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I. La logique entre dans cette catégorie

Le Danteg. — Chaos. n

tion des lignées vivantes, puisque aujourd'hui deux animaux peuvent être d'espèces différentes quoique descendant d'un ancêtre commun ; c'est donc qu'ils portent l'un et Tautre la trace de deux séries distinctes d'événements historiques ; ces événements historiques, non liés à la nature héréditaire de chaque animal, peuvent avoir été très différents ; l'une des lignées a pu se propager sur la terre, l'autre dans la mer; et les structures actuelles des animaux se ressentent de ces divers hasards qui ont constitué leur éducation ancestrale. Mais ces événements, qui se sont déroulés dans le monde indépendamment des qualités héréditaires des lignées, les individus de ces lignées n'en ont pas subi l'influence d'une façon quelconque ; à chaque instant, ils ont réagi aux circonstances extérieures d'après leur expérience passée et leur intelligence présente ; ils s'y sont adaptés s'ils n'en sont pas morts, c'està-dire qu'ils ont connu suffisamment les phénomènes extérieurs pour arriver à en prévoir partiellement la marche et à en tirer parti. Et par conséquent, s'il y a quelque chose de commun aux divers phénomènes qui se passent dans le monde, si, malgré leur diversité individuelle, ces divers phénomènes présentent quelques grandes lignes d'ensemble, on pourra prévoir que ces grandes lignes communes auront agi dans toutes les adaptations

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successives des êtres, et l'on devra en trouver une trace commune dans leurs instincts actuels, c'est-à-dire dans le résultat de leur expérience ancestrale.

Cette remarque a une très grande importance ; elle se vérifie d'ailleurs parfaitement. D'abord, le fait qu'un poussin, sortant de l'œuf sans expérience personnelle et muni uniquement de l'expérience ancestrale, se trouve à l'aise et n'est pas dépaysé dans le milieu qui l'entoure, prouve que les grandes lignes du monde n'ont pas changé depuis que ses ancêtres ont acquis les derniers caractères dont il se sert aujourd'hui. Ensuite, tous les vertébrés terrestres ayant des pattes savent marcher sur leurs pattes, parce qu'ils ont l'expérience ancestrale ou individuelle de la pesanteur ; tous les êtres marins savent nager dans Teau, et utilisent les propriétés de l'eau avec des appareils individuels très variés. Il y a donc quelque chose de commun à toutes les adaptations des animaux terrestres, et quelque chose de commun à toutes les adaptations des animaux aquatiques. Bien plus, malgré leur parenté plus grande, on peut dire sans crainte que les adaptations d'un vertébré terrestre et d'un vertébré marin sont plus différentes à certains points de vue, que les adaptations d'un vertébré terrestre et d'un insecte, puisque les deux derniers ont en commun les grandes lignes de

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la terre et de Fair et que les'deux premiers connaissent l'un les propriétés de Tair, l'autre les propriétés de l'eau.

L'existence de ces grandes lignes communes aux divers phénomènes se passant dans un même milieu explique seule la possibilité de l'adaptation intelligente qui tire parti de l'expérience individuelle. Pour qu'un animal puisse prévoir le résultat d'un phénomène en le comparant à un phénomène passé et diffèrent, il faut qu'entre ces deux phénomènes différents il y ait quelques points communs. Les grandes lignes, communes aux phénomènes d'un milieu, s'appellent des lois.

Un être vivant quelconque, vivant à notre époque, porte le fardeau d'une hérédité séculaire ; il est le résultat, l'aboutissant de rhistoire d'une lignée qui s'est perpétuée sans mourir depuis l'apparition du premier ancêtre de la lignée ; les ancêtres successifs dont il descend ont passé à travers le monde et ont tous réussi, puisqu'ils ne sont pas morts avant de se reproduire, à éviter les causes de destruction résultant des événements du monde ; en d'autres termes, ils se

sont adaptés aux événements qu'ils ont rencontrés, et ce sont ces adaptations successives qui, retentissant, comme nous l'avons vu plus haut, sur leur patrimoine héréditaire, ont déterminé la formation progressive de ce patrimoine héréditaire actuel, grâce auquel, dans l'espèce coq par exemple, un poussin sort de l'œuf armé de pied en cap. Pour que des adaptations à des événements extérieurs tous différents aient pu préparer à la lutte contre d'autres événements extérieurs, également différents, il faut, nous l'avons vu, que ces événements extérieurs ne soient pas queU conques les uns par rapport aux autres.

