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CONSONNES

Nous avons expliqué que la prononciation des voyelles avait comme base la diversité des formes que peut prendre la bouche. Ces lettres ont en outre comme caractéristique l’immobilité absolue des organes producteurs pendant toute la durée de leur émission 1 . Le mécanisme des consonnes est tout différent. Soit qu’elles soient produites par le rapprochement des lèvres ou qu’elles résultent du choc de la langue contre diverses parties de la bouche, elles nécessitent un mouvement . C’est la précision et la vigueur de ce mouvement qui constituent ce que l’on appelle une bonne articulation. Il est donc indispensable d’étudier la formation des consonnes afin d’éviter toute indécision capable de compromettre la netteté de la déclamation.

1. Bien entendu cette observation s’applique seulement aux \oyellcs employées dans les langues de pays Latins, tels que la France, l’Italie et l’Espagne. Car on sait que chez tous les peuples ou on parle l’anglais, les voyelles sont loin d’avoir la même franchise. Dans cette langue l’A, loin de rester immuable, change de couleur au cours de sa durée et se termine presque toujours par un o, donnant ainsi la sensation d’une diphtongue <jui sera ao ; de même Ve laisse entendre un i à la fin de l’émission. Les chair teurs qui sont de nationalité anglaise ou américaine ont donc à surveiller la tenue de leurs voyelles d’une manière toute particulière.

PRONONCIATION

ARTICULATION

Avant de donner le tableau des consonnes, nous attirerons l’attention de nos lecteurs sur quelques particularités, (nous dirions volontiers singularités). Nous voyons, en effet 3 que C dur, K et Q, trois signes graphiques distincts, représentent un seul son identique. Il en est de meme du G doux et du J qui se prononcent de la même manière. On remarquera aussi qu’il faut deux lettres pour CH, son unique tandis que la lettre X est la représentation de deux consonnes accolées se prononçant tantôt KS comme dans réflexion , élixir , ou bien GZ comme dans exemple , exhorter , ou bien encore SS comme dans Bruxelles, soixante.

Pour nous qui n’avons à nous occuper que de l’étude de la sonorité des diverses consonnes dans le chant et non pas de leur orthographe, nous n’admettons dans notre énumération que celles qui représentent des sons distincts. Par contre nous y introduirons, outre le CH dont nous avons parlé plus haut, le GN qui nécessite deux lettres et qui est une consonne véritable représentant un son particulier au même titre que les autres 1 .

La classification des consonnes varie avec les différents grammairiens qui se sont occupés de la question; cependant celle que nous donnons plus loin est généralement admise et du reste l’intérêt de notre étude n’est pas dans la discussion approfondie des raisons invoquées par tel ou tel auteur.

Les consonnes peuvent se diviser en quatre familles :

1° labiales qui se prononcent des lèvres : B, F, P, M, V ;

2° palatales qui se prononcent du palais : C dur, G dur CH, J, GN;

3° dentales qui se prononcent des dents : D, T, Z, S, N ;

4° linguales qui se prononcent de la langue : L, R.

1. Bien entendu nous voulons parler ici du GN mouillé, tel qu’on le prononce dans Mignon , Seigneur et non pas du G N où l’N se détache du G comme diagnostic , inexpugnable.

Nous avons écarté les LL mouillés tels qu’ils se trouvent dans pillage , vaillance. Dans ce cas les deux LL font simplement l’office d’une voyelle, car les deux mots cités doivent se prononcer pi iage et va-iance.

Quelques auteurs appellent L, M, N, R, des voyelles liquides ( ?)

Sans entrer dans le détail des divers défauts de langue avec lesquels le chant ne peut être que ridicule et dont on ne peut se corriger qu’au prix de longs efforts et même de moyens spéciaux, (voir à ce sujet Les vices de langage par le docteur Colombat, de l’Isère) nous attirerons l’attention de nos lecteurs sur plusieurs lettres qui sont dans la déclamation d’une importance extrême et dont la prononciation est souvent défectueuse.

Nous parlerons donc tout d’abord de la lettre R que l’on nomme consonne vibrante. Ce qualificatif indique très exactement la manière dont elle doit être formée. Pour que sa correction soit parfaite, il est nécessaire que la pointe de la langue, (et la pointe seule) soulevée sans contraction vers le palais soit dans un état de souplesse absolue afin de lui permettre d’exécuter une série de mouvements rapides, soulèvements et abaissements, sous la pression de l’air. Toute autre manière de prononcer l’R doit être rigoureusement proscrite et en posant ce principe, je fais allusion à ce qu’on appelle le grasseyement et qui consiste dans une oscillation rapide imprimée à la luette par l’expiration de l’air. Cette formation défectueuse est très répandue dans certaines parties de la France, notamment dans la Provence et à Paris où beaucoup de personnes croient que c’est là la véritable prononciation correcte et considèrent l’R vibré comme une affectation et même comme un défaut. (Il est vrai que cela peut le devenir si cette vibration est exagérée).

