I . A. Laugcl
U-: CIIAM IHHATIiM.
médical, ni niélliodes, ni exercices ne p<Mivent remédier à de pareils cas. C'est ce qui s'appelle ii'ni'oir pas roreillc iiitisicalc.
D'autres, au contraire, atteints diin allaiblissemcnt de l'ouïe, ne percevant que fort peu la conversation usuelle, gardent cependant la facidlé de reconnaître et de classer les sons d'un instrument, d'un orchestre, d'une voix. On cite un répétiteur de l'ancien Théâtre-Italien (|ui, atteint de surdité très ])rononcée, ne laissait passer aucune fausse note. C'est ce (|ui s'appelle (H'oir l'oreille musicale.
11 est à peu [)rès démontré, sinon définitivement établi, (lu'il y a, analomiquenuuit, d'immenses différences de richesse dans l'appareil de perccplion auditive, c'esl-à-dire dans l'oreille interne chargée de tninsmcUrc au cerveau les sons qui frappent le tympan.
L'oreille inlerne, chez les vertébrés, présente en ('(rcl, en une de ses parlies, la cochlce, une membrane striée composée de la juxtaposition d'une inlinilé de cordes parallèles de dimensions variables et croissantes, c'eslà-dire susceptibles de s'accorder avec une série de sons ; ces (tordes très petites, qui ne vibreraient donc qu'à l'unisson des sons très aij^us, sont surmontées d'une double rangée de cellules l'ormant au-dessus d'elles un véritable arceau, le(|uel, en surchargeant les cordes, les rend aj)tes à vibrer à l'unisson de sons très graves relativement à leurs ilinu-nsions, comme la sourdine fail |iour les cordes du violon. L'ensemble de ce long instrumenta cordes s'a|)p('llc Voii^aiic (le Corli ; les cordes sont les slries de llansen ou coi îles de Siiel ; les cellules (|ui les surchargent sont les cellules de Corli; ces dernières ont pour deslinalion, non seulement de modérer et de régler la vibration des cordes, mais eiicoi'e tle la rei'cvoir et de la transmettic aux ncris (|ui y aboutissent et i|ui ap|)orlenlau centre rf'/<7>/ï// l'impression reçue.
Celle harpe éolienne en miniature, (lue constitue l'ensemble île l'organe de Corli, peut comprendre jus(|u'à 6000 cordes de Nuel. (>omme les sons musicaux comprennent sept octaves, les sons de chaque octave sont susceptibles de l'aire vibrer 800 cordes et comme clia(|ue octave comprend ilouze demi-tons, |)lus de 66 cordes vibrent pour cluKiue demi-Ion île telle sorte (|i;'une oreille bien constituée devrait percevoir une dill'érence de 1 (i6de demiton, ce (|ui correspond presque e.xacte me ni à la réalité, |)ins(|ue, suivant Weber, une oreille miisicab^ exercée |)(Mit percevoir expérimentaiiMiiciil jiis(|u';( 1 64 de demi-ton.
.Nous sommes donc munis d un appareil <le |)ercepli()ii d une li iicsx' et d une sensibilité extrêmes, nous pernu-tlant de saisir, non seulenicnl le son l'ondaniitil;il, mais les harm()nii|nes, c'est-à-dire ces vibrations secondaires qui sont au son princi|)al coinuu^ i est à 2, 3, 4, 5. c'esl-ii-diie ipii sont avec co son dans une pro|)orlion mathématique, par conséquent harmonieuse.
Si tous les sujets possédaient cet appareil tel que nous le décrivons, il est certain cpie tous seraient susceptibles de recevoir une éducation musicale parfaite cl i|uc la plupart, à moins de vices de conformation du larynx ou des cavités lie résonance, pourraient devenir de bons chanteurs
/,/:" Cf/A.\r thi:atral
Malheiireiiseiiieiit, les inégalités sont grandes en ce qui concerne cet organe de perception musicale; elles peuvent varier du simple au douLIe, ce fpii expli(|ue trop nelteuient certaines incompréhensions musicales irréductibles, comme tout professeur ilc musi(|ue ou de chant en rencontre trop souvent.
Or, si loreille ne perçoit pas, l'appareil d'émission ne peut pas se perfectionner. La voi.\ n'est d'abord, nous lavons dit, (piiin acte réfle.xe instinctif, rpii fail(|ue l'être ro[)roduit, ou cherche à reproduire, le son musical qu'il perçoit; s'il ne perçoit pas le son, il ne peut pas le reproduire. L'éducation de la voi.\ n'est que la mise en œuvre, l'e.xercice méthodique et raisonné de l'acte réfle.xe primitif; là où l'acte réile.xo fait défaut, soit par une paralysie de la perception, soit par une paralysie de l'organe d'émission, l'éducation ne peut rien. De même qu'il faut de bonnes cavités de résonance naturelles pour avoir une belle voi.x, de même une belle voix ne peut apparaître ([ue chez celui qui possède une audition parfaite et rallinée, le perfectionnement n'étant possible que grâce à de bons organes.
