REGISTRES ET PASSAGES
VOIX DE POITRINE, MIXTE, DE MÉDIUM, DE TÈTE. DE FAUSSET, VOIX SOMBRÉE. OU CE QUE LON APPELLE AINSI PAR ERREUR...
Ici, nous nageons en pleine obscurité.
N'allons pas nous noyer dans les ténèbres ; et, impitoyable aux errements, dédaigneux des traditions, efforçons-nous à un peu de lumière...
C est en matière de chant qu'il faut se garder de prendre les mots pour les choses. Presque tous les termes dont on sest servi dans l'enseignement sont impropres. Ceux qui, les premiers, les employèrent prétendirent rendre les impressions telles qu'ils les éprouvaient : malheureusement, ces impressions étaient fausses. Il n'est pas rare d'entendre des chanteurs — semblables aux malades qui s'appliiiuent à situer leur mal où il n'est pas — dire qu'ils tirent leur voix du fond de leur nez, de derrière la tète, du cou, de l'épigastre! Pourquoi pas des genoux.^
Or, ces appellations sont demeurées, même après que leur impropriété fut reconnue, contribuant ainsi à fausser l'esprit des élèves, à perpétuer les incertitudes.
Comment remonter le courant? Laissons à d'autres, plus autorisés, la tâche de difficiles réformes et, humblement, continuons, pour nous faire entendre, à parler la langue barbare.
On appelle « registre une suite de sons ([ui, obéissant au même principe mécanique, ont la même résonance. »
« Pour traduire anatomiquement et physiologiquement cette expression traditionnelle, ce vieux mot, on peut dire (|ue c'est une attitude vocale spéciale des organes de la formation verbale, variant avec la tonalité laryngienne (et qui commande, qui règle la respiration). La notion de registre est inséparable de la notion d'une attitude vocale, spéciale à un mode d'émission particulière » (').
Autant de registres, autant d'attitudes.
Les Passages seraient constitués par les notes intermédiaires unissant les différents registres.
Sur ces points, les méthodes ne se prononcent guère clairement —
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M. Faure, lui-même, dont l'opinion eût été péremptoire, reste muet à cet égard — et, médecins, professeurs, artistes se livrent, depuis longtemps, à des controverses qui surprennent ceux auxquels cette question apparaît comme peu compliquée...
Deux registres fondamentaux semblent préoccuper les professeurs et les laryngologistes : le registre de poitrine et le registre de tète. Mais on en reconnaît d'autres...
Une voix est dite voix de poitrine, parce qu'elle donne l'impression de résonner en bas; cela à cause des renforcements qu'elle y rencontre, car nous avons démontré que le thorax ne peut être producteur du son.
Une voix est dite voix de tête parce qu'elle résonne en haut. Ne croyaiton pas qu'elle se produisait au-dessus du larynx, au niveau du voile du palais?
La voix dite mixte ou de médium (par ailleurs, on appelle voix mixte les sons donnés en demi-teinte) est, pour quelques-uns, une voix intermédiaire; d'autres prétendent qu'elle est assimilable à la voix de poitrine et appartient aux notes élevées de celles-ci ; d'autres encore affirment qu'elle tient des deux registres.
Pour le fausset, délesté des Italiens, et dont on ne trouve plus l'application de nos jours, c'est « une voix artificielle, une imitation par un larynx masculin des sonorités féminines, due à une contraction énergique du palais, avec la fermeture des conduits nasaux et une disposition buccale particulière où les joues tendues vibrent avec force »...
On nous parle aussi de voir sombrée,
La voix est sombrée dans tous les registres si le chanteur la donne ainsi Il y parvient en la grossissant, en l'enflant dans les joues et en faisant subir à sa bouche une déformation. El loul cela poui- obtenir des sons qui n'ont pas de portée, si ce n'est dans la seule oreille de leur auleur. La voix peut être claire ou sombrée selon le sentiment qu'elle veut exprimer et selon qu'elle est émise sur une voyelle ouverte ou fermée. On ne pourrait chanter sur toute l'échelle, dans l'une de ces formes exclusivement, qu'à la condition de dénaturer les voyelles. Comment chanter clair sur ou? Comment clianler sombre sur r/?
Cette appellation de voix sombrée correspond encore à une impression et augmente inutilement le nombre des termes que multiplient les professeurs.
L'un deux — parmi les plus expérimentés et les plus consciencieux — avait imaginé un « Tableau synopti(|uc des Hegislrcs » où se trouve, pour les hommes : Poitrine, palatal, sombré. Pour les femmes : Poitrine, mixte, tête, coupole (!)
On admet donc que la voix ne peut franchir certains passages sans (|ue
le mode de production en soit modifié. Cela, depuis que l'art du chant est (Uiltivé, on nous l'affirme, empiriquement.
Physiologiquement, nous dit-on, les mouvements exacts qui amènent des changements, et les endroits précis ou ils doivent s'exécuter?
Chacun présente ses observations personnelles. Les avis varient avec chaque spécialiste, ne se rencontrant d'accord que sur deux points : l'obscurité et la difficulté d'exécution.
Pour donner une idée de certains errements, il suffit de savoir qu'il existe des « méthodes » où il est recommandé de bien faire sentir le passage, de façon à délimiter les registres, et, à telle note, de changer ostensiblement et brusquement le mode de production, ce qui, pour nous, revient à dire qu'il est au moins inutile d'avoir une voix unie et homogène.
