CHANT THÉ AT H M
tout à l'heure, j'imaginais le docteur plus instruit que nous sur la physiologie ; en étant de son avis, je pensais l'-tre dans le vrai. Et puis, pour rien au monde je n'eusse voulu contrarier un si charmant compagnon. Du reste, voici comment je respire. Jugez »
Il respirait amplement, de toute la poitrine, avec un large abaissement du diaphragme !
Et voilà comment les médecins font, parfois, de la statistique. Voilà comment notre ami, le bon docteur, recueillit une attestation de plus pour son livre (|ui en est bourré.
Alors, comment s'y prend-on pour respirer ?
« Moi », déclare, en désignant d'abord l'abdomen, ensuite le haut du palais, un chanteur dont la longue et brillante carrière à l'Opéra atteste le savoir: M. Delmas ; « moi, je respire d'ici et je chante de là. » On ne peut mieux dire, en si peu de mots.
Faure répond volontiers à ceux qui le consultent : » Je respire sans jsonger, selon ma manière habituelle, et jamais exagérément ».
Mais Faure est l'exception. 11 respire selon sa manière, parce que sa manière est excellente.
Mounet-SuUy aussi.
Mounet-Sully n'est pas seulement un tragédien de génie, une vivante statue, il est encore un grand chanteur
Gomment n'être pas frappé par la virtuosité avec laquelle cet extraordinaire artiste conduit sa voix, l'assouplit, la module, en varie les timbres, la plie aux accents les plus divers et parvient, sans effort, à lui faire parcourir l'échelle de la basse, du baryton et du ténor ?
Et il est arrivé à ce résultat par l'instinct seulement. Je le tiens de son propre aveu.
Voyez-le : au moment d'une longue période, il se cambre, ses reins se creusent, sa poitrine s'emplit, son pourpoint se gonlle, la ceinture qui soutient son épée est près de se rompre.
Un cri s'échappe (|ui fait vibrer la salle de la Comédie-Française, ou bien se rue jusqu'aux plus hauts gradins de l'immense Théâtre Antique d'Orange.
Un cri.' .\on, un rugissement!
Ne croyez pas qu'il ail jailli au hasard. Ce désordre théâtral est régi par une sage volonté. Le fond de la gorge s'est ouvert, le voile du palais s'est soulevé (on aperçoit dans l'ombre, in gurgUe vasto, le point lumineux de la luette humide) la colonne sonore est venue frapper le palais qui nous la renvoyée.
La phrase qui suit s'épanouit; jjuis, l'intensité diminue, b- timbre se modifie, la voix s'adoucit avec un art surprenant, et la [)èriode se termine sur une sonorité de charme véritablement admirable.
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LE CIIASr rnEATRAL
Ainsi le doyen du Théùtre-Français peut, aussi bien que dans ses jeunes années, vociférer, selon l'expression des comédiens antiques, la douleur d'Q*]dipe. toute une soirée, sans fatigue.
(iràce à ce mécanisme, il fournit l'extraordinaire carrière qui fait l'admiration de tous, car son génie, seul, ne l'y eût pas conduit.
En vérité, Mounet-Sully n'est pas seulement un grand tragédien, il est un },'rand chanteur.
Mais nos élèves ne sont pas tous si admirablement doués ! Rien ne s'improvise... Ces grands artistes mettent en pratique les règles que nous prescrivons. Raison de plus pour en continuer et développer l'enseignement.
Car, lorsque la nature n'a pas doué l'individu d'un mode parfait de respiration, une étude complète s'impose. Oh! je sais : je provoque une levée de boucliers ! On va pousser des imprécations : « Voilà maintenant (|u'il nous faut apprendre ce que nous savons en naissant, et compli(|uer des sujets si simples, surcharger de démonstrations obscures l'acte le plus naturel ! <>
Laissons aboyer la meute ..
En général, tous taiil ([ue nous sommes, nous ne savons pas respirer... physiologiqiiement.
Les femmes respirent trop avec; le haut de la poitrine, les hommes ne respirent pas assez avec le sommet des poumons.
Revenons à l'anatomie, dont les données sont irréfutables. Elle nous enseigne (]ue la bonne respiration comporte une base de tliorax rectangulaire, dans un mouvement opposé à celui des phtisiijues.