Il serait cependant inexact de penser et de dire que tout individu pourvu d'une oreille musicale soit susceptible par cela même de devenir un bon chanteur. Il est d'ailleurs d'observation courante que d'excellents pianistes, violonistes, chefs d'orchestre, ne peuvent arriver à bien chanter, même à chanter juste.
A ce propos, il importe, ici, de signaler une nuance, d'établir une clatsification entre l'oreille iiiiisicdlc et l'oreille \'ocole, si j'ose dire; entre la faculté d'apprécier une belle œuvre, de la dillérencier d'une production ordinaire, d'en sentir les moindres nuances et les moindres défauts — d'être un musicien, enfin, et la faculté, toute dilTérente, de saisir une belle sonorité, de défi-aiier une modulation, de reconnaître une jolie indexion de la voix, de posséder le sens de la belle émission, autrement dit, des bonnes attitudes vocales et, par instinct, d'adapter tout cela à sa propre voix, — d'èlre un virtuose.
Ces deux qualités ne sont pas contradictoires, tant s'en faut; mais il n'est pas très fréquent qu'elles se trouvent réunies chez le même artiste.
La nature a réparti ses dons : aux uns, la musicalité ; aux autres, les belles sonorités.
Ce que nulle grain main' ne peut indi(|uer, ce «|ue les méthodes sont impuissantes à démontrer, peut être saisi par un élève doué.
Là où le professeur use, sans succès, ses démonstrations, l'oreille triomphe.
Le don supplée au savoir.
Car il s'agit, vous l'avez com|)ris, de faire entendre à l'elèvo, parmi les différentes sonorités qu'il emploie, celle qui est la bonne — du moins celle
qui, par rapport à sa construction anatomique personnelle est capable de donner les meilleurs résultats; il l'aut, en un mot, lui l'aire saisir le timbre qui, en même temps qu'il supprimera lelTort, décuplera l'eflet, le timbre qui charmera l'auditeur. C'est l'oreille qui facilitera le sens du chant : par instinct, par induction, par imitation, l'élève exécutera les mouvements propres au résultat (|u'il cherche.
Les rôles seront alors renversés : c'est reffet qui amènera la cause.
Voilà, dira-t-on, qui est purement du domaine d'une organisation spéciale. Les hommes les plus doués au point de vue de l'intelligence pourraient être fort incapables de saisir cette fine nuance.
C'est vr;ii.
Ce qui est vrai aussi, c'est que cette faculté peut être donnée au.\ êtres les plus simples.
J'ai toujours le souvenir d'un ouvrier peintre, qui travaillait chez moi et .. qui chantait.
Pour commencer, à peine indi(]uait-il la mélodie et son articulation était confuse. Mais comme on ne lui faisait aucune observation, il s'enhardit : « L'ne étoile d'amour, une étoile d'ivresse » disait la l)anale romanie.
Peu à peu, de la pièce voisine, j'entendis sa voix monter, se préciser, se moduler, et je constatai chez ce simple un goût véritable, un sens réel de la jolie émission, en même temps ([u'un instiiul sur|)renant de la diction.
Je me gardai bien daller le complimenter. II lu eut ilemandé, peut-être, des leçons... et pourquoi ouvrir des horizons nouveaux, incertains, devant un homme content <le son sort?
Cet épisode me rappelle la petite histoire, où il s'agit aussi d'un ouvrier peintre et <|ue racontait Gounod, avec beaucoup plus d'esprit cpie je n'en mettrai à la transcrire. Elle date de répo<|ue où le célèbre musicien s'installa place Malesherbes : « J'étais logé dans l'appartement avant cpie les derniers travaux fussent terminés et j'étais très impatient de voir partir les ouvriers. Les peintres, surtout, n'en finissaient pas. L'un d'eux, croyant m'être agréable, sans doute, accomiiagnait les mouvements de son |)inceau, en (hantant un motif de Faust: « .Xnges purs, anges radieux! » Il m'empêchait de travailler, d'autant plus (pTil avait pris si lenlciuciil, (|u'à la lin j'en fus agacé, et, comme j'entrouvrais la porte de la |)ièi(' ou il se trouvait, je m'aperçus <|ue son pinceau suivait paresseusement le rythme de son chant. Le misérable I II retardait non seulement la résurrection de Marguerite, mais aussi la fin des travaux! — » (^)ue chantez-vouslà, niongarçon^' — C'est un morceau de /-'«m*/. — " Vous savez c|iie j'en suis l'auteur. — Je lésais bien, .M'sieulîounod. — .Mors, » vous voudrez bien permettre à l'auteur de vous donner les bons mouvements. » Et nu! voilii, pour l'entritiner, chantant avec lui 11 saisit bi<'n vite; mais, si le mouvement du chant était accéléré, celui du pinceau restait le même; alors, lui pri'ii.iiit la main, je le guidai moi-même, un instant, en lui faisant suivre le rylhinc dr la phrase : « .\llez-y, imui gaiçon, allez-y ! ( Aimme ça votre bras « battra la mesure ! »