‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 42 sur 53 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

1 Confess lib. ix, c. vu.

2 P. F. Marchand O. F. M., Trib., Sacrant., tr. il,p.

il, t. m, sert, i., q. H.

péniblement, ce qui n’est pas chanter. Alors à quoi bon nous mettre entre les mains des livres soigneusement imprimés, si nous ne savons nous en servir? N’accusons pas la facture mélodique : elle n’est pas l'unique cause de difficulté; notre ignorance tient une plus large part. Ce qui peut être vrai dans la masse des fidèles ne l’est qu'en partie chez nous ; ils sont assez rares parmi nos étudiants ceux qui ne pourront jamais franchir ce premier obstacle. Et alors nos offices atteindraient leur triple but : Dieu mieux glorifié, les âmes des fidèles plus édifiées ; nous grandirions nous-mêmes plus promptement, plus efficacement dans cette dévotion & cet esprit du Seigneur, que, selon le vœu de notre Séraphique Père, rien ne doit éteindre en nous.

Le chant ecclésiastique, dit saint Augustin 1 , est en effet une consolation & une exhortation, consolation pour le cœur, exhortation pour tout notre être 2 . Semblable donc à un fluide mystérieux, qui s’inocule en nous sans que nous en ayons conscience, la musique nous absorbe, nous enveloppe du vague de ses sonoiités, nous hypnotise, nous domine jusqu à exercer son aftion physique ou morale sur. tout notre etre comme à notie insu. N cxpiimant par elle-même aucune idée précise, elle laisse l'intelligence dans l’indéfini : mais, reine des sentiments, elle réserve tout son empire pour toucher les cœurs, émouvoir les volontés, quelle apaise, console, excite, soutflant même l’héroïsme.

Mélodie sacrée, jointe aux paroles saintes, la musique les vivifie, leur sert de véhicule pour les insinuer & les faire pénétrer jusque dans le plus intime des cœurs. Par elle & avec elle la prière devient plus véhémente, reçoit par elle une puissance de pénétration d autant plus certaine & efficace qu’elle naîtra sur des lèvres plus pures, ou sera conçue en des cœurs plus embrasés d amour divin.

DOUTES ET OBJECTIONS

IOI

Ht c est pourquoi nous entendons dom Mocquereau nous dire : « On obtiendra toujours une meilleure interprétation avec de belles âmes qu avec l’art le plus consommé tout seul 1 ». De belles âmes peuvent-elles faire défaut dans la famille du séraphin de l AIverne?

1 Art grégorien, D. A.

Mocquereau, O. S. B.

Le chant par tous n’est ni possible, ni convenable.

Si le chant par tous les fidèles est difficile, il n'est ni impossible, ni inconvenant. Les adversaires y voient une difficulté insurmontable, une impossibilité. Sans doute, & ils auraient raison, si tout se passait ainsi qu'ils l'insinuent captieusement, à moins que leur objeétion ne soit motivée par une ignorance impardonnable de ce qui se doit pratiquer. Jamais, diront-ils, vous n'obtiendrez que la foule chante un introït, un graduel, un alléluia avec sa kyrielle sans fin de longs neumes. Bien, bien! Mais, si nos opposants ont étudié un tant soit peu les coutumes antiques de l'Église, ils sauront comme nous que jamais de telles pièces n’ont été confiées à la masse.

Dans la série des morceaux qui composent nos offices, il y en a certains qui sont exécutés par tout le monde, tels les Kyrie, Gloria, Credo, Suntlus , Agnus, & les réponses à l'Évangile, à la Préface, au Paler. Dans nos chapelles, la masse, c’est d’abord toute la communauté, tous les religieux qui peuvent chanter convenablement. Encourageons les personnes pieuses qui fréquentent nos sanctuaires à unir leurs voix, rien de mieux ; mais nous ne pouvons absolument compter sur leur concours ; nous ne faisons pas églises paroissiales.

DOUTES ET OBJECTIONS

1 Didionn.

de la Bible.

Chant.

2 Ùiüionn.

D’autres morceaux étaient réservés à une schola ; tels par exemple l’introït, le graduel qui se chantait à l’ambon, morceau qui tire son nom du fait même qu’on l’exécutait ad gradum , sur les degrés. Quelquefois une seule voix doit réciter, tel Y Alléluia, qu’un seul chantre entonne & poursuit jusqu a la reprise, & alors toute la schola s’unit pour moduler le mélisme. Cet usage fut connu des hébreux; « le peuple prenait part au chant, dit Vigouroux, en répondant aux strophes par le « refrain » ou en poussant des acclamations, terû’âh, Ps. xxxm (xxxn) 2 . 3 ... prises en dehors du texte chanté, telles que l 'Amen ou 1 Alléluia 1 . » — « L’alIeluia, dit ailleurs le même exégète, est comme une sorte d’antienne ajoutée au poème, pour être chantée par tout le chœur des lévites, comme le fait

la multitude des saints dans l’Apocalypse, xix, 1 - 6 2 . » ^

L’idée n’était venue à personne d’exiger de toute la foule de /a Bible • des fidèles une exécution de fait si au-dessus de sa AlleIuia portée.

Les puristes, les amateurs de l’art découvriront une autre argutie. Si vous faites chanter tout le monde, vous n aurez jamais un chant convenable. — Oh ! nous ne prétendons pas non plus faire de nos églises autant de salles de concert, où seuls les professionnels du Conservatoire auront le droit de se faire entendre & admirer. Ne changeons pas le rôle des choses ; l’église est par-dessus tout & avant tout la maison de prière : Domus mea, domus orationis vocabitur . De meme que tous les fidèles sans distinction y ont le droit & le devoir de prier, tous également pourront avoir participation à la célébration des louanges divines ; c’est là un droit inaliénable. « Il est beau qu un art religieux & vraiment divin ne soit pas celui des savants & des habiles, mais celui des petits & 3 Allocution

des humbles, puisque le royaume de Dieu leur est ;/ Sm J ean dc promis : 3 » telle est la pensée de Camille Bellaigue. 1899. ^ StPt *

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