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des exécuteurs de voix, car ils écrivent des rôles comme ceux de Tristan et Yseult qui ne sont pas chantables, à moins de vouloir absolument sacrifier sa voix. Aujourd'hui l'élément symphonicjue s'impose de plus en plus, et l'orcheslralion bruyante, assourdissante, abasourdissante même, à jet continu, règne en souveraine dans les théâtres, au détriment de l'organe vocal et du public. »
Botey écrivait cela en i8()9. Or, en ijal, Tosi, dans l'.l/V i/ii chenil, s'écriait déjà :
« Il se pourrait bien aussi (|ut! les idées extravagantes (jue l'on entend aujourd'hui dans un grand nombre i.le compositions fût {sic) la seule «ause qui enlève aux chanteurs le moyen de joindre le canlabile à leurs connaissances, car les airs à la mode vont généralement à franc étrier et mettent les chanteurs dans une agitation si violente qu'ils en perdent la respiration et qu'ils se trouvent totalement privés des moyens de faire valoir toutes les finesses de leur intelligence. «
Répétons-nous.: Mil no\d sub sole!
On accuse, justement, l'alcool, le tabac, le surmenage, les maladies constitutionnelles ou accidentelles — plus justement encore, un mauvais enseignement...
Personne cependant lu; songe à ac(-user ceux-là mêmes (jui ont la chance d'avoir reçu en parlage l'un des pi'ivilèges les plus précieux de la nature, une belle voix, et qui, jamais, n'arrivent à en tirer un parti quelconque. Ignorants, peu soucieux de s'instruire, et dépourvus du don, — qui remplace le savoir — • ils se servent, sans en connaître l'usage, du charmant et si délicat, si fragile instrument, ([u'ils ne peuvent mancjuer de détruire bien vite.
Ce sont les innombrables ratés. Us se répandent ensuite dans Paris et dans la province et ils proclament l'impuissance d'une étude dont ils n'ont rien voulu tirer.
Combien de chanteurs doivent encore leur perte à leur propre imprudence, à leur façon de vivre, à une coupable insouciance de leur santé. El, encore, et surtout, à de trop prompts débuts, sans que soient suffisantes les études préalables. Combien de débutants maîtres de leur voix.' Combien peuvent chanter sans fatigue i' (Combien d'instruits sur la Musique, la Littérr.ture, le Théâtre?
Un jour, M. Reynahio llaiin s'étonnant (|ue M"" Lilli Lehman n'eût jamais chanté : « Perfi(U\ parjuii' », l'aiimirable cantatrice lui répondit : « \"oilà dix-sept ans que je travaille ce morceau, que j'y pense sans cesse, que je m'en imprègne. Je crois pouvoir m'y risquer l'année prochaine ». Jeunes gens, jeunes gens, commente/, ces paroles. Elles furent prononcées par lune des plus grandes artistes de notre épo(|ue.
11 ne s'agit pas de défendre l'enseignement. On connaît les méfaits de certaines méthodes dont les |irincipaux sont : l'appui de la voix en ^on:,e qui est devenu comme la plaie actuelle, la manie de chanter trop fort, et le dédain de l'articulation.
LE CHAST THEATRAL
Mais ici c'est encore le public qui est le coupable.
L'excellent ténor Saleza, au cours d'une longue interview, s'élevait contre la théorie (|ui veut « que l'on choisisse pour enseigner le chant une personne (jui n'a point fourni une carrière théâtrale féconde et qui n'a point eu à alïronter le puljlic ».
Et M. Saleza expliquait :
« A un ai'lisle qui a conquis — après quels efforts ! — un talent sûr et solide, qui s'est mesuré aux rôles les plus difficiles, qui a remporté des succès incontestables, qui a su discipliner, assouplir et développer sans cesse sa voix, qui connaît enfin toutes les exigences du cliant, il semble qu'on préférera toujours, dans notre doux pays, pour enseigner le bel art vocal, un vague professeur, qui n'a jamais créé un rôle et abordé de front le public, qui ignore tout de la science du chant et qui n'est recommandable, en somme, le plus souvent, que par ses recommandations. J'afllrme, moi, qu'un tel professeur, si érudil et si artiste qu'il soit, peut enseigner, sans doute, à ses élèves le style, le sentiment de la phrase musicale, développer leur goût et affiner leur sensibilité, mais leur apprendre la voix, jA.MAis ! Un acteur de métier, seul, peut donner à de jeunes acteurs les conseils et les enseignements salutaires. Allez, on ne sait pas le mal que font ces professeurs... platoniques, qui forcent bénévolement leurs élèves à enfler ou à diminuer le son, d'après des lois arbitraires, contraires aux nécessités physiologiques du chant. Je vous le répèle : il faut avoir, soi-même, des années durant, travaillé sa voix, perfectionné son chant, pour oser transmettre à d'autres cette science précieuse que 1 expérience, seule, fournit. Du moins, je pense ainsi.
