté nous a engendré la coutume de marteler, d’égrener pour ainsi dire chaque note, & il le fallait bien ; malheureusement on a cru depuis que c'était la bonne méthode d’exécution ; d’aucuns n’ont pas cessé d’en être encore les partisans.

Si nous mettons le vrai plain-chant en face de la musique, nous ne tarderons pas à acquérir la convidion qu’il n’est pas un art purement rudimentaire, toujours à l’état d’embryon, totalement étranger à celle-ci. Nos cantilènes liturgiques ont servi de prototype, de modèle à toute musique postérieure. Quiconque a su feuilleter avec intelligence & attention nos livres choraux, le graduel spécialement, aura été surpris peut-être d’y découvrir dans maintes pièces un leit motiv, qui se répète & se fait écho : cependant rien que de très naturel en cela. Nos introïts, nos graduels, nos alléluias, &c., sont de vrais morceaux de musique, d’une tonalité plus sobre, plus austère que les compositions de nos trois derniers siècles.

Le plain-chant n’est pas un composé mécanique ni un enchaînement sec & roide de formules obligées ; sa modalité, pour être plus grave, plus sévère, ne l’empêche pas néanmoins d’évoluer librement ; le plain-chant est aussi de la musique, de la musique bien réelle. En analysant nos graduels, alléluias, &c., les disséquant en

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