LA WALKYRIE (R WAGNER
Et désormais une é . truite ail i aii .ce u .
L’idéal serait évidemment de dire ces huit mesures sans respirer, car la phrase musicale se déroule d’un seul jet et ne peut que perdre à être coupée par une ou plusieurs séparations. Malheureusement la respiration humaine a ses limites et aucun chanteur, si habile ou si bien doué qu’il soit, n’est capable de réaliser l idéal dont nous avons parlé plus haut. Il faut donc faire contre fortune bon cœur et se résigner à pratiquer ces malheureuses séparations. En tout cas, nous devons les multiplier le moins possible, afin de ne pas rompre l’unité de la phrase. Faisons donc la part du feu et, dans ces conditions nouvelles, cherchons les endroits où les respirations seront le moins désagréables.
Nous avons expliqué au commencement de ce chapitre qu’en pareil cas, il faut chercher à ne pas séparer les mots dont la réunion peut former un sens fini. Si nous examinons la phrase de la Walkyrie, nous verrons tout d’abord que la respiration la moins mauvaise sera celle que l’on peut placer après le mot alliance et qui sépare le sujet du verbe (cas n° 1). Cette respiration suffira-t-elle et chacun des membres de phrase ainsi produits peut-il être dit d’une seule haleine, sans solution de continuité? Hélas! non. Résignons-nous donc à pratiquer d’autres séparations.
Il saute aux yeux tout d’abord que, si le premier membre de phrase qui comprend seulement deux mesures peut être
LE CIIANT MODERNE
laissé intact, il n’en est pas de même du second qui en comprend six. C est donc du côté de ce dernier que vont se porter nos recherches.
Nous sommes en présence de ces mots :
unit le printemps à Vamour.
Ici, évidemment, il vaut mieux ne pas séparer les mots unit le printemps qui forment un sens. Par conséquent, s il faut respirer, il faut le faire après le mot printemps et non avant.
Nous nous trouvons donc maintenant avec deux respirations facultatives, l’une après le mot alliance , l’autre après le mot printemps , de sorte que la phrase est divisée en trois tronçons. Je trouve que c’est bien assez et que l’on pourrait s’en tenir là; mais il faut avouer que, même dans ces conditions, l’exécution n’est pas très aisée, au moins en ce qui concerne le membre de phrase unit le printemps. En effet, celui-ci embrasse un peu plus de quatre mesures et surtout contient une tenue de fa qui dépense beaucoup de souffle. N’importe, l’exécution intégrale n’en est pas impossible et dans ce cas l’exécutant doit faire tous ses efforts pour se rapprocher le plus possible de l’idéal rêvé.
J’indiquerai du reste un moyen qui permettra, je crois ; à beaucoup de chanteurs d’éviter une respiration entre les mots unit le printemps. Ce qui rend surtout l’exécution difficile, c’est ceci : ainsi que je l’ai dit quelque part, il est presque impossible de dire coup sur coup deux phrases qui nécessitent chacune une dépense de souffle supérieure à la moyenne des prises d’air ordinaires. Comme on a pris ses précautions, on réussit toujours la première phrase ; mais, les muscles des poumons, se trouvant fatigués par cet effort, ne peuvent le recommencer tout de suite et la 2 e phrase arrive court. C’est justement ce qui se passe pour notre exemple de la Walkyrie. Le premier membre de phrase et désormais une étroite alliance est déjà long et l’on est obligé de respirer à fond pour pouvoir le soutenir en entier. Comme on a
PRONONCIATION
ARTICULATION
très peu de temps pour reprendre haleine et que d’ailleurs, comme je l’ai expliqué plus haut, les poumons sont déjà un peu épuisés, fatalement on se trouve dans l’impossibilité d’aller au bout du 2 e membre de phrase unit le printemps.
Dans ces conditions (et on doit toujours faire de même en pareil cas), il vaut mieux se résigner d’avance à sacrifier un des deux membres de phrase et naturellement on choisit pour cela le moins important. De cette manière on est à peu près sûr de réussir l’autre. Ici, évidemment, le choix est très facile et je n’hésite pas à dire que c’est le premier qui nécessite le moins une tenue absolue 1 . Par conséquent je conseille au chanteur de respirer après le mot désormais. Il arrivera ainsi au mot unit sans être essoufflé et il sera en mesure de. vaincre la difficulté.
Je ne veux pas terminer ce chapitre sans répéter une fois de plus qu’il ne faut en principe se servir des respirations facultatives que quand il y a impossibilité absolue d’aller au bout de la phrase et de lui conserver ainsi l’unité voulue par l’auteur. Cependant il faut dans cette question, avoir du tact et de deux maux savoir choisir le moindre. Rien n’est plus pénible que d’entendre une phrase dont les derniers sons sont étranglés par l’insuffisance du souffle. Par conséquent n’hésitez pas à respirer si vous ne devez arriver, en forçant la nature, qu’à un résultat ridicule et contraire au but poursuivi.
Du reste dans ce cas-là et spécialement en ce qui concerne l’exécution de la phrase de la Walkyrie, le chanteur n’aura qu’à suivre l’excellent conseil que donne Faure :
« Il est indispensable, si l’on veut respirer au milieu d’une phrase musicale, de se rendre un compte exact du timbre, de la qualité et du degré de force donnés au son qui précède cette respiration, afin que le son venant immédiatement après ait le même timbre, la même qualité et le
1. Je remarquerai en outre qu’une séparation pratiquée après le mot désormais permettra d’éviter la liaison peu heureuse qui se trouve entre désormais et unit.
même degré de force, quel que soit l’intervalle séparant les deux notes. De cette façon, la phrase musicale, l’expression, la déclamation n’auront pas à souffrir de cette interruption volontaire ».
Tout commentaire ne pourrait qu’affaiblir la valeur de ces sages préceptes. Nous les livrons aux méditations de nos lecteurs.