H A M L ET (AMBROISE THOMAS
Il s’agit encore ici d’une respiration nécessitée par un effet instrumental. Il est clair que si l’on voulait dire tout le membre de phrase sans respirer, les deux notes sol et si \> qui sont à la fin manqueraient absolument d’éclat. Or
PRONONCIATION
ARTICULATION
il faut remarquer que le passage en question constitue la terminaison d’un duo très développé entre Hamlet et Ophélie et qu’il serait déplorable qu’un morceau de cette importance finisse, au point de vue de la sonorité, en queue de morue, (comme l’on dit vulgairement).
Ambroise Thomas, ordinairement très soigneux en ce qui touche la correction, a sans doute pensé qu’à cet endroit les mots n’avaient pour ainsi dire plus d’importance et pouvaient être sacrifiés à l’effet de sonorité, que du reste on les avait déjà entendus plusieurs fois dans les mesures précédentes et que par conséquent il n’y aurait que demimal si l’on était obligé de les estropier un peu. Aussi, prenant bravement son parti, a-t-il indiqué la respiration par un silence formel afin de couper court aux scrupules des exécutants. Malgré les circonstances atténuantes développées plus haut, j’avoue que je suis toujours un peu choqué quand j’entends exécuter ce passage de cette façon. Je m’incline, mais je n’admire pas.
Avec l’exemple qu’on trouvera plus loin, nous entrons dans une catégorie particulière de respirations; ce sont celles qui coupent un mot par le milieu. A notre époque elles nous paraissent une hérésie monumentale; mais, comme je l’ai déjà fait observer dans le courant de cette étude, ce procédé était très fréquent au moyen âge (témoin le plainchant) et s’est continué par la musique sacrée jusqu’à nos jours. Il y a même relativement peu de temps qu’on n’en voit plus trace dans les compositions musicales profanes, telles que les opéras, les drames lyriques ou bien les simples mélodies de salon. Je n’ai pas besoin de dire que dans toute la musique moderne, ce genre de respirations doit être rigoureusement proscrit et que, même quand il s’agit d’interpréter la musique ancienne, on ne doit s’en servir qu’en cas de nécessité absolue, comme dans le passage que nous citons :
JUDAS MACHABEE IHAF.XDEL)
très chante.ruiit
Il me serait très facile de trouver de nombreux exemples analogues dans les œuvres du même auteur, dans la musique sacrée, dans Mozart (Voir le commencement de l’air d’Idoménée) ou bien Rossini et même Verdi. Je puis même citer au besoin le long trait qui se trouve au début de l’air de Mireille (Gounod) sur les mots : Il s'envole.
MIREILLE (ch. GOUNOD) /Ts ^
Peu de chanteuses peuvent l’exécuter d’une seule respiration. Aussi beaucoup d’entre elles ne se gênent pas pour respirer au milieu du mot, les unes dans l’intérieur du trait à arpèges, les autres à la fin des gammes, afin d’avoir tout le souffle possible en commençant le trille. De cette façon, elles peuvent tenir longtemps ce trille, le filer, le diminuer jusqu’au pianissimo, faire un long point d’orgue sur le dernier fa enfin exécuter ainsi un petit tour de force qui fait toujours de l’effet sur les personnes disposées à se pâmer devant les cabrioles instrumentales.
Je concède bien que « qui veut la fin veut les moyens », mais justement le moyen pourrait être meilleur en ce qui concerne ce passage bien connu. Je préfère de beaucoup à la respiration au milieu du mot, la combinaison qui consiste à répéter une deuxième fois les mots il s'envole à l’attaque du trille. De cette manière au moins, la respiration reste correcte.
Nous avons épuisé la série des respirations facultatives. Pour résumer les nombreuses observations que nous avons
PRONONCIATION
ARTICULATION
faites sur cet important sujet, nous ne pouvons mieux faire que de citer l’exemple suivant tiré de la chanson du printemps de la Walkyrie (1 er acte).