Si le monde où a évolué une lignée avait eu une forme rigide, on peut penser que les caractères géométriques de cette forme rigide auraient fini par être connus héréditairement des animaux vivant aujourd'hui. Au lieu d'être rigide et immuable, le monde extérieur est, au contraire, le siège de phénomènes innombrables qui en modifient sans cesse la forme et les propriétés. Et néanmoins nous avons actuellement une expérience ancestrale valable, formée en particulier de nos instincts et de notre logique. C'est donc, je ne saurais trop le répéter, qu'il y a, entre les événements infiniment variés du monde, des relations telles que la connaissance de quelques-uns d'entre eux permet de prévoir quelque chose des autres.

102 LE CHAOS ET L'HARxMONIE UNIVERSELLE

Dans le premier chapitre de ce livre, nous avons constaté, dans la genèse d'un cristal par exemple, certaines liaisons déterminées parla nature chimique de la substance cristallisante, et qui permettent de prévoir d'avance, en dépit des hasards de Téducation, quelques-uns des caractères précis du cristal qui se formera. Dans ce phénomène très remarquable de la cristallisation, une propriété structurale actuelle, la constitution atomique de la substance fondue permet de prévoir certaines lignes d'un phénomène ultérieur. Un groupe de liaisons dans l'espace permet de prédire une série de liaisons dansle temps. Dans la plupart des cas c'est l'observation d'une série de phénomènes dans le temps qui permet de deviner à l'avance certaines grandes lignes d'autres phénomènes qui seront également dans le temps. Nous donnons ordinairement le nom de géométrie à une partie de la science des liaisons dans l'espace ; on pourrait y joindre la connaissance des propriétés statiques des corps définis. Au contraire, la science des phénomènes dans le temps, nous l'appelons la physique ; une partie de la physique, qui ne concerne que les déplacements des corps définis s'appelle la mécanique.

Un animal mobile quelconque, vivant de nos jours, possède fatalement, tant par expérience ancestrale que par expérience indivi-

duelle, un minimum de géométrie, de physique et de mécanique. Il connaît, de ces sciences diverses, les grandes lignes auxquelles il a affaire dans le courant de sa vie individuelle. Sans cela il ne vivrait pas ; chacun de ses gestes exploite une notion de mécanique ; quand il guette une proie avec ses yeux il se sert de la connaissance qu'il a de la propagation rectiligne de la lumière ; le poisson qui nage utilise le principe d'Archimède et des lois très compliquées d'hydrodynamique, etc..

Les Chinois ayant l'écriture idéographique, chaque artisan chinois apprend seulement à écrire ce qui est nécessaire à l'exercice de sa profession ; de même chaque animal connaît, en physique, exclusivement les lois dont il se sert pour exercer son métier spécifique. Les mandarins les plus lettrés savent seuls écrire tout ce qui peut s'écrire. Les hommes sont les mandarins du monde animal ; ils ont entrepris de connaître toutes les lois de la nature et de les rédiger de manière à permettre au bagage humain de s'accroître à chaque génération. Mais en dehors de ce patrimoine de l'humanité qui est la Science, chaque homme, par cela même qu'il est un homme et qu'il vit, possède sous forme d'instincts et de logique des connaissances héréditaires individuelles dont il se sert actuellement. Ce sont ces connaissances héréditaires

individuelles qui donnent à chacun de nous le sentiment de Tharmonie de la nature. Les choses se passent autour de nous de telle manière que nous ne pourrions pas concevoir qu'elles se passassent autrement ; et cela est bien compréhensible puisque c'est l'expérience anceslrale de ces choses extérieures qui en a inscrit les lois dans notre mentalité. Ce nest pas la nature qui est harmonieuse, c'est nous qui sommes en harmonie avec la nature, parce que nous sommes l'aboutissant d'une lignée qui a traversé la nature pendant des milliers de siècles sans être jamais interrompue par la mort.

Ces considérations nous conduisent à nous dire que, malgré l'indépendance dont jouissent, vis-à-vis de nous, les phénomènes naturels dont la succession historique a déterminé notre éducation ancestrale et individuelle, le fait même que nous avons pu en acquérir une certaine expérience prouve que quelquesuns au moins d'entre eux ne se succèdent pas sans liaisons, sans lois. Peut-être en est-il d'autres qui échappent à cette nécessité d'être reliés par des lois ; il faut penser à cette possibilité quand nous essayons de définir le hasard ; il peut y avoir, pour l'homme ou l'animal qui vit dans le monde, des phénomènes dans lesquels le hasard intervient à divers degrés. Essayons de donner une définition générale du hasard.

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