‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 28 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

quelque sorte, on y reconnaît sans peine 1 antécédent, le conséquent, le sujet, le contre-sujet, la réponse, la forme raccourcie du thème se retrouve même en plain-chant, sous forme d’une véritable cauda, non moins que dans la meilleure des fugues.

Disons plus, le musicien sérieux & attentif, celui qui sait écouter, qui étudie a fond la structuie mélodique de nos vieilles cantilènes, entend aussi vibrer toute une harmonie, les accords sur lesquelles elles se basent.

« Wenn wir diese Lieder nach ihrer melodischen Struftur untersuchen, so finden wir einmal, dass jede Mélodie sich über gewisse Harmonien oder Accorde aufbaut, sodan dass bestimmte Melodieglieder (Motive, Phrasen, eine Art Thema oder nomos) eine gewisse Rolle im Aufbau < Dr Mohler der Mélodie spielen 1 . » Un artiste consciencieux ne s'y Rome, 1898. trompera p aS; il prêtera toute son attention à ce fait important ; une audition minutieuse de toutes les harmoniques préludera à son travail d'accompagnement.

Et alors, comment expliquer que tant de gens repoussent quand même le plain-chant, comme un cauchemar fantastique? Servez-leur même une messe de Palestrina, un motet de Vitoria, ou d'un César Frank, savamment écrits en contre-point riche & fleuri. Oh ! non ! mille lois non ; ce n’est pas là ce qui leur convient ; c'est trop grave, trop sérieux, oui, trop monacal, pas assez allègie, pas assez sautillant. Un passage extrait des Dragons de mars, adapté à des paroles eucharistiques : voilà qui est bien ; çà chante gaiement, cela ! & ils s'extasient comme ces esprits légers, frivoles, qui ne peuvent supporter la lectuie d'une page de Louis Veuillot, mais dégustent avec voracité les inepties romantiques des feuilletons, & de toutes les brochures à couvertures vertes, jaunes ou rouges.

A bord du transatlantique « Ville de Barcelone, » dans une traversée de la Valletta à Tunis, au mois de févriei

RESTAURATION ET TRADITION

dernier, nous étions plusieurs passagers appartenant à différentes nations, & nous causions familièrement sur le pont, tandis que le navire sillonnait Tonde ; chacun évoquait ses souvenirs de voyage, redisait ce qu’il avait admiré de plus beau ; tous ensemble nous contemplions les admirables élévations des flots 1 , qui se perdaient dans le lointain ou qui venaient se briser sur la coque de notre vaisseau ; le ciel était d’azur ; les mouettes aux blanches ailes se jouaient autour de nous ou se balançaient dans le remous du sillage ; tous également nous avions été émerveillés du site ravissant qu’occupe Malte, Tîle fortunée, cette perle de la Méditerranée, que nous avions quittée la veille au soir. Une petite dame aventura sa réflexion : ce qui l’avait le plus touchée, c était une bataille de fleurs un jour de carnaval à Alexandrie.

Pour Julien de Spire, la science de la phrase mélodique n était point un secret impénétrable. Dans ses œuvres tout est bien, parfaitement coordonné, l’équilibre rythmique y est fidèlement gardé, l’antécédent est à sa place, le conséquent lui répond avec grâce, le développement achève 1 idée, & jusqu’à la fin les délicieuses inspirations, que son génie lui a dictées, obéissent aux lois les plus sévères d’une intelligente composition. Rien n’est abandonné au caprice; on sent que l’auteur a compris, selon la règle formulée par un vieux maître espagnol, que la lettre est la reine, « la letra es la reyna 2 . » La musique suit le texte, le tout s’enchaîne avec aisance. Point de fragments tortueux, où se devine l’embarras d’un maître inexpert, qui ne sait à quoi donner la prééminence.

Julien savait ce qu’il faisait; d’abord il a médité son sujet, il s’en est pénétré ; ce n’est que lorsqu’il en a saisi tout le sens intime qu’il prend la plume, se conformant a toutes les règles fixées par ses devanciers, règles que saint Bernard précise en ces mots si connus : Canins

1 Mi l abiles elationes maris. Ps. xcii.

2 Mau . cho ri ad usum Carmelit. Granatæ.

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