NAZ
3 De siirgularit. Clcricor.
S. Cyprian.
4 S. Cyprian.
ibid.
5 Eccli, ix, 4.
°Synod. burdigal. 1850,
Le chant liturgique à l’unisson doit-il être préféré à toute polyphonie?
1 Gén. du Christian., m p., ch. h. Chateaubriand.
2 Ibid.
D'abord, le chant liturgique est celui qui sied le mieux dans nos rapports avec Dieu. La musique avec ses incessantes variations est loin de répondre au calme de la vraie dévotion. « Partout où il y a variété, il y a distraction *. » L’homme dont les besoins se diveisifient a 1 infini n’a qu’un mot pour prier ; Pater nosier. Le Dieu qu il adore est l’immutabilité par essence ; notre manière de lui rendre un culte doit-elle etre soumise à toutes les fluctuations de notre versatilité ? La monotonie semble elle-même plus conforme à la nature humaine ; l'homme qui est dans la joie comme celui qui est dans l’épreuve n'ont l'un & l'autre qu’une façon d’exprimer ou leur bonheur ou leur douleur : « Diverses raisons peuvent faire couler les larmes ; mais les larmes ont toujours une semblable amertume 2 . »
Depuis notre enfance nous avons coutume d entendre chaque jour le prêtre répéter à l’autel la même mélodie de la Préface ; toutes les générations ont entendu successivement se dérouler ces quelques notes, &, malgré le diie du poète :
L’ennui naquit un jour de l'uniformité,
DOUTES ET OBJECTIONS
personne encore n’a soulevé la moindre plainte ; empruntant une pensée de saint Augustin, ne pourrait-on pas dire que c’est un chant d’une beauté toujours ancienne, toujours nouvelle? Notre foi, une, immuable, a-t-elle donc besoin de changements? Du ix e au xvi e siècle on ne chanta le Credo que sur une mélodie d’une simplicité extrême. « Le peuple ne chante avec plaisir que ce qu’il sait bien, & il ne sait bien que ce qu’il répète fréquemment 1 . »
« Pergolèse, dit Chateaubriand, Pergolèse a déployé dans le Stabat Mater toute la richesse de son art ; mais a-t-il surpassé le simple chant d’église? Il a varié la musique sur chaque strophe, & pourtant le caractère essentiel de la tristesse consiste dans la répétition du même sentiment & pour ainsi dire dans la monotonie de la douleur... Pergolèse a donc méconnu cette vérité qui tient à la théorie des passions, lorsqu'il a voulu que pas un soupir de l ame ne ressemblât au soupir qui l’avait précédé 2 . »
Le chant liturgique est bien véritablement celui qui est le plus en harmonie avec les dispositions humaines; il est calme, toujours égal ; cette monotonie qu’on lui reprochera peut-être est conforme à nos sentiments. Il n’y a que la passion qui ait besoin d’impressions brusques & énervantes ; l’église, elle, n’est point appelée à fomenter les instinds mauvais ; son rôle est de moraliser. La simplicité, la sobriété d’une phrase musicale ne constituent pas un défaut ; loin de là. « Plus on approche de la nature, plus on approche du beau & du parfait : & une musique simple approche plus de la nature, elle imite mieux la voix naturelle de l’homme, elle peint mieux ses passions ; elle va plus au cœur, elle émeut davantage; en un mot elle produit plus sûrement l’effet propre de la musique, qui est de plaire & de toucher 3 . » Aussi la sainte liturgie
1 Ami du Clergé , n° 50, 1S91.
2 Gén. du Christian ., ni p., ch. 11.
3 D. Calmet, tom. 11. Dissert, sur la musique.
sise.
io 8 CHAPITRE III
qui tolère la polyphonie donne-t-elle ses préférences au plain-chant qu’elle autorise seul, à l'exclusion de tout autre pour certaines parties du divin Office ; encoie a-t-elle soin d’enjoindre l'exécution à l'unisson.
