CHAPITRE
1 Leg. S.
Franc.
2 Pomérium sermon, a. F.
Pelbarto de Themezvar O.
3 Poètesfrancise. } Ozanam.
4 Idem, ibid.
saint abandonnait la terre & alors que la nuit était presque fermée. Là, pendant longtemps, elles firent entendre leurs chants avec une allégresse extraordinaire, rendant un témoignage aussi éclatant que délicieux a la gloire d un homme qui avait coutume de les inviter à célébrer les louanges du Créateur 1 .
A l’heure du trépas du B. François, une grande multitude d’oiseaux descendit, voleta durant toute la nuit audessus du toit du couvent, chantant avec une allégresse extraordinaire. Hora transit us B. Francisci per ipsam totam noiïem magna niultitudo aviiini supra teâlum domus rotando cum insolita jubilatione cantavii 2 .
François, touchant à la fin de sa carrière, accablé sous le poids de ses travaux & de ses austérités, François, cet homme si détaché de toutes les consolations de la terre, souhaita vivement d’entendre un peu de musique, pour réveiller la joie de son esprit. La nuit suivante, alors qu’il veillait & méditait, il entendit tout a coup le son d'un luth d’une merveilleuse harmonie & d’une mélodie très douce. On ne voyait personne ; mais aux nuances du son qui s’éloignait ou se rapprochait on croyait reconnaître la marche d’un musicien allant & venant devant les fenêtres. Le saint ravi en Dieu fut si pénétré de la douceur de ses accords qu’il crut un instant avoir passé à une vie meilleure. Non videbatur aliquis ; sed transitant et redituin citbarœdi, ipsa bine inde auditas volubilitas innuebat 3 .
Les Saints, à l’encontre de la généralité des hommes, loin d’envisager la mort avec frayeur, la désirent, l’appellent de tous leurs vœux & la voient venir sans crainte. François donc, qui toute sa vie emprunta a la musique ses plus doux accords, sentant que sa dernière heure approchait v , fit venir près de sa couche mortuaire les frères Ange & Léon, les priant de lui chanter le cantique du Soleil : Ergo, si placet Domino meo ut debeam
HISTOIRE
cito tnori, voca mïbi fratrem Angelum et fratrem Leonem ut cantent mïbi de sorore morte 1 . Les deux frères vinrent en effet ; malgré la tristesse & la profonde douleur qui angoissaient leurs âmes, ils obéirent à la prière du Patriarche mourant, & lui chantèrent le Cantique du Soleil. Quand ils furent à l’avant-dernier verset, François les interrompit & composa la strophe suivante :
Laudato sia, mio Signore, per suor nostra morte
Corporale da la quale nullo homo puo scampare.
Guai a quelli che more in peccato mortale 2 .
Loué soit mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle, à laquelle nul homme ne saurait échapper ! Malheur à ceux qui meurent en état de péché mortel !
L’auteur de la légende manuscrite qu’on lit au Bréviaire de la Bibliothèque royale de Naples relate également que notre Père mourant fit venir Fr. Léon & Fr. Ange, qui lui étaient chers entre tous, inter omnes sibi carissimi, prœcepitque eis de transita sic vicino laudes alacriter Domino decaniare. Ipse vero prout potuit in bunc psalmum prorupit : Voce mea ad Dominum clamavi 3 . Saint François leur ordonna de chanter les louanges du Seigneur & luimême commença le psaume : l^oce mea.
1 Spec. perf.
xm, 123.
2 Spec. perfeft.
3 Mss. VI, E,
20, XIII. Bibl.
royale, Naples.
-ase-
Le chant en usage dans l’Ordre dès le commencement.
Lorsqu’au xm c siècle parut saint François, l'Eglise avait des coutumes invétérées; sa liturgie bien établie était riche en mélodies pieuses & saintes. Le saint fondateur, que le souverain Pontife Honorius 111 avait vu en reve soutenant le Latran qui chancelait, François à qui le Seigneur venait d'enjoindre cet ordre : « Va, répare ma maison, qui tombe en ruine, » François ne crut pas qu’il lui appartenait de rien retrancher à ce qui fait l'ornement de l’édifice sacré. Le chant était une pierre trop précieuse à ses yeux pour qu’il osât la détacher du temple de l’Éternel.
Lorsqu’au contraire il donnera un nom à son Ordre naissant, il appellera ses frères : Mineurs, c’est-à-dire les plus petits entre tous ; mais, afin que, leurs vertus brillant d'un plus vif éclat, leur vie soit plus en harmonie avec celle du divin Modèle, & pour que leur sainteté forme comme un concert devant Dieu : tous devront joindre leurs voix à celles des s,luges; tous s'uniront pour chanter le laits perennis que la piété des siècles passés a entonné à l’honneur du Nom à jamais béni du Maître des cieux & de la terre.
Poète, artiste, héraut de Dieu, admirateur de tout ce qui est beau, François ne trouve point que le chant soit
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de trop, quand il s’agit de glorifier le Saint des saints, le Seigneur des seigneurs. Dès les premiers jours on commença donc à chanter l’office divin dans l’Ordre des Frères-Mineurs.
Il y avait à Notre-Dame-des-Anges, raconte saint Bonaventure, une petite brebis, dont on avait fait présent aux Frères; celle-ci, dès qu’elle entendait les Religieux chanter au chœur , accourait d’elle-même à l’Église 1 .
Le séraphique Patriarche ne dédaignait pas de prendre aussi sa place au lutrin. Il arriva, continue notre saint Dofteur, que, la troisième année avant sa mort, François, désirant célébrer avec toute la solennité possible la Nativité de l'Enfant Jésus, ayant obtenu l’autorisation du Souverain Pontife, fit tout préparer dans le petit bourg de Greccio. Les Frères furent convoqués, la foule accourut, la forêt retentit de cantiques, & cette nuit vénérable devint toute mélodieuse de chants, toute resplendissante de lumières... La messe fut célébrée, François, comme diacre, y chanta le saint Évangile 2 .
Dès 1230, au Chapitre général d’Assise, il fut statué qu’on enverrait dans toutes les provinces des bréviaires & des antiphonaires, breviaria et antiphonaria secundum ordinem provine iis sunt transmissa 3 .
Thomas d’Eccleston, à son retour d’Italie, raconta publiquement devant la communauté assemblée de Londres qu’étant à Assise il avait entendu chanter en présence du pape Grégoire IX l’office de N. P. saint François : Hune santtus prœelegerat L
Le codex 338 de la bibliothèque municipale d’Assise, qui débute par ces mots : Incipiunt Ordinationes divini Officii, contient cette rubrique : In sanâto Antonio legaiur de legenda sua, et cantatur ystoria. Le manuscrit est, il est vrai, du xiv e siècle, mais, d’après les éditeurs de Quaracchi & le P. Ehrle, S. J., au tom. VI, p. 26-29 de son
1 Leg. S.
Franc, a S.
Bonav.
2 Leg. S.
Franc.
3 Wadd., A.
D. 1 230, n. xvi.
Glassberger, p. 50.
4 Chron.
XXIV Gener., p. 251.