Pendant longtemps, la médecine a fait la guerre au bacille assassin. Mais « mieux vaut prévenir «|ue guérir « La médication chimique commence à n'être plus considérée <|ue comme un adjuvant aux moyens naturels de guérir la tuberculose, de la prévenir chez les prétuberculeux : lumière, tcnipératurc, alimentation, e.rrrcices pliysiqucs.
'< Tous, nous respirons par instants des poussières bacillifères ; cependant nous sommes loin de devenir tous des tuber«'uleux. U y a pour la tuberculisation un terrain spécial que, seuls, les agents physiques pourront contribuer à moditier iieiireusement '. ■>
Mais il faut (|ue le candidat à la déchéance tuberculeuse sache prendre cet air pur (|ui le sauvera ; il faut (|ue ses poumons soient longuement ventilés, il faut (in'il tiiijinitne (I respirer (une nuuivaise aération de la poitrine est une porte ouverte a la terrible maladie, (|ui pres(|ue toujours frappe l'individu dont le poumon est contenu dans une cage ihoracique étroite).
Cette initiation doit avoir lieu surtout dans la jeunesse de l'individu, parce (|ue le squelette est alors transformable Plus tard, le thorax s'ossilie ; les
' l.a (iymnaitiquf respiraluire. S.iiiiiiil liii-iiliiiin i^l l.oui» Dii'up«rt.
LE C//.I.V7' riIEATRAI.
articulations costo-vertébrales s'anliylosent, et l'augmentation du diamètre thoracique est plus difTicile à obtenir.
Dans les cures d'altitude, le malade est soumis à une gymnastique respiratoire inconsciente. Plus on s'élève, plus la tension est faible. « Pour arriver à fixer une quantité d'oxygène toujours identique, on est obligé de multiplier le nombre des respirations, en même temps qu'on les rendra plus profondes ' ».
Voilà donc deux moyens : la gymnastique inconsciente, la gymnastique volontaire.
C'est à cette dernière ((ue doit se soumettre tout ciianteur.
Dès que la prédominance d'un type respiratoire sera reconnue, c'est l'autre type que l'on développera : grandes aspirations thoraciques ou diaphragmatiques, selon le cas, et, enfin, respiralion complète.
Faut-il ajouter que lorsqu'un élève respire bien, le professeur n'a... qu'à le laisser faire, et ne lui parler jamais de respiration?
Faut-il insister. sur l'inutilité — le danger même — d'une inspiration trop profonde? Outre les troubles de circulation, les vertiges dont nous parlons par ailleurs et tout ce qui est causé par un trop violent a()pel de souflle, il faut que les provisions d'air soient en rapport avec la résistance du larynx.
L'un des premiers contrôles pour le professeur est de se rendre compte de cet équilibre.
Si les cordes sont petites, courtes, comme celles des voix élevées, une soufllerie trop puissante serait des plus dangereuses. Il serait facile au sujet d'augmenter, momentancmeni, sa sonorité, et tel soprano léger, par des poussées d'air exagérées, pourrait, pendant quelque temps, se prendre, et se faire prendre pour un soprano dramatique (tous les soprani légers ambitionnent d'être soprano dramati(|ue). Et si le professeur n'est pas attentif au danger de cette tendance, c'est la faillite rapide de la voix.
Le véritable enseignement consiste, du reste, à former l'élève par un entraînement progressif, au lieu de lui demander, dès le début, le maximum de sa sonorité.
Le besoin inverse se fait plus gonéralenient sentir : le souille et sa distribution sont insuffisantes à la vibration normale.
On règle donc la soufflerie, selon les besoins, en la limitant ou en l'amplifiant.
Dans une école de chant, cha<[ue élève devrait avoir sa fiche respiratoire, où seraient inscrits, d'une part, son âge, sa taille, son poids; d'autre part, son périmètre thoracique, sa capacité vitale et la courbe représentant sa respiration dans tous ses périmètres.
M. leD' Glovcr préconise la radioscopie thoracique qui constitue un moyen précieux d'exploration physiologique do la respiration : c'est, non seule-
' Dociciir Raymond JaiitcloI, Tliisc do Lyon, 1901.
LE cii.iM iiii:mral
ment un guide pour l'orientation du mécanisme vocal, mais un contrôle indiscutable des résultats obtenus.