Si l’R grasseyé peut n’être pas choquant dans la conversation familière et même quelquefois sur la scène, dans les théâtres de comédie (cartains artistes de la Comédie-Française grasseyent, mais c’est une infime minorité), en revanche dans le chant, l’R vibré du bout de la langue est de toute nécessité. Sans cela pas de diction, pas de déclamation possible, non seulement parce que l’R grasseyé est dénué de toute vigueur, mais encore parce qu’il altère la qualité de la sonorité et peut à la longue occasionner une fatigue sérieuse des cordes vocales.

PRONONCIATION

ARTICULATION

Bien entendu nous savons que si certains sujets réussissent par imitation à produire un R correct dès les premiers essais, d’autres, au contraire, ne parviennent qu’avec les plus grandes peines à l’obtenir.

Pour les premiers, il y a peu de chose à faire, il suffit de se surveiller et de lire à haute voix les pages d’un livre, et cela tous les jours, en s’astreignant à prononcer tous les R sans exception avec le mode de formation indiqué. Evidemment dans le début la prononciation paraîtra lourde, un peu affectée, et je sais bien des personnes qui ont reculé devant ce léger ridicule et préféré garder leur affreux défaut. Mais si, soutenu par un ardent désir de bien faire, on a le courage (et cela en est un comme un autre) de braver les moqueries des amis et surtout de la famille, si on persévère malgré tout à chercher la correction, au bout de très peu de temps, l’affectation si critiquée disparaîtra complètement, et on sera en possession d’un des meilleurs moyens de donner à la déclamation l’accent, la vigueur et la vie.

Quant aux autres sujets parmi lesquels on rencontre quelquefois des natures si rebelles, il faut qu’ils soient bien convaincus que la volonté, la patience et le travail peuvent vaincre tous les obstacles. Ils doivent tout d’abord se rendre bien compte de la manière dont l’R doit être prononcé et en observer le mécanisme chez ceux dont la prononciation est correcte. Ils comprendront ainsi que le mouvement nécessaire de la langue se produit à la pointe et non à la base. C’est donc le bout de la langue dont la raideur est un obstacle et à qui on doit faire acquérir la souplesse indispensable.

Pour y arriver, bien des auteurs ont imaginé des exercices spéciaux, presque tous très bons et parmi lesquels nous n’aurons que l’embarras du choix. Nous citerons cependant comme ayant nos préférences le procédé qui consiste à remplacer provisoirement l’R par TD. Chacune de ces lettres nécessitant un mouvement de la pointe de la langue et leur prononciation ne souffrant aucune difficulté,

on aura ainsi la base du mécanisme final. On prononcera donc à haute voix :

tada , tada, tada , tada , tedc , tede, tede, tede,

et ainsi de suite sur toutes les voyelles. Cet exercice devra naturellement être répété tous les jours et un grand nombre de fois. Peu à peu, la pointe de la langue s’assouplira et la vibration finira par s’obtenir. Ce n’est qu’une question de patience, de grande patience, je le veux bien, mais le succès final est assuré.

Parmi les lettres qui se trouvent souvent défectueuses, je citerai encore l’S et le T. Pour la première de ces lettres, beaucoup de personnes placent le bout de la langue entre les dents et le sifflement nécessaire ne se produit pas ou se produit mal. Pour corriger ce défaut, serrer les dents très exactement, de manière qu’il n’y ait pas d’intervalle où la langue puisse se glisser, et dans cette position s’exercer à prononcer l’S en donnant une grande vigueur à l’expiration de l’air.

Quant au T, quelquefois on laisse passer une certaine quantité d’air entre cette consonne et la voyelle qui suit. On donne ainsi un peu l’impression d’un H aspiré qui séparerait les deux lettres. Cette manière de prononcer le T, détestable et impraticable pour le chant, est très fréquente chez les Anglais et les Américains.

Examinons maintenant les consonnes à un double point de vue : 1° celui de leur sonorité naturelle plus ou moins grande, 2° celui de la vigueur que l’on peut leur donner.

Dès qu’on analyse de près leur formation, on s’aperçoit que pour quelques-unes d’entre elles le larynx vibre et les rend sonores pendant la courte période préparatoire, par conséquent avant la détente finale. La fermeture à peu près complète de la bouche coïncide avec cette période et le son que ces consonnes produisent, n’ayant pas l’issue ordinaire, résonne pour ainsi dire en dedans et dans la direction des fosses nasales. C’est pour cette raison que nous dirons que certaines consonnes sont à préparation nasale.

Les autres, au contraire, ne résonnent pas dans le nez et

PRONONCIATION

ARTICULATION

saur les sifflantes, pour lesquelles le son est produit (ainsi que leur nom l'indique) par le sifflement de l’air à travers les interstices des dents et non pas la résonance nasale, on peut dire d’elles à juste titre qu’elles sont muettes.

Observation très curieuse et très importante, chacune de ces dernières consonnes a une affinité considérable et presque une identité (à un détail près) avec une autre du premier groupe. On en jugera en lisant le tableau suivant :

Consonnes à

Consonnes sans

préparation nasale.

préparation nasale.

B correspondant a P

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