« Voulez-vous une confu-mation de celte opinion que je crois, pourtant, évidente par ellc-iuéme ';' .l'eus, comme professeur de chant, M"*, auquel je dois beaucoup, et dont je garde un cher souvenir. 11 m'a enseigné bien des choses excellentes. Mais, s'il m'a appris à chanter avec art, il ne m'a jamais enseigné l'art du chant. \'ous comprenez la différence ? Pour ce qui est de la voix, il m'a fait, bien involontairement, un tort considérable. C'est qu'il n'était pas un chanteur de profession. Il me disait toujours : « Vous chantez trop fort ! » Il me conseillait bien de donner moins de voix, mais il était incapable de m'indiquer la manière, directement. Tant bien quemal, je m'elfor(;ai de le satisfaire, en me fabriquant une seconde voix, si je puis dire, aux dépens de la vraie. Par exemple, il ne m'apprit point qu'un pianissimo doit reposer sur la voix, naturellement. Je lai su plus tard, bien plus lard, par moi-même... Un chanteur m'eût enseigné ces merveilleuses indications et m'eût évité bien des années de recherches et de peines. »
Et, pour donner une idée du tort (|uo lui (it cet enseignement, le créateur, à Paris, de Salammbô ajoute que, après avoir ciianté sans eftort le grand air de la Juive, il ne pouvait, au bout de deux années d'études, terminer, sans quclfiiic inquiétude, l'air de Pylado d'Ij)/iii^cnie ni Taiiridr. I/on sait la tlistaiice (juil y a entre les deux morceaux.
J'ai, parmi mes confrères, tleux excellents amis, d'esprit cidlivc, de tempéraments dillérents, avec lesquels j'aime raisonner de noire arl. Par une longno carrière au ihéAtre et dans renseignement, par dillérents travaux, ils se firent connaître du public; à cause de cela, nous appellerons l'un .Mceste, si vous le voulez, bien; l'autre Pliilinle.
LE Ch.iXT TUI-ATHAL
.< — Si j'clais minisire tic l'Instruction publique, nous disait un jour Alceste, je dé(;réterais demain :
Article unique. Tout individu, exerçant ou désirant exercer le métier de professeur de chant, est tenu de se faire inscrire, dans les huit jours, à la mairie de son arrondissement et de se préparer à subir, devant un jury composé de sommités artistiques et scientifiques, un examen dont la date lui sera ultérieurement communiquée.
— N'allez-vous pas un peu loin, interrompit notre ami l'iiilinte, et ne croyez-vous pas (|ue cet examen, pour que le résultat en i'ùt juste, olTrirait de grandes difficultés? Ne vaudrait-il pas mieux avertir le public?
— Le |)ublic? Mais le public est trop tliflicile à instruire!
— Comment cela ?
— Ne voyez-vous pas que Paris — jiour parler de ce que nous avons sous les yeux — est peuplé de professeurs de chant que rien, entendez-vous, rien, ne désignait pour ces fondions : ni une carrière préalable, ni les études spéciales auxf(uelles il est indis|)t!nsable (lu'on se soit livré avant d'enseigner aux autres ce qu'il est si difficile d'acquérir soi-même. Ces innombrables industriels se ruent au recrutement des élèves avec une audace véritablement stupéfiante. Ils flattent et séduisent leurs victimes par de fallacieuses promesses et les bluffent avec des méthodes extraordinaires. Combien de ces fruits secs de Conservatoires ou de scènes Ivriques qui se sont glissés dans le corps enseignant et spéculent sur la naïveté du public ! On nous dit, avec candeur, (|u'ils ont eu des succès... à l'étranger ou qu'une maladie arrèla leur (^arrière.
]\Iais le nombre de violoneux et tle pianoleux que vous rencontrez là est inimaginable. N'envoyez-vous pas qui furent, pendant quelques mois, «accompagnateurs » chez un professeur de chant où ils apprirent à bégayer quelques expressions techniques — fausses, du reste — et qui n'ont rien trouvé de mieux — pour leurs intérêts — cpie de donner, à leur tour, des leçons?