Mais il faut songer aussi au trajet <jue l'air ed'ectue, avant darriver aux poumons.
De même que dans la phonation, le nez joue dans la respiration un rôle considérable. Comme observation clinii|iie, disons (|ue les appels de souille pi'is par le nez sont rapides, profonds, invisibles et silencieux. Physiologicjuement, ajoutons que, tandis que l'air aspiré par la bouche est froid, sec et impur, celui qui passe par le nez, est, par son trajet, réchauiïé. imprégné de vapeur d'eau et purifié. Avec lui on n'a jamais « la gorge sèche ». Enfin, ici encore, nous suivons la nature, car c'est par le nez que, naturellement, on respire, saufcju'il soit obstrué. Et ceci vaut qu'on s'y arrête.
11 est indispensable de veiller à la liberté complète des fosses nasales. Le moindre obstacle amène une irritation, un épaississement des muqueuses ; et, par suite, une gène dans l'inspiration, avec; tendance à l'emphysème Alors, la respiration devient buccale, le nez s'accoutume à la paresse et se laisse envahir par le catarrhe, le coryza chronique, l'infection. A partir de ce moment, outre le mauvais fonctionnement de la respiration, la résonance est diminuée ; la voix est compromise, — sans compter que, voisines, les trompes d'Eustache sont atteintes, par conséquent les facultés auditives.
Or, nous avons établi les étroites relations (|ui existent entre l'oreille et le chant. Si l'audition est troublée, il se produit un manque de contrôle sur les muscles laryngiens. L'artiste ne peut plus en diriger le fonctionnement, ni se rendre un compte exact de la hauteur de sa voix : il émettra des notes l'ausses.
L'état d'intégrité parfaite de i'arrière-cavité des fosses nasales n'est pas moins nécessaire. 11 est indispensable que cette cavité soit largement développée. Si elle est, au contraire, rétrécie par l'inflammation, la voix perd de son timbre.
Ce qui se produit chez les enfants nous en donne la preuve. Fréquemment, chez eux, il se développe, dans cette région, une hypertrophie du tissu lympallu(|ue, appelée communément : végétations adénoïdes Ces végèlalions amènent une véritable sténose des voies aériennes su|)crieures, diminuant le jeu des muscles et des articulations thoraciques et restreignant l'hématose et les oxydations. Elles entravent non seulement le développement de la cage thoraci(|ue, mais encore celui de tout l'organisme. Elles modifient la configuration de la face : le sujet respirant par la bouche, les «avilés nasales, c|ui ne fonctionnent plus, s'arrêtent dans leur croissance, demeurent étroites, les maxillaires s'aplatissent cl provoquent l'allongement do la figure (faciès adénoïdien). Le timbre de la voix s'altère aussi ; il reste sourd, nasillard, on même temps f|ue l'articulation est défectueuse.
Ces végètiilions adénoulicnnes, si elles n'ont pas été traitées pendant l'en-
/./;■ CHAM TiirvinAi.
fance, peuvent persister à l'âge adulte ; elles gênent l'émission de la voix et provoquent des troubles de phonation et d'articulation contre lesquels le savoir du professeur, ni le travail de l'élève ne peuvent rien. Un traitement chirurgical s'impose. Toujours, après ces interventions, nous avons constaté que la hauteur de la voix s'élève de plusieurs notes et que le timbre se modifie de la manière la plus favorable
Au cours d'une enquête publiée par la Chronique Médicale, sur l'initiative de M. le D'Coupard, qui préconise le chant comme un facteur de la santé générale et de l'immunité bacillaire, plusieurs chanteurs proclamèrent les bienfaits de l'exercice vocal.
Certes ! la tuberculose n'épargne guère ceux quelle atteint. Et l'exercice du chant pourrait exposer le malade à une fin plus proche.
Mais à ceux qui ne sont encore que candidats à la terrible maladie, aux prétuberculeux, on peut conseiller de travailler avec un professeur de bonne et sage méthode, qui tiendra compte de leur âge et de leur résistance. Ce travail vaudra l'enlniinement respiratoire auquel est exercé le sujet dans les cures d'air.
