CHAPITRE
du culte catholique, sans priver l’Église d’un de ses puis-
« Musique sauts moyens d’adion sur les peuples'. » religieuse, P . Les hérétiques ont connu cette puissance de la musique 2 > 6 ’ sur l’âme humaine ; ils ont employé les chants populaires
tour à tour pour enseigner l’erreur & répandre la corruption. L’apostat Luther a popularisé ses heresies par le moyen des cantiques & des chants des psaumes. N a-ce pas été aussi le premier moyen de propagande de 1 Armee du Salut : le chant par tous ? Quel mal ne fait pas chaque jour la musique asservie aux mauvaises passions?
2 A l’Opéra.
3 P. Féval fils, Mélodies des sied es.
... Art énervant, délétère,
Par qui l’homme charmé, s'amoindrit & s'altéré ;
C’est à lui que l’on doit ces airs passionnés,
Ces chants voluptueux, ces sons efféminés,
Poisons sûrs & subtils qui vont tuer dans l’ame La pudeur, y laissant la place au vice infâme.
Vous qui conduisez là* vos fils & vos filles,
Oh 1 mères, vous risquez l’honneur de vos familles.
Plus d’un ange terrestre amené là, dit-on,
De ce temple de luxe est ressorti démon :l .
Par quelle aberration d’esprit pourrait-on renoncer au chant de tous, moyen moralisateur par excellence, qu. de tout temps réussit si efficacement? L’Eglise s'en est toujours servi. Quand le christianisme a civilisé les peuples sauvages, ce n’a été que par des cantiques. L’iroquois qui n’avait pas cédé à ses dogmes a cédé à ses concerts.
Pour nous, nous ne savons rien de plus beau, de plus grandiose que le chant de tout un peuple. Quelle maîtrise, fût-elle la première de l’univers, a des accents aussi touchants, aussi pénétrants que les cris de milliers d’hommes, de femmes, de jeunes gens, de vierges, d enfants s’unissant pour chanter une prière? Qui n’a ete emu jusqu’aux larmes en entendant, à Lourdes par exemple, la
DOUTES ET OBJECTIONS
foule des pèlerins chanter dans un sublime élan de foi : Jesn, Jili David, miserere nobis ? 11 y a quelques mois, nous rencontrions au pied de la grotte bénie l’éminentissime cardinal de Lisbonne, notre illustre frère en saint François : « Père, nous disait le pieux patriarche, Père, ce matin nous avons entendu les pèlerins alsaciens chanter tous ensemble le Credo en chant grégorien. Que c'était beau ! que c'était beau ! »
L’exécution du chant liturgique par tous les fidèles est trop difficile.
Une des grosses objections qu’on oppose au chant de tous les fidèles est sa grande difficulté : « Vous n’obtiendrez jamais que tout le monde puisse chanter à la fois ! » Ah ! s’il s’agit d’une messe à quatre parties ou de toute autre composition musicale, cette objection ne figure nullement, pas plus que si la musique n’était autre chose qu'un amusement d'enfants. Oui, le chant liturgique est d'une exécution difficile; nous ne prétendons pas le contraire ; ni saint Ambroise, ni saint Grégoire, m les autres n’ont enseigné que ce fût chose si simple ; nous sommes étrangement surpris qu’il ait fallu tant de temps pour s’en apercevoir & s en convaincre.
Jusqu’à maintenant nous avions vu les amateurs de musique s’installer bravement devant un graduel au lutrin, exécuter sans hésitation un introït, un trait, un alléluia, qu’ils n’avaient jamais étudiés. Ceux-la, c étaient les fervents, il est vrai ; car de moins zélés qu’eux poulie pauvre plain-chant se contentaient de lui substituer une récitation sur un ton de psaume. Ah! c’est que des érudits nous ont prouvé que notre cantilène ecclésiastique n’est pas du tout dénuée d’un sens mélodique, bien au contraire ; de là tant de récriminations.
DOUTES ET OBJECTIONS
Eh! oui, c’est chose difficile, le chant liturgique.’Notre oreille, en effet, habituée à l'émouvante musique des drames, à la voluptueuse sentimentalité des opéras, surexcitée & tendue outre mesure trouve fades, ternes & vides les tonalités austères, les sonorités larges du plain-chant. Nos nerfs se sont aventurés, acclimatés dans la région où les impressions les plus séduisantes leur servent de pain quotidien. Dès lors on s’explique aisément que tant de personnes comprennent mal & n'apprécient guère le chant d’église. C’est difficile, disent-elles ! Est-ce donc que, pour exécuter la musique, il suffise d’émettre des sons sur un diapason plus ou moins élevé, en observant uniquement les crescendo ou decrescendo?
11 y a vraiment plus de gens qui chantent qu’il n’y en a qui le sachent bien faire. « Les uns chantent de la gorge ou du nez, d’autres comme s’ils râlaient ou s’ils étaient bâillonnés. Beaucoup chantent, parce qu’ils s’imaginent que pour bien chanter il ne s’agit que de crier fort 1 . » Ce n’était pas l’avis de saint Ambroise ; les pères du VI Concile général de l’Eglise étaient bien du sentiment du grand & saint Dofteur. « Ipsum vocis sonum libret modestia, ne cujusquam offendat vox fortior. Denique in ipso canendi généré prima disciplina verecundia est » ; la modestie, une certaine pudeur : voilà la première règle du chant 2 . Les vociférations & les clameurs sont hors de propos : « Eos qui in Ecclesiis ad psallendum accedunt, volumus nec inordinatis vociferantibus uti, nec naturam ad clamorem urgere... sed cum magna attentione & devotione Psalmodias Deo, qui est occultorum inspeétor, offerre 3 ». 11 ne suffit pas davantage, selon l’expression de Viétor de Laprade, de posséder « un gosier à roucoulades ou d'être un jongleur en musique 1 . »
Chanter est un art compliqué ; en outre des aptitudes organiques & physiques, il suppose de profondes connais*
1 Diâtiortn.
de la Couver sa lion, Chant.
2 S. Ambr., de Officiis, c.
3 VI Concil. gener.jCan.73.
4 Le Correspondant, avril 1S66.