Ne sait-on pas au surplus que notre beau plain-chant n’a pas été composé pour être exécuté à plusieurs parties? Saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Augustin ont parlé avec enthousiasme du chant ; or de leui temps on ne chantait pas autrement qu’à l’unisson. Chanter des morceaux compliqués, c’est obliger 1 assistance a gaidcr le silence, & l'empêcher de mêler sa voix aux chants qui exaltent la gloire de Dieu. Le chant ecclésiastique à l’unisson est vraiment la musique du peuple, musique qui du iv e siècle jusqu’à nos jours a bercé, endormi toutes les douleurs humaines, charmé l’âme du paysan & celle de l’artiste le plus délicat.
Le chant grégorien, certainement le plus apte a édifiei les fidèles, à toucher les cœurs, car c'est une prière, est bien celui qui sied le mieux par son allure austère au style architcftural de nos chapelles, celui qui est le plus en rapport avec notre vie, notre costume & nos habitudes. Chez nous, rien n'invite à la coquetterie; tout doit être simple, modeste, religieux. Et, quand saint François de Paule dira : Min uni sunius, nous devrons ajouter : Et nos minores. La virtuosité des dilettanti n’est donc nullement en rapport avec ce que les foules attendent de nous : « Festivitates Domini et aliorum sanflorum magis bonorantur inopia et paupertate, per quam ipsi cælum ingressi sunt, quant curiositate et superfluitate per quant anima elongatur >. p. Fkan- a cœlo >. » Dieu sera mieux honoré par notre simplicité que Oracul. je tou t e au tre façon. Allons puiser ailleurs que dans une vaine curiosité un aliment pour notre piété, qui trop souvent n’a qu'à perdre dans la dissipation qu'engendre l'exécution ou la préparation de morceaux réputés artistiques.
DOUTES ET OBJECTIONS
La supériorité du chant à l’unisson a été prônée par le fameux Aristote lui-même : Cantilenas solitarias suavius attdire solenms; les cantilènes en solo ont plus de charme pour nos oreilles 1 . Notre Père Pablo Nasarre commentant 1 Aristotel. ce penser du philosophe en complète l'idée : Les chants Prob > sea - ' 9 a 1 unisson sont plus agréables, l’oreille perçoit mieux la 513. ^ douceur des voix, saisit plus distinctement le sens & goûte davantage la suavité de la mélodie. Quand en effet on chante à plusieurs parties, l'attention est retenue par 1 une ou 1 autre, la satisfaction est nécessairement amoindrie. La polyphonie a des avantages à d'autres points de vue, c est possible ; mais elle est sans intérêt pour nous, dès lors que la dissipation de l’esprit éloigne la pensée de Dieu & nous arrache à la prière.
Calvin, 1 héiétique Calvin, bien qu il ne fût point un musicien, savait apprécier le chant à l'unisson, il n’en voulait pas d'autre; non pas, écrit D. Douen, « non 1 unisson cahoteux, faux, pitoyable des églises où l’on pi étend chanter sans s être occupé jamais de musique ; moins encore 1 unisson maigre & presque scandaleux des huit ou dix voix d’une église de ville, dont la grande majorité des fidèles dédaignent de chanter. Calvin voulait que tous chantassent & chantassent bien, & pour cela apprissent à chanter 8 . » C'est le même qui disait : « Les 2 Eneyehp. chants & mélodies, qui sont composés pour le plaisir des des scieni:es re ~ 01 eilies seulement, comme sont tous les fringots & f/lIchtenfredons de la papisterie, & tout ce qu’ils appellent BERGER musique rompue & chants à quatre parties, ne conviennent nullement a la majesté de l’Église, & ne se peut faire qu'ils ne déplaisent grandement à Dieu 3 . » C’est la 3 , d , bid critique d un hérésiarque, il est vrai, hélas ! trop souvent Chantd’Église. juste & méritée.
Gardons-nous donc de croire que le temps mis à chanter serait mieux employé à réciter nos prières à voix