Voyez les artistes de nos théâtres lyriques: ils ont de larges épaules, de puissantes poitrines (on le leur reproche même parfois dans les rôles poétiques de ces amoureux que l'on voudrait diaphanes) ; ils donnent la sensation de la force, de la santé. On objectera que c'est précisément à cause de cela qu'ils ont de la voix ; mais nous savons déjà que la voix ne dépend pas seulement des muscles, mais aussi du larynx et des résonnateurs.
Je puis citer un exemple qui ne craint pas de contradiction : L'n artiste que je connais bien (je l'imagine, du moins) ne trouvait pas, à l'époque de ses débuts, dans la garde-robe de l'Opéra-Comique, de costumes assez étroits pour sa taille; afin d'amplifier artificiellement son thorax, il avait dû faire confectionner un plastron ouaté, par-dessus lequel il pouvait, alors, revêtir, sans retouches, les habits de ses aînés.
Or, son tailleur, et Charlcmont et Filippi mont affirmé qu'il mesure aujourd'hui l mètre 8 centimètres de « tour de poitrine »
Tous les chanteurs n'obtiennent pas de tels développements.
On en voit ([ui sont, au contraire, d'apparence maladive : sachez bien que leur santé serait plus délicate encore, sans l'exercice bienfaisant du chant.
Voilà donc suffisamment démontrée la nécessité, pour quelques-uns. rf'<7/>prendreh respirer, à développer la poitrine. Cette étude a pris, peut-être, une allure très scientifique ; c'était toutefois indispensable, puisque nous suivons ce précepte : « l'expérience ne vaut que basée sur la science. »
Les exercices corporels abondent. |)ropres à développer le thorax : les
LE CIIAyr IIIEATRAL
plus rationnels sont ceux empruntés à la gymnastique. La gymnastique ne se pare pas de théories savantes, de phrases compliquées. Elle est simple, naturelle; on ne peut la discuter' ?
' Voici une série d'exercices que nous trouvons dans une intéressante étude de la gymnastique respiratoire par MM. S. Bernhcim et Louis Dieupart.
Des différentes g\mnastiques respiratoires. Historique. (Toute cette partie a été puisée dans les très importants travaux du X}' Georges Roscnlhal , Sur la ^mnastique respiratoire .)
En i8i)3, Léon Derecq, d'Ormesson, publia un rapport au Journal de Médecine de Paris sur le traitement do la tuberculose infantile.
Beaucoup d'onfanls ne savaient pas respirer. Sous la direction d'élèves de 1 école de Stockholm, on leur lit faire des mouvements d'élévation et de rotation des membres tlioraciques, mettant en jeu tons les muscles qui concourent à la respiration. Un oxoraplc do l'amélioration : un des petits malados gagua 4 centimètres de circonférence thoracique eu quelques mois.
Kcrnaiid Lagrange, dans sou livre sur la médication par l'exercice, donne quelques mouvements plus complexes de gymnastique respiratoire.
n Faire de profondes inspirations en même temps que le bras se porte horizontalement en avant, puis en haut, en arrière et en bas, de manière à décrire un mouvement de circumductiou qui produit le soulèvement de la poitrine par l'action presque passive des muscles qui s'attachent aux côtes et à l'humérus. »
Ce mouvement est très efficace, aussi l'utilise-t-on en Suède mémo à la Un des séances de gymnastique ordinaire. Les Suédois ont fait sur lui des variantes infinies : debout, couché sur une banquette dure : passivement, c'est-à-dire qu'un aide fera exécuter les mouvements aux bras; avec élévation sur la pointe des pieds pendant 1 inspiration.
La fente en arrière est un mouvement dans lequel le tronc se renverse n dans 1 extension forcée, les bras étant fortement portos dans l'abduction horizontale, en mémo temps qu'une des jambes se porte en arrière de manière à oll'rir. en s'écartant de celle qui reste lixe, une large base de sustentation. Pendant l'expiration, les bras s'abaissent, le tronc se courbe, les jambes reviennent en ligue, ou même se lléchissent, et le sujet passe do laltitudo giandio à celle croupie qui favorise l'expiration. »
11 y a un mouvement combiné, de telle sorte que seuls les intercostaux agissent. Le malade est couche- à plat ventre sur une banquette horizontale, relève la tète et les épaules, les muscles droits de labdomen sont ainsi placés dans l'inactiou absolue et le malade doit faire tous ses elPort» pour l'expiration.