L'enseignement offre bien des surprises, mais il faut avouer que celle-là dépasse toute attente.
Tandis que les physiologistes (Mïiller, Mandl, Bataille, Va<-her, Kochz, Meyer, Loch, Martel, Gougenheim, Lermoyer, etc..., etc. n'admettent que deux registres, les musiciens les multiplient. Voilà une contradiction dont il est impossible de n'être pas frappé. Le contraire nous surprendrait moins.
Le larynx n'exécute qu'un mouvement imperceptible pour l'observation laryngoscopique, toujours si difficile et si sujette à errer, car il est impossible d'obtenir une gamme entière d'un chanteur, dans la gorge duquel on a introduit un encombrant laryngoscope et on est obligé de déterminer 'les positions de l'instrument par des attaques de notes séparées, et sur un grand nombre de sujets.
Aux difficultés d'exécution s'ajoutent les difficultés d'examen, lorsqu'il s'agit d'un objet si petit, si éloigné de l'œil et qu'on ne peut observer qu'avec le secours indirect de miroirs.
Il est aisé de comprendre que les chanteurs n'aient pu profilablement faire cette étude sur eux-mêmes et d"expli(|uer l'insuccès de l'aulolaryngoscopie.
Le D'' Michael, de Hambourg, reconnaît quatre registres, placés, chacun, sous la dépendance d'un muscle directeur.
'< 1° Registre grui-c de poitrine, qui n"a pas de muscle chef, l'occlusion de la glotte n'étant pas complète par les notes de ce registre.
« 2° Registre élevé de poitrine, sous la dépendance de l'ary-aryténo'idien.
« i° Registre du médium, sous la dépendance du tliyro-aryténoïdien.
« 4" Registre de tète sous la dépendance du crico-liiyroïdien, auquel l'ary-aryténoïdien prête souvent s.in concours. »
Là, il n'est pas question de résonnateurs.
Pour les sons graves, les bords vibrants de la glotte s'épaississent, se rapprochent et ne laissent entre eux qu'im petit inItMvalle. sauf un léger écartement en arrière.
LE Cil A M lin.ATRAL
Dans les sons élevés, au contraire, ils s'amincissent, sécartent légèrement l'un de l'autre, en avant, el se rapprochent en arrière.
On sait que les bords de la glotte se raccourcissent légèrement et se tendent à mesure que la voix monte. Si l'on adopte la théorie de Vanche vocale, la question se résume en deux mécanismes : anches courtes, anches longues. Gougenheim et Lermoyer ont établi la formule suivante :
Voix de poitrine :
Larynx contracté et pharynx relâché.
Voix de tête :
Larynx relâclié et pharynx contracté.
Voilà ce que prétend établir la physiologie. Mais les examens laryngoscopiques ont fait constater de nombreux cas où cette règle est bouleversée.
11 y a là un malentendu, on prend l'effet pour la cause. Il ne s'agit que d'une question de quantité — d'articulation — de voyelle — de timbre. .
Déblayons : oui, il existe souvent dans la voix humaine, à l'état inculte, un point où se trouve une soudure. C'est le moment oii le chanteur, parti du bas de son clavier, atteint les notes supérieures. Cette substitution se fait automati(|uement, inconsciemment si l'élève a la rare, très rare, bonne fortune de posséder une voix naturellement bien émise dans toute l'échelle, ou d'a|)rès une progression méthodique que détermine l'éducation. Ce point de soudure est le même |)our l'homme et pour la femme entre le mi bémol et \e fa dièze 3. (Rappelons que la femme chante une octave plus haut que l'homme ) Pour les basses et les Ijarytons, vers rcxtréniité supérieure de leur voix ; pour les ténors, vers l'extrémité du second tiers, et pour les femmes, tout de suite après leurs notes les plus graves. — Nous ne voulons pas nous attarder à un soi-disant passage de la voix féminine, une octave plus haut. Voilà qui est simplifié. On rencontre, en outre, au cours de la gamme vocale, divers points, ou l'équilibre de la résonance demande un mode particulier de plioiiation, variant avec les voyelles
Les (-hangements s'opèrent par la contraction du muscle crico-thyroïdien qui tend les cordes vocales et par une altitude des résonnateurs, qui donnent le timbre (d'autres niouvenienl doivent se produire, par ailleurs, qui ne sont pas encore dclerniinés parles physiologistes). Siuii passage est très marqué c'est que le muscle en (jucstion a été brusquement contracté. Si le crico-thyroïdien s'est tendu progressivement et si, à c(^ mouvement, a correspondu la bonne attitude des cavités buccale et nasale, il n'y a plus ni registres ni passages, mais une voix entièrement unie et homogène.
Ainsi, nous établissons qu'/7 n'y a pas de rei^islre — ou gii'il 1/ eu a un à I liaque noie de la gamme, puisque cha<|ue noie a son mécanisme (|ui lui est particulier, puis(|ue les élèves qui cliantcnt bas n'ont, le plus souvent, ce défaut (|ur parce que leur entendement ne les conduit pas au mécanisme
/./; Cf/AXr THEATRAL
exact qui est favorable à chaque note, quelle qu'en soit la tessiture. Ils font du poitriiiage, ils sont en retard sur leur gamme. Ils accommodent leur voix sur telle tonalité, comme ils devraient l'accommoder une tierce ou une quarte plus bas.