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LE VIN DE LA HAINE

O soldats, travailleurs de la grande fournaise

Où se brassent, dans la gloire et dans la douleur,

Les destins nouveaux de la terre, de vos cœurs

Arrachez la pitié comme une herbe mauvaise !

Plus tard, l'on verra...; mais, pour l'heure,

Sachez bien que ne point haïr

Est aussi lâche, aussi infâme que trahir !

Buvez-le donc à grands verres, le vin sacré,

Le vin de flamme de la Haine !

Buvez jusqu'à vous enivrer,

Buvez jusqu'à ce que votre bouche et vos veines

En soient pleines,

Ne puissent plus en contenir !

N'écoutez pas ceux qui voudraient vous retenir

D'en boire à votre soif: jamais vous n'en boirez

Assez, car jamais vous ne haïrez

Assez nos ennemis pour toutes les souffrances

Dont ils ont torturé Notre Mère, la France !

Jamais assez, et pour nos villages brûlés.

Et pour nos enfants mutilés.

Et pour nos femmes et nos filles violées,

Jamais assez vous ne les haïrez !

Soldats, buvez, buvez le vin sacré !

Buvez, Soldats, buvez ! la Haine est aussi forte,

Aussi belle et aussi féconde que l'Amour !

Elle enrichit et accomplit l'Amour,

Et elle est, comme lui, plus forte,

Que le sépulcre et que la Mort !

Le Salut aux Alliés

Tambours, battez ; clairons, sonnez le Ban !

Tambours, battez au-dessus des vallons,

Clairons, sonnez au-dessus des collines.

Battez dans les forêts, sonnez dans les sillons,

Et parmi les tombeaux et parmi les ruines,

Tambours, battez, battez : sonnez, sonnez, clairons !

Dans le vent et contre le vent,

Sur les villes et les villages,

Pour les morts et pour les vivants,

Parmi la flamme et le carnage,

Domptant le fracas des orages

Et le tonnerre des canons,

Battez, tambours, sonnez, clairons,

Le Ban des Libres Nations !

Tambours, battez ; clairons, sonnez le Ban !

l4 LE CHANT DU RENOUVEAU

Battez, tambours ; clairons, sonnez d'abord

Vers le Nord !

Pour notre sœur martyre, l'héroïque

Et trois fois glorieuse et sublime Belgique

Et pour sa Reine et pour son Roi,

Purs et loyaux, nobles et droits,

Que l'univers entier aime, admire et honore,

Sonnez, clairons, tambours, battez d'abord !

Et ensuite pour l'Angleterre,

Pour notre sœur dont la parole est d'or

Et la main est de fer,

Battez, tambours, clairons, sonnez encor !

Pour l'inébranlable et forte Angleterre,

Pour la Souveraine des mers,

Clairons, tambours, sonnez et battez sur la mer !

Tambours, battez, clairons, sonnez aussi

Pour notre sœur, la grande et fidèle Russie.

Clairons, sonnez, tambours, battez aussi

Pour le Tsar et pour la Russie !

LE SALUT AUX ALLIÉS l5

Et pour notre sœur la Serbie,

Que nul des assauts acharnés qu'elle a subis

N'a pu vaincre et que ne vaincra

Nul de ceux qu'elle subira,

Battez, tambours, clairons, sonnez pour la Serbie !

Et sonnez très haut et battez très fort,

Plus haut encor et plus fort encor,

Afin qu'à travers la mystérieuse Asie,

Votre voix, franchissant les plaines et les monts,

Lui parvienne ; battez, tambours, sonnez, clairons,

Pour notre frère en bravoure et en courtoisie,

Pour notre frère le Japon !

Et puis, battez, tambours, et puis, sonnez, clairons,

Pour notre sœur bien-aimée au beau front

Couronné de lumière, au lumineux génie

Éternellement jeune et fécond,

Battez, tambours, sonnez, clairons, pour l'Italie !

Est-il quelqu'un chez nous qui se fût réjoui,

Dans le cœur de son cœur,

Que nous fussions vainqueurs

Sans qu'elle ait eu sa part à boire

l6: LE CHANT DU RENOUVEAU

Au hanap d'or de la Victoire ?

Clairons, sonnez, tambours, battez pour l'Italie !

Et battez et sonnez pour toutes les patries

Par l'injustice et la force meurtries !

Battez, sonnez pour nos deux sœurs unies,

Après tant et tant de souffrances,

Dans le même élan d'espérance,

Tambours, clairons, pour la Pologne et l'Arménie,

Battez, sonnez le Ban de Délivrance !

Enfin, enfin, sonnez, clairons, battez, tambours,

Pour celle qui mérite tout amour,

Pour celle qui, si radieuses et si belles

Que soient les autres nations, sera toujours

A nos yeux la plus radieuse et la plus belle !

Pour celle que nos alliés et bons amis

D'aujourd'hui, les Anglais, nommaient jadis

Si galamment leur « très douce ennemie » ;

Pour la Terre de la Justice et de la Loi,

De la claire Raison et de la saine Joie !

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