Mouvement de la vis [scrufuridning. en suédois), qui a pour but de combattre l'ankylose des articulations des côtes. Le sujet est assis à califourchon sur une banquette, les jambes immobilisées, et deux aides, le saisissant par les épaules, font faire au tronc des mouvements de torsion sur son axe.
Tels sont les mouvements de gymnastique respiratoire indiqués par Lagrangc dans son livre, qui est un d<'s plus importants travaux publiés sur la question en France.
Le traité de gymnastique suédoise de Wide contionl un important chapitre sur la gymnastique respiratoire.
Les mouvements qui agissent sur l'inspiration sont les soulèvements et extensions du thorax, les ob-vations des bras; les mouvements d'expiration sont les liopidations latérales liu tronc et les tn'pidations du thorax avec soulèvement.
Voici la description d un des mouvoraonls recommandé par Vuillouiin :
.1 Debout de pied ferme, les mains largomout ouvertes et bii'U appuyées sur les hanches, le pouce on arrière ol les couiles olfacés pour dégager la poitrine et la porter en avant, faire de profondes inspirations et agrandir tous les diamètres de la poitrine, d'une part, on soulevant les côtes et les épaules au maximum et, d'autre part, en tondant le diaphragme qui s'abaisse: puis faire de brusques et énergiques expirations eu reliVchaut vivement les muscles expirateurs en contraction. Le propre poids des épaules qui retombent et dos côtes qui s'abaissent sullit pour chasser l'air et vider les poumons. Cet exercice respiratoire doit èlre répété |6 il i8 fois par minute.
Uosonthal proscrit :
1 Le sujet étant couché, on lui fera mollro les bras lo long du corps, el il exécutera dix respirations iliapliragmaliques, l'inspiration pondant que lo niodoriu élève la main droite, l'expiration pondant l'ahaissomont do la main droite. Au besoin, lo médecin appli<|uora la main gaucho sur lo ventre du sujet, qni cherchera alors par son etfort à soulever oollo main. »
Ucsfosse» ct(i. Santos insistent a leur tour sur cotio respiration diapliragmaliquo ; ils indi-
— (io —
Lf-: CHAXr THEATRAL
Lonf^fuement, nous insistâmes sur ces questions; c'est qu'elles sont l'objet de combats incessants, acharnés; c'est quelles valent d'être discutées, car l'erreur, ici, est grave, dépassant l'art, atteignant riiumanité. Il importe à tout homme de bonne volonté de défendre, par des arguments, les idées qu'il croit bonnes, de s'efforcer, par les moyens dont il peut dis-
qiionl à pou près le même mode, sauf qu'ils l'uni uiotlrc les ui;iiiis dciTicre la lèle, el c'est par là que doit coinmeucer l'éducation respiratoire.
Le U'' Roscutlial fait ensuite répéter ces mouvements debout ou assis. Le sujet, les mains sur les hanches, a fléchi le tronc sur les membres inférieurs ; el il se redresse dans un premier temps on faisant, avec une profonde inspiration, contracter énergiquement son diaphragme; pendant l'expiration, il revient à sou inclinaison primitive. Cet exercice sera répété de 5 à 20 fois.
Uanë son travail sur le « développement de 1 énergie de la voix par des exercices respiratoires 11 le D'' Marage ramène à trois le nombre des exercices qu il déclare suflisants pour obtenir une bonne respiration.
Régies générales. — i" Dans tous les exercices, l'inspiration doit être faite par le nez, la bouche fermée; dans l'expiration, au contraire, la bouche osl largement ouverte;
■2" Chaque exercice est répété 10 fois au plus; puis, on passe au suivant; et, comme ce ne sont pas les mêmes muscles qui fonctionnent, le deuxième exercice repose du premier ;
3" Chaque jour, loin des repas, on fait dix fois chacun des trois exercices ; on se repose cinq minutes, et on recommence une deuxième série des trois mêmes exercices.
Premier exercice. Les bras sont tombants le long du corps, la paume de la main en dedans.
