‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 48 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1 Dulionn de la conversât Chant.

le goût de la moitié du xvm e siècle ; il fallait alors, pour être bon chanteur,

Traîner en longs fredons une voix glapissante, Chevroter, prodiguer le port des voix*.

On donne la raison de cette façon de traiter le chant d'église : la piété le veut ainsi. Des jansénistes fervents furent sans doute les inspirateurs de cette méthode. Plus le jour est solennel, plus il faut allonger, comme si par exemple un jour de Pâques, pour etre bien entendu du ciel, il était nécessaire de passer vingt minutes à réciter le même Pater noster, qu'un vendredi de carême on marmotterait en un rien de temps. Devra-t-on aussi bien proportionner la façon de débiter un sermon à la solennité du jour, de telle sorte qu'en un jour de grande fête on comptât pour ainsi dire ses paroles? Ita amputare et velut 5 Quintiluan. aunumerare syllabas uiolestuiii et otiosuin est

Eh! oui, ajoutera-t-on, il faut bien distinguer les notes, il fout les marteler. Or écoutez le pourquoi : Elles sont carrées. Merveilleuse explication! Les notes sont carrées, séparées les unes des autres, il faut les marteler fortement. Qui se serait jamais imaginé qu'un compositeur qui fait gagner les éditeurs pouvait découvrir un parce que si convainquant? Dans nos livres imprimés les lettres ne se touchent pas non plus, faudra-t-il donc les épeler aussi ?

De tels raisonnements prouvent uniquement que ceux qui s'en servent n'ont pas la première notion de la composition & de la structure mélodiques. « La gravité dans le chant consiste surtout dans le rythme & dans les 3 Art h P auses ûien observées. La gravedad y seriedad en el canto ilano . cantar, consiste en la proporcion ya dicha y en las media- Don Fr. Mar- c j ones 3. » Le rythme est de l'essence de toute musique; Madrid NAVAS sans rythme il n’y a pas de chant possible. Le rythme

DOUTES ET OBJECTIONS I I s

existe & doit se trouver en toutes choses ; il est un besoin de la nature, & Ton peut dire que l'univers entier se balance selon le mouvement de cadences rythmiques.

Le rythme musical régularise en nous le mouvement & opère, pour l’esprit & le cœur, même pour le corps, ce qu’opère pour le corps le sommeil qui rétablit, dans sa plénitude & son calme, le rythme des battements du cœur, de la circulation du sang & des soulèvements de la poitrine *. » ^.Gratry,

Dans une mélodie on doit retrouver l’équilibre & la Jes S° urce5 > c ^' juste proportion. Ainsi que dans le langage il y a dans le chant des coupes logiques ; l'union qui relie les mots dans les phrases doit relier également les notes & les neumes. C’est sur cela que se basaient sans doute les anciens qui ont émis cette règle si importante : Cantabis sicut pronuntiaveris . Un bon chantre ne doit pas oublier que les mélodies ont des divisions quasi métriques, qui leur donnent 1 aspeft de vers, quasi versus , de sorte qu’en chantant on ait l’air de scander, Scepe ita canimus ut quasi versus pedibus scandere videamur 2 Mèiod. gré-

Soit, continuera tel autre. Dans nos graduels & anti- 8 or -> ch * x,n > phonaires nous avons diverses formes graphiques ; or nos PoTM,ER anciens nous ont enseigné à distinguer, à varier la valeur.

En quel siècle ont-ils vécu, vos anciens? au xvi e ou au xvn e ?

Le plain-chant était connu avant cette époque, vous n’en doutez point. Ignoreriez-vous par hasard que la forme matérielle n est que pour 1 œil, & que la mélodie n’est pas plus esclave du nom & de la forme extérieure des notes que le langage humain n’est soumis aux lettres de 1 alphabet? Les notes ainsi que les signes alphabétiques nous servent à traduire extérieurement nos pensées mélodiques ou autres, afin de les transmettre à ceux qui n ont pas entendu notre voix ; rien de plus : l’art phonétique est moins créé pour l’œil que pour l’oreille. Les

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