Puis, arrive le professeur (|ui est élève d'un élève ilii fameux Spaghetti, la femme du professeur (|ui... — le mari de la chanteuse (|ue.. — la veuve du ténor dont .. — la petite (hoiislc (|iii est si musicienne... — l'ancien secrétaire de Tagliariui, «ioiil il a recueilli les traditions — puis, la tante du compositeur, la nièce du librettiste, enfin celle (|ui porte un nom qui, à lui seul, estime garantie!...
Mais, en voici bien d'une autre : certains médecins auraient tenté d'enseigner le chant. La voilà, la méthode scientifii|ue ! Et il faut croire qu'ils ont découvert le secret de développer une organisation artistique en tirant tel muscle! Je les attends au muscle qui donne le style.
Et les professeurs étrangers! Tous les noms en /', en o. en off! Quelquesuns arrivent à la notoriété en faisant courir le bruit qu'ils ont formé telle cantatrice célèbre, parce <|ue celle-ci a accepté, trois fois, chez eux. une invilation à venir prendre le thé.
Connaissez-vous la dame ipii loue, à la journée, des automobiles et les
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LE Cn.lXT THEATRAL
fait stationner devant la porte de son hôtel, pour faire croire au publie qu'il y a toujours ciiez elle une foule des plus sélect?
Et la maison oii tout est si bien organisé que des rabatteurs vont à l'arrivée du train attendre les candidats (dianteurs exotiques et, afin de ne point les laisser échapper, les placent dans des pensions de familles où ils les chambrent?
Il y a aussi ce bon industriel qui, à Londres, où il était chemisl, a vendu trois boîtes de chlorate de potasse à Caruso et a pensé, dès lors, que ses relations pharmaceutiques avec le célèbre ténor l'autorisaient à traverser la Manciie |)our venir à Paris — à Paris naturellement! — professer le chniil.
Puis cet étranger, richement installé, qui, de sa vie, n'a ouvert la bouche en public, qui ignore la musique, qui parle notre langue avec un accent des plus comiques, et auquel, de New-York, on envoie des élèves pour qu'il leur enseigne le clianl français!
— Ltes-vous sur de tout cela?
■ — Absolument sûr.
— Et ces gens-là ont des élèves ?
— Parbleu! puisqu'ils continuent leur industrie!
— C'est inimaginable !.. En France... A Paris!
— Oui, cela est. Il nous semble que si nous avions à travailler le chant, nous irions demander des leçons à l'un des artistes (|ue nous avons entendus au théâtre, dont le genre détalent, par exemple, correspond à notre tempéra- Micril iiu sur le succès diu|uel il n'y a pas de contestation. Encore, ne serait-on pas certain, n'est-ce pas? que celui-ci pût nous enseigner l'art dans lecpiel il réussit lui-même; mais, du moins, il y aurait là une chance qu'il est impossible de courir ailleurs. Eh bien! il est une multitude de gens à qui celle idée ne viendra pas! »
Alceste |)oursuivait :
« — Gomment de tels individus, sans la moindre notion de physiologie, de musi(|ue, de théâtre, peuvent-ils porter un diagnoslic sur la voix, le tempérament général, le caractère, l'intelligence de l'élève et le révéler à celui-ci? Car ce n'est pas à l'élève de se connaître, c'est au professeur à lui apprendre ce qu'il est récdiemen!, et, de cela, tirer l'orientation de son ensci giicmi'iit p!iysiologi(|ue et arlisli(|uc. « Expérience passe science», proclamentils. L'expérience, soit! Mais, seule, l'expérience basée sur la science! Ce n'est pas p.ii' hi physiologie ([u'on |)ourra former un grand chanteur; mais, par \v malmeeiage physiologiques, on arrivera sûrement à le dcfornur.
Vous <!on;iaisse/. l'aventure de notre « collègue », (|ui, faisant exécuter des « coups de glotte » à l'une de ses jeunes mutilées, s'attira cette question : <• (^)ii"(sl Cl' (|u<! la glotte? » el(|ui se vil obligé de répomlre, en désignant vaguement le fond de la gorge : u C'est y\n pilil nmrc i-au de chair .. .Ne vous occupe/, pas de cela! »
C'est simplement honteux.