■^ÏTr
Fi^. 5. Fii;. 6.
a) Inspiration. — On fait décrire aux membres supérieurs, placés parallèlement l'un à l'autre, un arc de iSo" dans un plan vi'rlical parallèle au plan médian anléro-postérieur du corps ^lig. i, positions I, 1, 3).
b) Expiration. -— On abaisse lentement les bras (lig. i, positions 3, 4i 5) 1 dans un plan perpendiculaire au précédent; l'air s'échappe lentement des poumons parla bouche ouverte pendant «[ue les bras s'abaissent.
Deuxième exercice. Les avant-bras sont repliés de manière que les extrémités des doigts se touchent sur la ligne médiane, l'avant-bras et le bras se trouvant daus un même plan horizontal ; les bras ne changent pas de position.
a) Inspiration. — Les avant-bras, dans le plan horizontal des bras, décrivent un arc do 180' (positions 1,2, 3 ; lig. i el i).
b) Erpiration. — Les avanl-bras reviennent i leur position primitive [positions 3 el 4- ''S- 2)- Troisième exercice. Les deux épaules étant bien à la même hauteur, les bras pendants, la
ligne 0-180 se trouve suivant une verticale passant par l'axe du bras.
a) Inspiration. — On fait décrire aux épaules un arc do o à 180° en avant.
b) E.rpiraliun. — On fait continuer l'arc de cercle en arrière de 180 à 36o^'.
Mesures. — i" Chaque semaine, on mesure le voUinie d air le plus grand que l'on puisse éliminer dans une expiration ;
i"" On mesure le tour de poitrine, au-dessous des seins, ,'i la lin d'une expiration profonde.
Des tables donnent la relation entre la taille, le poids, le lour <le poitrine et le volume d air expiré.
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i.i: ciiAsr riii.MHAL
poser, de porter la lumière dans les coins d'ombre, d'associer son expérience — si humble soit-elle — à la manifestation de la Vérité.
La tâche que nous avons entreprise est loin d'être terminée : admettons que, maintenant, nous savons respire^-. Eh bien 1 nous n'avons appris qu'une partie — la moins importante pour nous — du mécanisme de la soufflerie... Au point de vue e.xclusif du chant, Y expiration joue un rôle plus considérable que l'inspiration. Le point capital repose sur la distribution du souffle, sur une juste répartition. La sagesse des nations nous apprend que les plus riches sont ceux-là qui n'ont pas de besoins, que l'économie est un don plus précieux que la fortune. Soyons économes de notre bien et supprimons nos besoins.
Une émission serrée exige une grande dépense d'air. A une émission libre, dans l'ampleur de la voix, à une articulation large, il suffit de peu de souffle, « car la respiration est solidaire de l'articulation' ». De même, une bonne répartition, une juste ordonnance dans la distribution a raison d'une émission serrée, elle l'amplifie et Uii donne la portée. Tout se tient.
Une grande quantité d'air n'est pas nécessaire pour chanter. L'ne trop longue inspiration est inutile et dangereuse. Le souffle en surabondance — trop difficile à maintenir — ne peut que gêner le (-iianteur. Tout effort nuil à la qualité du son.
Cette nouvelle éducation ne nous rebutera pas.
L'intensité du son dépend surtout de la force du souffle. Même si le chanteur se trouve arrivé à la limite de tension naturelle des muscles de la gorge et du larynx, même si cette ItMision est suffisante, la poussée d'air arrive à augmenter l'étendue de la voix par le mécanisme ([u'on peut justement appeler la Compensation vocale.
Les muscles qui procèdent à l'inspiralion combattent ceux (pii sont chargés de l'expiration et les empêchent d'agir trop précipitamment. Ils retardent la sortie de l'air, ils en opèrent la distribution. Cet antagonisme constitue, on se le rappelle, ce que MandI appelait la lutte vocale. Nous l'avons vu : dans l'acte naturel, l'expiration se fait inconsciemment; dans l'acte artistique, au contraire, elle est le facteur de la |>honation; non seulement elle la prolonge mais elle en varie l'intensité, afin de modifier le son selon la phrase musicale et selon les voyelles ot leurs occlusions, car l'articulation produit des fermetures plus ou moins grandes <|ui règlent, en ((uelque sorte, le souille.
H importe tle maintenir la contraction des inspirateurs pendant l'abaissement (lu diaphragme donl il s'agit d'assurer, pour ainsi dire à notre gré la fixité, ne lui pirmetlant qu une lente ascension. ( hi remarquera, comme
' L)' (lluv.r
— (iu —
LE CllAST TlJEATItAL
un exemple, que cette «-ourse de lenteur est facilement et comme inconsciemment obtenue, lors(|uc l'on clianloiuie.
