DES RESPIRATIONS FACULTATIVES
Les respirations dont nous avons donné les règles au chapitre précédent ont un caractère obligatoire ; en les fixant comme il a été prescrit et en tenant compte des exceptions énoncées, on est toujours sûr de rester dans la correction la plus absolue. Malheureusement la voix humaine est limitée en ce qui concerne la durée du souffle qui la
* Publié avec l’autorisation de M. Gallet.
fait vivre, et assez souvent, les respirations que nous avons édictées ne suffisent pas au chanteur pour lui permettre de reprendre haleine.
Il faut donc de toute nécessité en trouver d’autres, ce sont celles-là que nous appelons respirations facultatives. Elles sont toujours le résultat d’une impuissance; comme telles elles doivent être dissimulées le plus possible; en outre, toutes les fois qu’on pourra les supprimer, sans nuire à la tenue de la phrase, il ne faudra pas hésiter à le faire.
A ce sujet je demande à mes lecteurs la permission de présenter une observation importante. Certains professeurs (je parle surtout de ceux qui, ayant chanté au théâtre, ont poussé leur carrière jusqu’à un âge où leurs moyens vocaux avaient subi une forte baisse), certains professeurs, dis-je, prétendent que la place des respirations n’a aucune importance, qu’au théâtre on respire où on veut et où on peut, que le public ne s’en aperçoit pas, etc., etc. Par suite ils s’inquiètent fort peu de ce que peuvent faire les élèves à cet égard et leur permettent de respirer n’importe à quel moment, tout simplement quand ils en ont besoin, sans s’occuper de la ponctuation ni de quoi que ce soit et sans s’inquiéter si la phrase musicale est coupée ou non 1 . Comme ils ont fait cela eux-mêmes fréquemment au déclin de leur carrière, lorsqu’ils étaient devenus poussifs (et même quelquefois à leurs débuts), ils ne se sont pas aperçus qu’il y avait là un vice, et, remplis d’indulgence pour leurs propres faiblesses, ils ont pris le défaut pour une qualité. Par suite, les uns laissent faire et les autres font faire , ce qui est plus grave.
Il est indispensable de dissiper l’illusion de ceux qui croient que l’auditeur ne perçoit pas les respirations multipliées outre mesure ou bien mises à la diable, n’importe où. Au contraire, je ne saurais trop recommander aux jeunes de ne pas se livrer aux fantaisies respiratoires qu’ont coutume
1. Je dois dire que dans l’école italienne on se livrait à cos pratiques avec une désinvolture sans pareille. Je dis se livrait et non se livre , car aujourd’hui en Italie tout cela est bien changé. On a marché depuis cette époque.
PRONONCIATION
ARTICULATION
d’étaler les chanteurs fatigués. Sans tomber dans une exagération qui serait absurde comme toutes les choses extrêmes, ils doivent de bonne heure s’habituer à ne couper les phrases que le moins possible.
C’est en s’exerçant dans ce sens-là qu’ils arriveront peu à peu, par une sorte d’entraînement progressif, à augmenter la durée de leur souffle et surtout qu’ils acquerront l’art si difficile et si important de le dépenser judicieusement. C’est là, en effet, le grand secret de la tenue de la voix.
Plus tard, lorsqu’ils seront au déclin de leur carrière, plus ou moins usés, plus ou moins vidés (comme l’on dit dans Targot du théâtre), il sera toujours temps de se livrer aux douceurs de « faire comme l’on peut et non pas comme l’on veut ». A ce moment-là, ils auront d’autres qualités artistiques que l’expérience et une aspiration profonde vers l’idéal leur auront données. C’est en considération de celles qu’ils nous montreront, qu’on leur pardonnera quelques défaillances seulement excusables en cas de nécessité absolue et qu’on aura une certaine indulgence si on les voit quelque peu cultiver l’art d’accommoder les restes.
Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il y a des cas où la nécessité absolue force le chanteur à couper la phrase.
Nous allons examiner comment il faut s’y prendre pour déterminer l’endroit où cette coupure est le moins défectueuse.
En principe , il faut autant que possible ne pas séparer les mots qui , accolés , forment un sens fini. Au contraire on peut sans trop d'inconvénient en détacher les incidences , de quelque nature qu’elles soient.
Ainsi si nous prenons une phrase réduite à sa plus simple expression, une phrase squelette, nous verrons qu’elle se compose d’un sujet, d’un verbe et d’un complément (direct ou indirect suivant que le verbe est actif ou neutre) ou bien encore d’un sujet, du verbe être et d’un attribut.
Exemples :