CHAPITRE I
De toutes ses compositions, le Cantique du Soleil était celle que saint François préférait. « 11 s’esjouissait fort, dit la Chronique, quand il le voyait chanter avec grâce & ferveur, car l’oyant il eslevait merveilleusement son esprit en Dieu. » En des jours de trouble, qui mirent Assise en révolution, 1 eveque étant en opposition avec la puissance civile, François qui était demeuré pacifique envoya ses frères chanter aux portes du palais épiscopal & devant les maisons des magistrats :
Laudato sia mio Signore
Per quelli que perdonano per lo tuo amore.
« Loué soit mon Seigneur pour ceux qui pardonnent pour ton amour. » Et de bonne heure ce chant fut répandu & connu de la Péninsule toute entière.
Ce n’est pas le seul cantique que diâa notre Père ; il en composa plusieurs autres. La tradition prétend qu il en dédia un certain nombre à Claire, sa première fille spirituelle. B. Francisais fecit etiam quædam sanfla verba ctini cantn pro consolatione et aedificattone paupemtn Domi - 1 spec. per - narum { .
feCt. Q e touchants épisodes nous prouvent encore la prédi-
leétion de saint François pour la musique. Un jour que l’homme de Dieu voyageait a travers les marais de Venise, il y rencontra une foule innombrable d oiseaux occupes à chanter les louanges de leur Créateur, au milieu d épaisses broussailles. « Nos frères les oiseaux, dit-il à son compagnon, louent le Seigneur; allons nous placer au milieu d’eux ; nous joindrons nos louanges aux leurs & nous chanterons l’office de l’Église ; a 1 approche de ces étrangers, les oiseaux, nullement effarouchés, continuèrent sans crainte leur gai ramage. Les deux voyageurs ayant peine à s’entendre, le saint leur dit : « Mes frères les oiseaux,
HISTOIRE
suspendez vos chants, jusqu’à ce que nous ayons, de notre côté, rendu à Dieu l’hommage que nous lui devons. » Et les oiseaux se turent, jusqu’à ce que François leur eut de nouveau donné la permission de chanter.
C’est peut-être à ce Eût qu’un panégyriste anonyme, contemporain du pape Alexandre IV, veut faire allusion, quand il dit : Legitur enim de ipso (B. Francisco) quod, cum transir et de loco ad toc uni et inveniret in quodatn campo militas aves cantantes, et in cantu suo magnam melodiam facientes, et ipse præcepit eis ut lacèrent, et incontinenti omîtes tacuerunt; postea præcepit eis (ut) cantiim simm résumer eut et resimpserunt ] .
A Sainte-Marie de la Portioncule il y avait, sur un figuier voisin de la cellule du serviteur de Dieu, une cigale occupée à chanter. Le saint, ayant accoutumé d’admirer la magnificence du Créateur dans les plus petites choses, se sentait excité par ses chants à célébrer plus fréquemment les louanges de son Sauveur. Sur l’invitation du saint, la cigale vint un jour se placer sur sa main. François l’exhorta en ces termes : « Ma sœur la cigale, fais-nous entendre tes chants & loue ton Créateur par des accents de joie. » La voilà de chanter, ne s’arrêtant que sur l’ordre que lui enjoignit l’homme de Dieu. Huit jours durant, elle vint ainsi chaque matin écouter les ordres du bienheureux, faisant entendre ses modulations après en avoir obtenu la permission. Enfin le saint dit à son compagnon : « Il est temps de donner congé à notre sœur la cigale ; elle nous a assez réjouis par ses chants ; il y a huit jours qu’elle nous excite à célébrer les louanges du Seigneur. » Et la cigale prit aussitôt son essor 2 .
Les alouettes, raconte ailleurs saint Bonaventure, les alouettes amies de la lumière, & qui ont en aversion les ténèbres mêmes du crépuscule, s'en vinrent en grand nombre sur le toit de notre maison, au moment où le
1 Biblioth.
de Bordeaux, mss. 402, f.
244, XIII, SermoinB. Franc.
2 Lcg. S.
Franc, a S.
Bonav.