‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 41 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1 Concil.

Aquisgran., cap. 133.

2 Vie de Raymond Lttl- !e, Marius André.

3 Spectil. perfefl., îx, 100.

Chapelle, au temps de Charlemagne : « Taies ad legendum, cantandum & psallendum in Ecclesia constituantur, qui non superbe, sed humiliter débitas Dno laudes persolvant, ac suavitate le&ionis ac melodiæ doftos demulceant, ac minus doétos erudiant, plusque velint in leétione vel cantu populi ædificationem, quam popularem vanissimamque adulationem 1 ».

Le chant est un moyen de sanctification, dont les saints n'ont pas dédaigné l’emploi. Coopérer à la glotification du saint Nom de Dieu par le moyen des cantiques sacrés répond on ne peut mieux au caractère de l'Ordre franciscain. Représentant « la foi, l'exaltation, l’amour, dit Marius André, l'Ordre des Frères-Mineurs frémit des ailes & s’élance vers le ciel sans autre science que l’amour 2 ». Quand le fils de l'Ordre séraphique aura déjà gagné les cœurs & les âmes par ses paroles de feu, empruntant alors les accents de l'amour qu'il symbolise, il chantera l’Amant divin.

C’est pour cela que le Poverello, François, le barde du Seigneur, l’a député près des nations. Oui, François envoie ses Frères par le monde pour prêcher & chanter les louanges de Dieu, ut ïrent simili... per mundum prædicatido et cantando laudes Domini. « Allez, leur recommande-t-il, dites bien : « Nous sommes les troubadours du Seigneur, « & nous ne voulons d’autre récompense que votre péni- « tence vraie, sincère & persévérante : Nos sumus jocula- « tores Domini. » « Que sont en vérité les serviteurs de Dieu sinon ses trouvères, & ses troubadours, ayant pour mission d’exciter le cœur de l’homme & d’y faire naître la joie spirituelle ? Qiiid enitn sunt servi Dei nisi quidam joculatores ejus qui corda bominum erigere debent et movere ad hvtitiam spiritualem 3 ? »

Saint François Solano, le Xavier des Indes occidentales, musicien habile, réussissait à grouper autour d une petite

DOUTES ET OBJECTIONS

chapelle les indigènes du pays des Incas, en leur jouant quelques mélodies sur un violon ; &, quand il jugeait le moment favorable, il leur parlait familièrement de notre Père des deux, de Jésus notre Sauveur, de Marie, notre auguste Mère.

La France entière a connu ce chantre-missionnaire que fut le bienheureux Grignon de Monfort. Nos pères ne nous ont-ils pas répété souvent qu’une mission où l’on ne chante pas des cantiques est une mission compromise ?

« L’art est un autre sacerdoce » a dit Charles Gounod ; le prêtre doit être le plus grand des artistes ; son sacerdoce est de gagner les âmes à Dieu.

S'il est passé le temps où les élèves ecclésiastiques devaient passer des examens sur le chant aussi bien que sur la théologie, sont-ils excusables d'en négliger totalement l’étude? Cfr. Conc. Trid. sess. XXIII, c. 18 de Reform. — Conc. Prov. Mediol. IV. Quæ pertinent ad Sacramentum Ordinis : « Quicumque ecclesiasticum aliquem Ordinem suscepturus est, de eo periculum experimentumve fiat, non solum in literarum scientia, verum etiam in cantus peritia ad Ordinis, quem tune suscipiat, fundiones rite redeque obeundas necessaria. » Voici la dodrine qu’enseigna la théologie : « Ceux-là pèchent, qui par ignorance chantent si mal cê à quoi ils sont tenus qu'ils excitent chez les auditeurs le rire, la dissipation ou l’ennui & leur font perdre l'attention requise aux choses de Dieu 1 . » Chacun au contraire devrait i Navarr avoir à cœur d’acquérir une science si parfaite de la sol- Enebirid. de misation qu’il pût non seulement solfier, mais exécuter °2on '* ^ a piemière vue, sans hésitation, sans effort, une page quelconque de nos graduels ou antiphonaires. Chanter ne devrait pas nous offrir plus de difficulté que de faire une Ieduie courante dans un livre imprimé; celui qui n'en est pas là ne saura jamais qu'aligner des sons, les marteler

IOO

Page 1