DÉSINENCES MUETTES
« Lorsqu elles terminent un membre de phrase ou lorsqu'elles sont suivies d'un signe de ponctuation , d'un signe musical de silence ou dune respiration nécessaire au chanteur, les syllabes muettes sont traitées dans ma traduction à peu près comme dans le langage courant et la déclamation dramatique ordinaire (par contre, l’élision de l’e muet avec une voyelle commençant le mot suivant, quoique fréquente, n’est pas toujours forcée). D’après ces principes, il n’a pas été tenu compte, hors de très rares exceptions, de Ve muet final faisant suite à une autre voyelle. L’e muet que précède une consonne simple n’a pas non plus, dans un grand
nombre de cas, de valeur musicale mesurable. Il arrive même, quoique beaucoup moins souvent, qu’une désinence féminine formée d’un e muet que précèdent deux consonnes n’a pas de note correspondante.
En résumé, on a cru devoir, sous la condition énoncée au commencement de ce paragraphe, user du droit — qui existe sans conditions dans le draine ordinaire — de négliger complètement l’e muet ou de le faire plus ou moins sentir, suivant les cas, afin de restreindre le plus possible l importance illogique que bien des compositeurs lui ont prêtée et de rapprocher ainsi la déclamation française de celle qui donne au drame de Wagner une couleur phonétique si spéciale. Enfin cette déclamation prend par là une allure plus libre, plus énergique, plus résolument dramatique, plus vivante.
En conséquence, les exécutants ne devront donner aucune durée mesurable aux désinences féminines, dans les passages où aucune note ne correspond à ces désinences; si, par exemple, il n’y a que deux notes marquées pour le mot épreuve , l’une sur é, l’autre sur preuve , c’est que le caractère juste de la déclamation demande, en ce passage, que le mot épreuve soit traité comme un dissyllabe : le v final sera nettement entendu, mais il n’y aura pas de durée mesurable pour l’e muet. Si, au-dessus de la syllabe féminine, il y a une note liée à la note précédente, il faudra faire sentir cette syllabe avec la durée (toujours brève) qu’exige la note correspondante, mais en isolant le moins possible cette articulation vocale de l’articulation plus forte qui répond à la précédente syllabe. Si enfin la note qui correspond à la désinence féminine n’est pas liée, cette syllabe se fondra moins avec la précédente, sans pourtant jamais prendre plus d’importance que son rôle logique, toujours secondaire, ne lui en accorde ».
(Ernst. Traduction des Maîtres Chanteurs.)
Cette citation, peut-être un peu longue, nous a paru cependant fort intéressante à mettre en relief. Elle indique d’une manière très précise les idées qui ont cours sur la
DE LA PROSODIE
question dans les milieux modernes. Il est bon que les chanteurs puissent se familiariser avec elles et se tenir au courant des innovations artistiques qui se font jour. Bien entendu, je n’entends pas dire par là que l’on doit adopter aveuglément toutes les nouveautés, mais c’est seulement en les connaissant qu’on peut les examiner, les juger et faire ensuite son profit des progrès accomplis.
De la prosodie.