‹ Le chant moderneChapitre 6 sur 34 · PRONONCIATION - ARTICULATION · texte numérisé non relu

PRONONCIATION - ARTICULATION

Afin d’éviter toute équivoque, il nous paraît indispensable de fixer tout d’abord la signification précise des mots placés en tête de ce chapitre et que l’on a si souvent confondus.

La prononciation , disons-nous, embrasse l’ensemble des lois qui régissent l’émission exacte de toutes les lettres, voyelles et consonnes. Le mot articulation au contraire s’applique seulement à la netteté et à la vigueur plus ou moins grande avec lesquelles les lèvres et la langue, organes de l’émission des consonnes , font entendre ces lettres. L’articulation n’est donc qu’un cas particulier d’un tout qui est la prononciation.

Il est certain que, dans le chant, il est plus difficile de prononcer distinctement que lorsqu’on emploie le langage familier de la conversation. En effet, dans celui-ci la netteté (quoique toujours désirable) et surtout la vigueur de l’émission ne sont pas absolument indispensables, en raison de la faible distance à laquelle se trouvent placés les interlocuteurs. Il n’en est pas ainsi pour le chanteur qui, au théâtre, dans une salle de concerts ou même un salon particulier, se trouve toujours plus ou moins éloigné des auditeurs.

D’un autre côté il est à peu près impossible aujourd’hui d’intéresser un public, qu’il soit nombreux ou bien restreint, s’il ne saisit pas très exactement les paroles. Le temps est passé où l’on pouvait chanter des sortes de

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vocalises sur des vers de mirlitons et même quelquefois au milieu d’une phrase, supprimer les mots pour y substituer des : Ah! ah! (J’ai entendu dans ce genre-là des arrangements ultra-comiques). De nos jours le public est beaucoup plus difficile. Il s’esclafferait si on lui donnait par exemple ceci :

Je veux t’aimer, ah ! ah ! ah! pour toujours.

Aussi le niveau littéraire des pièces de vers destinées à être mises en musique s’est beaucoup élevé et on rencontre de véritables bijoux chez des spécialistes tels qu’Armand Silvestre, Ch. Furster, etc. Dans ces conditions, il est absolument nécessaire d’étudier avec soin la prononciation et l’articulation et d’en posséder à fond toutes les ressources.

J’emprunte à l’excellent et intéressant ouvrage de Jules Lefort : « La grammaire de la parole , la classification des signes graphiques au moyen desquels on note le langage parlé :

« Les lettres sont divisées en deux classes ayant chacune leur formation particulière : les consonnes et les voyelles.

» Les consonnes sont produites par la mise en contact de deux parties de la bouche et par leur séparation que nous nommons détente , parce qu’elle donne le même effet que la détente d’un ressort.

» Les voyelles sont formées par les différentes modifications de diamètre que peut prendre la bouche, soit en hauteur, soit en largeur, soit en profondeur.

» L’air qui sort des poumons imprime à chacune de ces espèces de lettres un caractère particulier; à la plupart des consonnes il communique une légère vibration; aux voyelles il donne une sonorité complète.

» Les consonnes, résultant de la mise en contact des deux parties de la bouche à des endroits différents et de leur séparation, ont par conséquent pour signe caractéristique le mouvement , puisqu’elles ne sont complètes qu’après cette séparation. Elles constituent l’ossature des mots.

> Les voyelles, au contraire, varient selon le diamètre

de la bouche et se prolongent aussi longtemps que Ton ne change pas ce diamètre. Elles n’occasionnent pas de mouvement pendant la durée de leur émission. Elles sont la « mélodie de la parole ».

On remarquera que Jules Lefort, à l’inverse de ce que l’on voit dans toutes les grammaires, place les consonnes en première ligne. A l’appui de cette manière de voir, il donne les raisons suivantes :

« L’usage assigne aux voyelles la priorité sur les consonnes. Nous droyons devoir l’accorder à celles-ci qui, dans l’o*rdre logique et naturel, précèdent les voyelles.

» L’enfant qui «s’essaie à parler nous fournit un argument en faveur de cette opinion, MA ou PA, lds premiers monosyllabes qu’il prononce, commencent par une consonne ».

En cette matière nous ne partageons nullement l’avis de Jules Lefort et l’exemple qu’il donne nous paraît entaché d’une singulière erreur. En effet, si l’enfant prononce dès le début MA ou PA, cela prouve seulement que l’M et le P «sont les deux premières consonnes qu’il émet et cela parce qu’elles sont les plus faciles à prononcer. Avant de dire MA ou PA, il a dit A qui est la lettre qui nécessite le mouvement le plus simple et le plus naturel. J’en appelle sur ce point à l’expérience de toutes les mères. Faites l’essai suivant : la bouche étant complètement fermée, ouvrezla sans remuer les lèvres et par le simple abaissement du maxillaire inférieur. Faites ensuite résonner le larynx, on entendra distinctement la voyelle A (ci clair) émise avec une pureté irréprochable. Au contraire l’émission de la syllabe MA ou PA est déjà plus compliquée. Analysons-la et nous verrons que, indépendamment de l’abaissement du maxillaire inférieur nécessité par la voyelle A, les lèvres sont obligées, pour émettre la consonne M. ou P, de se rapprocher et de se comprimer mutuellement. Il y a là deux mouvements au au lieu d’un.

Nous conserverons donc l’ordre suivi par tous les grammairiens.

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Voyelles.

Les voyelles ont cela de particulier qu’elles peuvent être émises sans le secours d’aucune autre lettre. Chacune d’elles constitue un son distinct et autonome. C’est pour cette raison qu’on dit d’elles qu’elles sont des lettres simples.

Remarquons que la voyelle A est la seule pour laquelle aucun mouvement des lèvres n’est nécessaire et pour cette raison nous lui conserverons la première place consacrée par l’usage.

Nous avons joint EU et OU à notre tableau, considérant que ce ne sont pas là des diphtongues, mais bien de véritables voyelles indiquant un son unique.

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