‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 104 sur 130 · CÉRÉMONIES A NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES A NOTRE-DAME

que l'Assemblée des représentants de la Commune avait arrêté de faire déposer à Notre-Dame les drapeaux des ci-devant Gardes Françaises. Le même jour, une lettre de Mulot, chanoine de Saint- Victor et président de cette Assemblée, vint officiellem mt prévenir les chanoines de l'intention des représentants de la Commune qui avaient pensé « que les drapeaux des ci-devant Gardes Françaises, dont ils doivent faire hommage à la Commune, ne pouvaient être déposés dans un lieu plus convenable que près du sanctuaire de l'église Notre-Dame ». Par un sentiment de délicatesse à l'égard de la personne royale, le Chapitre chargea M. le Doyen d'aller trouver immédiatement M. de Saint-Priest, ministre d'Etat au département de Paris, pour lui faire part des intentions de la Commune et le prier de lui faire connaître les volontés du Roi. M. de Saint-Priest répondit au Doyen que tel était le désir de Sa Majesté; en conséquence, la cérémonie fut fixée au lendemain.

« Le 26 janvier, dit la conclusion du 27, vers une heure de l'après-midi, MM. les représentants de la Commune de Paris, accompagnés d'un nombreux détachement de la Garde nationale, ayant M. le Maire à leur tète, se sont rendus à l'église Notre- Dame, où ils ont été reçus par MM. Radix et de Vienne, et, étant entrés dans le chœur, les officiers de la Garde nationale sont ailes chercher à la sacristie M. le Doyen, qu'ils ont accompagné jusqu'au chœur, «à l'entrée duquel il a été harangué par l'un des membres de la Commune; après quoi, il s'est avancé, revêtu de la chape et d'une étole rouges jusqu'au sanctuaire où étaient rassemblés un grand nombre de Messieurs, et, s'étant placé dans un fauteuil entre M. Bailly, maire, et M. de La Fa}'ette, commandant général de la Garde nationale, M. le Maire a présenté à l'Église de Paris au nom de la Commune les drapeaux des cy-devant Gardes Françaises au nombre de soixante-six; lesquels ont été reçus par M. le Doven pour être déposés dans le Trésor de ladite Eglise, suivant les intentions de Sa Majesté. L'orgue a joué pendant ladite cérémonie, qui a été précédée et suivie du bourdonnement d'usage lorsque le corps de ville vient à Notre-Dame. Et après la cérémonie lesdits drapeaux ont

été portés au Trésor et renfermés dans une armoire 1. » Quelques jours après que la Commune eut fait déposer dans le trésor de Notre-Dame les drapeaux des Gardes Françaises comme le symbole de la victoire du peuple sur la Royauté, une nouvelle parvint au Chapitre, qui remplit de joie tous les cœurs et fît renaître peut-être quelques espérances : le Roi et la Reine allaient venir à Notre-Dame! « Ce jourd'hui (10 février), vers onze heures, M. le Grand Aumônier a fait savoir à M. le Doyen que le Roi et la Reine allaient venir à Notre-Dame et qu'ils ne voulaient pas de réception. M. le Doyen, ayant fait sonner surle-champ la cloche du Chapitre, Messieurs se sont assemblés aussitôt en habits de chœur d'hiver à la chapelle de la sainte Vierge, où ils ont fait préparer deux prie-Dieu, couverts de velours cramoisi, et poser sur un tapis de la Savonnerie deux carreaux et deux fauteuils de même étoffe et de même couleur et d'autres sièges pour la suite de Leurs Majestés. A onze heures trois quarts, le Roi et la Reine, ayant à ses côtés Mgr le Dauphin et Madame de France, sont arrivés à Notre-Dame, accompagnés de Madame Elisabeth : et Messieurs, ayant M. le Doyen à leur tête, sont allés au-devant de Leurs Majestés et les ont conduites jusqu'à la chapelle de la Vierge, où elles ont entendu la messe, qui a été dite par un chapelain du Roi, à la fin de laquelle le Domine salvum a été chanté par les enfants de chœur. Après la messe, Leurs Majestés ont été reconduites par le Chapitre, aux acclamations du peuple, jusqu'à la porte de l'Eglise. » Ce fut leur dernière visite à Notre-Dame. On dit que ce jourlà, au pied de l'autel de la Vierge, le roi renouvela au fond de son cœur le vœu de Louis XIII ~. Hélas! le ciel lui-même allait

1. Quand.au mois do juillet suivant, les drapeaux de l'Arquebuse de Montmartre furent suspendus aux voûtes de Notre-Dame, un particulier réclama et demanda pourquoi les enseignes des Gardes-Françaises avaient été déposées au Trésor plutôt

que suspendues dans l'église.

2. Cfr. Vie de M. Emery, par l'abbé Méric, p. 235. M. Tessier, originaire de Fontaine-les-Ribouts, au diocèse de Chartres, et prêtre de Saint-Sulpice, avait obtenu que Louis XVI renouvelât le vœu, par lequel Louis XIII avait consacré son royaume et sa couronne à la sainte Vierge. lien parla d'abord à Madame Elisabeth. Le roi. gagné parla reine, se rendit chez les orphelines logées sur le parvis; puis il entra a Notre-Dame, comme par hasard, pour y entendre la messe. A ce moment et dans le plus grand secret, le roi prononça tout bas la formule de consécration.

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