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DE MON PREMIER VOLUME

J'entends, au fond des mers, une voix qui me crie : « Tu naquis pour chanter ; chante, enfant, tu le dois ; « Tu le dois à toi-même, au ciel, à ta patrie. « Le monde est un grand luth : pour qu'il résonne et prie, « Le poète sur lui n'a qu'à poser ses doigts ! »

Amis, jusques au bout je suivrai ma carrière , Et, soit que je gémisse au froid de février , Soit que le soleil d'août me hâle à sa lumière Vous entendrez toujours, ainsi qu'une prière, Les bénédictions du poëte-ouvrier.

AUX OUVRIERS MAÇONS

LE JOUR DE .VOTRE FETE PATRONALE-. l'.\SCENS10V

Salut, frères, salut ! Pour rendre notre fête Brillante, fraternelle, heureuse, enfin parfaite , D'aucun nuage obscur nos cieux ne sont tachés : Les arbres, comme nous, se sont endimanchés . Nos drapeaux, comme un ciel où l'arc divin s'étale. Bariolent sur nous le plafond de la salle ; Et bien que nous soyons entourés d'étendards . Bien qu'un vin généreux anime nos regards, Bien que l'artillerie, en salves régulières, Tonne et mitraille l'air de ses chansons guerrières

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Ce soir, à son coucher, le flambeau du soleil Ne se mirera pas dans notre sang vermeil ; Les membres palpitants, les poitrines broyées, Les chevaux sans poitrail, les maisons foudroyées Ne le forceront pas à pâlir ; et ses feux N'auront illuminé que nos vins et nos jeux.

Que nous sommes heureux d'être ouvriers, mes frères ! Qu'il est beau de remplir, pour narguer les misères , Des épargnes du mois, le budget fraternel . Comme l'abeille emplit la ruche de son miel ! Oh ! ce fruit du travail est un trésor sublime! Lorsque la mort choisit l'un de nous pour victime , Lorsque la maladie attache sur son lit Le père exténué qui râle et qui pâlit , La faim, l'horrible faim aux prunelles hagardes, Monstre qui veille au seuil de toutes les mansardes , 0 frères, ne vient pas, dans ses bras étouffants. Étreindre notre épouse et tuer nos enfants. Cet or est toujours là pour sauver nos familles , Pour vêtir l'orphelin, pour que nos jeunes filles

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N'aillent pas, pour du pain, vendre au riche effronté Le calme de leurs jours et leur virginité.

Que nous sommes heureux d'être ouvriers ! La vie A pour nous des douceurs que plus d'un prince envie. Le matin, sur les toits, avec les gais oiseaux , Nous chantons le soleil qui sort du sein des eaux , Qui, submergeant ces toits d'une mer de lumière , Change en corniches d'or leurs corniches de pierre . Et semble réchauffer, de ses rayons bénis, La tuile, frêle égide où s'abritent les nids., Nous guettons les beautés dont l'âme et la fenêtre Semblent s'épanouir au jour qui vient de naître ; Et, de l'aube à la nuit, l'aile de nos refrains Emporte, dans son vol, nos maux et nos chagrins.

Célébrons, bénissons le jour qui nous éclaire , Car le Christ le choisit pour s'enfuir de la terre , Pour aller, dans le ciel, offrir au Tout-Puissant Le cœur du genre humain, qu'il lava de son sang. Nous, nous l'avons choisi parce que nos échelles Nous rapprochent aussi des voûtes éternelles, Parce que, sur nos ponis aux façades pendus.

ÔO AUX OUVRIERS MAÇONS

Non? semblons des oiseaux dans l'espace perdus \

Notre divin patron, frères, veut des apôtres Qui sachent, comme lui, vouer leur vie aux autres. Qui sachent flageller les tyrans, les ingrats Que l'or de nos sueurs rendit riches et gras. Aimons le Christ, afin que de ses faux ministres Son bras fasse avorter tous les desseins sinistres : Prions, pour ne plus voir le soir, sur les pavés. L'ivresse et la misère aux regards dépravés : Prions, pour que son souffle éteigne, dans nos villes, L'incendiaire feu des discordes civiles; Prions . prions le Christ ! demandons-lui qu'un jour Nos femmes n'aillent plus prostituer l'amour: Que de saintes vertus il dote nos compagnes . Et qu'il rende déserts nos prisons et nos bagnes ; Et, pour consolider cet avenir naissant. N'épargnons ni nos bras, frères, ni notre sang.

i Parmi les divers systèmes d'échafaudage en usage dans le Midi . il en est un dont les maçons se servent, qui consiste à suspendre par les deux bouts, avec des palans fixés sous les toits, de longues échelles qui reçoivent alors le nom de / Noii de l'auteur.

AUX OUVRIERS MAÇONS

Instruisons-nous; les maux sont fils de l'ignorance. Travaillons ; le travail donne l'indépendance. Amis, je ne suis pas un de ces insensés Qui prêchent le labeur avec les bras croisés : Mon travail me nourrit, et mon plus noble éloge . C'est le bruit sourd que fait ma truelle dans l'auge.

Le soir, quand vous voyez s'envoler tour a tour. Sur les flots du tabac, les fatigues du jour. Que des livres choisis de science et d'histoire De leurs trésors féconds ornent votre mémoire. Puisez-y le secret de vos droits : les tyrans Ne foulèrent jamais que des fronts ignorants. L'ignorance enraya le char de l'industrie ; Oh ! cultivons l'étude, aimons bien la patrie , Songeons que, sur la mer des mondes en travail. Du vaisseau des progrès Dieu tient le gouvernail.

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