‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 40 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

recherches ont ouvert la voie, & nous pouvons affirmer que nous possédons la clef d’une bonne exécution,

Ne négligeons pas de profiter des découvertes récentes ; si nous ne le faisons ni pour Dieu ni par respeft de ses temples, que ce soit au moins par déférence pour nos auditeurs, parmi lesquels s’est glissé peut-être quelque artiste, ou pour sauvegarder notre propre dignité. Nous devons avoir à cœur de nous préparer & de nous préparer sérieusement : Deus non irridetur. Pour le théâtre on ne néglige rien. Je sais en vérité qu'on consacre beaucoup à préparer la musique ; qu’on en fasse autant poui le plain-chant qui a plus lieu de cité à 1 eglise que tout le reste. On sait les exigences des maîtres du théâtre. Ceux qui s’occupent de la question auront lu sans doute l'histoire des musiciens, & à personne n’aura échappé la brutalité légendaire du fameux Lully, ce grand maître de la cour de Louis XIV. A son arrivée d’Italie, le futur maestro débuta comme marmiton ; c’est très occasionellement qu’il dévoila les principes musicaux reçus d’un * m, chaud, religieux franciscain à Florence, sa ville natale L Dans un DiSiionn. bio- p rem j er mouvement de colère, Lully brisait sur le dos du grapK Lul,y ’ musicien l’instrument qui jouait faux; un jour il frappa d’un coup de pied M"* Le Rochois, que sa marche lente avait mise en retard pour le début d une exécution.

Dans l’église de Dieu, pendant de longs siècles, on ne trouva pas que ce fut s’abaisser & se rapetisser que de préparer les chants qu’il fallait exécuter ensuite. Le pape saint Grégoire, nonobstant les multiples obligations de la charge pontificale, & jusque dans une vieillesse fort avancée, enseignait le chant dans les écoles qu il avait * Modem fondées, « but tôok part in the teaching in them 2 . » Des M usic. Hul- rois, tels que Charlemagne, Alphonse le Grand d'Espagne, LAH ' Jean 11 de Portugal, ont-ils perdu de leur prestige pour s etre

occupés d’une question si importante du culte catholique?

DOUTES ET OBJECTIONS 97

Comme Jean II, quoique d’un âge fort avancé, préparait ainsi la célébration des saints offices, un de ses ministres crut devoir l’en reprendre comme d’une perte de temps : « Allez, lui dit le roi, allez à Socrate, il vous répondra pour moi ». Socrate étudiait en effet le chant, étant déjà sexagénaire ; ses amis lui en faisant le reproche : « N'avezvous pas honte à votre âge de vous adonner à cette étude : Numquid non verecundaris in seneftute, his operam dare studiisr » le philosophe repartit : « Il y a plus de honte à demeurer ignorant qu a étudier dans la vieillesse : Majorem verecundiam esse in seneéfute existere ignorantem, quam in senedute studere 1 . »

Savoir déchiffrer à peu près les notes sur une portée est une connaissance par trop sommaire ; ce n’est guère plus que n'en sait un enfant de quatre ou six ans, à qui 1 on a appris a discerner les lettres de l’alphabet, mais qui en ignore encore le bon agencement; il n’appartient qu’aux muets d’épeler en gesticulant.

La mélodie liturgique possède une phraséologie qu’il n’est plus permis, qu’il ne convient plus à des clercs d’ignorer. Le chant joue un rôle trop important dans la vie sociale comme dans le culte religieux pour qu’un ministre de Dieu s’en puisse désintéresser absolument. Les prêtres sont les délégués de la sainte Église, les chantres nés des louanges divines. « Les lévites-musiciens qui figuraient dans les cérémonies du temple avant d’entrer en charge devaient s’être exercés pendant cinq années, sous la direction de leurs anciens 2 ». Les Hébreux n’avaient que la figure ; nous possédons la réalité. A défaut d’ecclésiastiques, on devrait au moins toujours faire choix de pieux laïcs, pour n’avoir pas à confier cet office, comme il arrive trop souvent, à des gens salariés, dont l’unique culte est celui du vil métal. On ne devrait pas davantage perdre de vue les paroles suivantes du concile d’Aix-la-

1 Plat. 3.

Ethim.

2 Diclionn.

de la Bible. Vigouroux. Chantres.

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