‹ Le chant dans l'Ordre séraphiqueChapitre 49 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1 S. IsiDOR.

H isp., de Musica, cap. xv.

2 Mélanges tome IV, L Veuillot.

sons ne sont point une chose sensible qui se puisse tracer sur le papier : Quorum (Musarum) soinis quia insensibilis res est prœterfuit in præteritum tempus; imprimiturque memoriæ, inde a poetis Jovis et Memoriæ filias Musas esse confiftum est. Nisi enirn ab bomine memoria retineantur soui, pereunt, quia scribi non possuut 1 .

C'est là ce que nous constatons tous les jours ; chaque peuple, chaque ville, chaque village a son intonation spéciale, ce que l’on peut appeler sa musique à lui. Dans certains pays surtout, le langage même du peuple est comme une mélodie inimitable, & les indigènes reconnaissent à cela ceux qui ne sont pas de l'endroit, quelle que soit leur perfection d’élocution, à moins qu'ils n aient séjourné de très nombreuses années. Les figures graphiques ne suffisent pas à fixer les sons ni la manière de les énoncer; en effet une même lettre de l'alphabet, identiquement la même, sonnera tout différemment sur les lèvres d'un français, d'un allemand, d'un espagnol ou d'un italien. Que l'on compare comment ces divers peuples prononcent J par exemple, dans : Jean, John, Joannes, Juan. En musique les signes n ont pas toujours été ce qu'ils sont ; les Grecs encore de nos jours n'écrivent pas comme les Latins.

Quiconque possède la moindre notion de paléographie musicale n'a pas besoin de plus amples arguments. La musique & le plain-chant ne sont point au leste une « froide & sèche combinaison de sons, pas plus que la poésie, dit L. Veuillot, n’est une combinaison de voyelles & de consonnes 2 ».

Sommes-nous en mesure de donner au peuple la musique qu’il aime?

Le peuple préfère la musique à tout le reste : voilà l'affirmation qu'opposent bien des gens. En admettant que cela soit réellement exaCt, pouvons-nous nous flatter, nous, que pour l’ordinaire nous soyons en mesure de donner satisfaction à cette attente ou à ce désir vrais ou supposés?

Nos étudiants n’ont point en général la prétention d’être des virtuoses émérites. S’ils désiraient le devenir, avouons que leur présomption serait des plus téméraires; atteindraient-ils le but? Nous avons peine à le penser, encore plus à le croire. Ce n'est pas que nous ne les supposions suffisamment doués : labor improbus omnia vincit. Mais, abstraction faite de quelques exceptions excessivement rares, ceux qui ont pour mission de les instruire ne sont point élèves, sortis premiers d'un conservatoire quelconque. Certains auront du goût, de l’aptitude ; chez quelques-uns il y aura peut-être une étincelle de génie qui, à son heure, leur eût assuré une supériorité indéniable; mais au demeurant il y en a fort peu qui aient reçu une éducation musicale assez complète, assez parfaite pour leur permettre d’enseigner le grand art de chanter.

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