Dans cet antagonisme, si le son doit être plus fort, il faut accentuer d'autant la contraction des expirateurs qui sortiront facilement vainqueurs de leur lutte contre les inspirateurs. 11 en est de même lorsque le son doit être plus élevé, car si la dépense de souille varie selon l'intensité, elle varie aussi selon la hauteur.
Ici, apparaît l'emploi d'exercices rationnels exigeant l'attention et la force de la volonté. Ils consistent à contracter isolément les inspirateurs et les expirateurs ou à les faire jouer à force égale ou inégale en tenant compte de tous les facteurs de déperdition : la prononciation de certaines voyelles, surtout de certaines consonnes, comme par exemple, B, T, D, P, qui entraînent facilement la perte initiale d'un souffle précieux; l'attaque même du son, dans la([uelle le « coup de glotte ». que nous aurons à étudier, offre l'avantage de l'instantanéité.
Ainsi, on obtiendra cette faculté d'indépendance fonctionnelle en laquelle réside le secret de l'expiration.
Le célèbre Caruso tient des notes pendant une durée qui étonne et emballe le public. C'est qu'il nait dislribuei-, c'est qu'il a une émission libre qui lui coûte peu de souffle.
On ne peut ouvrir une « méthode de chant » sans y trouver, parmi les récriminations d'usage, l'anecdote à effet, où il s'agit de ce professeur qui, pour se rendre compte du mode de respiration des élèves ou pour leur démontrer le meilleur, les faisait placer dans la position horizontale, sur le dos, leur installait un volume in-octavo sur le ventre, un autre sur la poitrine et leur commandait tie respirer profondément. Et les auteurs déclarent cet homme le plus bouflon du monde, les uns nous disent que les volumes étaient d'énormes dictionnaires, les autres, que c'était une pile de gros livres, sur laquelle on plaçait en équilibre une chaise. Pourquoi pas une armoire à linge.'
« Moi, je ne trouve pas cela si ridicule. »
L'élève soulevait ainsi le livre placé sur la partie par la(|uolle il respirait. 11 est exact que l'imagination de ce professeur était quelque peu extravagante; il eût été peut-être mieux avisé en employant d'autres moyens de contrôle, mais il est corlain (|U(^ celui (|u'il avait trouvé avec tant d'originalité le renseignait infailliblement. Et ce <|ui m'étonne, c'est... l'étonnement de nos auteurs.
Tournez la page, et, à coup sûr, ilans ces « méthodes de chant », vous trouverez sur le corset féminin une longue tirade. Pourquoi? celte guerre pouvait se soutenir contre l'ancien corset qui « coupait la taille en deux «. provoquant une «einture de durillons, de » rayures » sanguinolentes, et montait si haut qu'il comprimait le tiiorax par un inexorable et inébranlable
/./: C//.iXr THEATRAI.
« baleinage » Le corset moderne, — on peut on plaisanter l'esthétique, — n'est pas défavorable au jeu des poumons. Il présente deux types : l'un exerce une compression légère en haut, au « creux de l'estomac », puis, en bas sur le ventre, qu'il rejette en arrière, il est vrai, mais sans rigueur et sans préjudice, croyons-nous, pour l'acte respiratoire. Et, au milieu de ce chef-d'œuvre moderne de ia coquetterie féminine, construit si artistement. avec des matières si souples, si oiiduleuses, la poitrine a toute latitude de se développer à son aise. Il va sans dire que nous parlons ici d'un corset intelligemment confectionné, venant de la « bonne faiseuse ».
L'autre type, adopté par les femmes à silhouette très mince, n'est pas autre chose qu'une ceinture un peu large et extrêmement flexible, avec ou sans « soutien-gorge ». Eh ! ne sait-on pas que nombre de chanteurs ne manquent jamais de s'emprisonner la taille dans une ceinture, qui est, pour eux, comme un point d'appui du souffle, un contrôle constant de l'amplitude et de la profondeur de leur respiration?
Le corset, qu'il soit de l'un ou de l'autre type, peut jouer exactement le même rôle.
Puisque voilà une digression amenée au sujet d'un objet de toilette, disons que le col masculin à la mode, le col aux proportions démesurées, à l'altitude hautaine, le carcan enfin, malgré ses apparences, se présente exactement dans les mômes conditions.
Un chemisier habile, j'allais dire parisien, mettons... anglais, taillera l'encolure, la bande du col, de telle sorte que, le faux-col une fois adapté, n'exerce ([u'une compression bien au-dessous du larynx, et, dans toute sa hauteur, les mouvements de la glotte auront la liberté de s'effectuer. Tandis que le col brisé, qui affecte des allures paternes et laisse croire qu'il dégage la gorge, présente, au contraire, deux terribles pointes, bien amidonnées, lesquelles, à chaque mouvement du cou, viennent pi(|uer le mallieureux larynx, qu'elles enserrent et congestionnent, tandis qu'elles irritent la peau, bientôt couverte de désolantes petites rougeurs, semblables à celles dont nous gratifie le « feu du rasoir ».
Mais voici un exemple do large inspiration, de respiration normale amplifiée, complète et de « judicieuse distribution de souffle ».
I'er;>oniie ne songera à le réfuter; il nous vient du i^rand chanteur Faure, le maitre incontesté du bel canlo, celui qui avait atteint la perfection du mécanisme.
J'ai eu la chance de l'entendre dans les principaux rôles de son répertoire, alors qu'il était dans tout l'éclat de sa gloire.
Au «ours de représentations sur une grande scène do province, il chanta le rôle do Méphistophélès de Faust.
LE CHAXr THEATRAL
C'était l'époque heureuse de mes enthousiasmes et de mes dix-sept ans. Ma passion du théâtre et de la musique était telle que j'affrontais la colère paternelle pour aller chanter la romance dans quelque vague concert ou jouer le drame en de reculées sous-préfectures.
« Ça vaut peut-être mieux que d'aller au café » comme dit l'autre.
Mais c'est que j'y allais tout de même au café !
J'allais au Café de la Comédie !
C'est là que je pouvais approcher les artistes. N'y aurais-je rencontré que le souffleur ou le copiste, ils étaient encore des êtres dont j'enviais alors l'existence. Tout passe...
Le jour où l'afliche annonça Faust, j'étais de bonne heure au café, derrière une pile de journaux illustrés.
Tout de suite arriva le baryton du Grand Théâtre. Il entra grave, emmitouflé, débordant de graisse dans sa pelisse neuve, les cheveux frisés et la barbe ondoyante émergeant à peine du col de fourrure. Aussitôt, il se plaignit de Faure dont la |)résence l'obligeait à des répétitions supplémentaires. « Mais, ajouta-t-il, il est un peu essoufflé, le Maître [et de quel ton ironique il prononçait ce mot de Maître !) et, ce soir, je l'attends au point d'orgue du duel. Je vais le faire « lâcher » le Maître!
Le soir, Faure interpréta Méphistophélès avec sa maîtrise ordinaire — variant ses effets — ne laissant dans l'ombre aucune nuance, chantant avec une rare homogénéité et, n'en déplaise à notre baryton, dune fort belle voix.
Arrive la scène du duel. Valentin parait sur le seuil de la porte : « Que voulez-vous, messieurs? » se met-il à hurler. Faure, surpris, fait un mouvement, mais comprend de suite, se remet, et, de son timbre le plus modulé, en mezza-i'oce, avec un charmant esprit ironique, il répond :
«... Pardon, mon camarade.
Mais ce n'est pas pour vous qu'était la sérénade! »
Le dialogue se poursuit, \'alentin souillant de tous ses poumons, gonflant son cou, prêt à éclater, et ce diable de Méphistophélès ricanant d'une voix claire, s'appliquant à l'articulation et redoublant d'ironie jusqu'à l'ensemble des trois voix et, enfin, jus(|u'au |)oint d'orgue final.
Alors, à la stupéfaction du public et de ses partenaires. Faure prend une respiration profonde ; au lieti de donner le si bémol de la basse, il attacjue résolument à l'unisson avec le baryton et tient la noie si longuement que Valentin reste sur le carreau, entraînant dans son efl'ondremenl le pauvre Faust, ahuri, tandis que Mé|>histophélès, triomphant, termine, seul, le point d'orgue aux acclamations du public.